N° 177 | juillet 2017

Les fruits et légumes incontournables pour préserver son coeur…

Le mode de vie joue un rôle important dans la prévention des maladies cardio-vasculaires (MCV) en réduisant les risques d’hypertension artérielle, de diabète, d’hypercholestérolémie.

Un groupe d’experts, rassemblant des cardiologues, des endocrinologues et des médecins internistes de divers pays européens (France, Allemagne, Italie, Portugal, Espagne et Suisse) a passé en revue les diverses recommandations internationales. Au terme de leur analyse ils ont émis des recommandations sur divers facteurs de mode de vie pour la prévention cardiovasculaire (CV).

Nous résumons ici les principaux conseils pratiques issus de cet article très complet.

Régime standard contre régime personnalisé

Question posée: y-a-t-il une alimentation type (comme la diète méditerranéenne) à recommander à tous pour réduire les maladies cardiovasculaires (MCV) ou les régimes doivent-ils être adaptés à différentes population de patients? Ils ont comparé les recommandations de l’ACC (American College of Cardiology), de l’AHA (American Heart Association), de l’ESC (European Society of Cardiology), de l’EAS (European Atherosis Society) et les recommandations Européennes de prévention des MCV.

Toutes reposent sur la Diète Méditerranéenne comprenant une large consommation de fruits et légumes (F&L), de céréales complètes, de poissons et de graisses insaturées.

Régime méditerranéen contre régime pauvre en graisses

L’étude d’intervention nutritionnelle PREDIMED de prévention primaire des MCV a été publiée en 2013. Portant sur près de 7500 sujets, elle a comparé un régime méditerranéen (RM) avec un régime pauvre en graisses alimentaires (groupe contrôle). Dans le groupe méditerranéen, l’incidence des évènements CV majeurs a été réduite de 30% à 5 ans comparé au groupe contrôle. L’incidence du diabète a également diminuée et malgré la richesse en graisses du régime méditerranéen (RM) (42% de l’apport énergétique total) et l’absence de réduction calorique, les sujets ont perdu du poids en particulier au niveau abdominal.

⇒ Le RM est bénéfique pour tous en prévention des MCV (même s’il doit être adapté aux habitudes locales, à la disponibilité et aux facteurs socioéconomiques, notamment chez les sujets à haut risque CV qui doivent faire appel à un spécialiste en nutrition).

⇒ À l’inverse du RM, il y a peu d’arguments démontrant un effet bénéfique des régimes pauvres en graisses en prévention primaire. La plupart des auteurs considèrent qu’un régime pauvre en graisses n’apporte pas de bénéfice CV.

Régime reposant sur la composition nutritionnelle ou sur l’ensemble des aliments ?

Tous s’accordent à privilégier une alimentation globale à celle de nutriments particuliers.

Les experts recommandent actuellement d’éviter le beurre, la crème fraiche et les viandes transformées; de privilégier les fruits à coque (noix...), l’huile d’olive et les graines plutôt que de conseiller une quantité spécifique de graisses mono insaturées; de privilégier les poissons gras, les huiles végétales et de réduire les margarines riches en acides gras trans ; les F&L sont toujours recommandés, aussi bien que la consommation de noix, de céréales peu raffinées, de légumineuses, les huiles riches en graisses poly insaturées et en polyphénols; de réduire la consommation de céréales raffinées et de sucreries. Autrement dit « Déballez moins, épluchez plus ! ».

Rôle des suppléments nutritionnels : phytostérols, oméga-3, fibres, aliments fonctionnels... Rien ne remplace les F&L !

Cette question a fait l’objet de nombreux débats scientifiques. Cependant, il existe peu d’essais contrôlés randomisés démontrant que les compléments alimentaires apportent un réel bénéfice clinique. Conclusion des experts: un apport de phytostérols (1.6 à 3 g/j) peut réduire le LDL cholestérol de 10% chez des sujets traités ou non par statines. A part la réduction du LDL-CT, il n’y a pas d’argument que ce soit utile en prévention primaire ou secondaire. En revanche les aliments enrichis en phytostérols peuvent être recommandés pour réduire le LDL-CT. Il n’existe aucun argument en faveur de la prise d’oméga-3, à part une diminution isolée des triglycérides d’environ 30%. Des études d’observation confirment la recommandation de consommer des poissons gras (au moins 2 fois par semaine) et que des suppléments en acides gras à longue chaine n-3 à faible dose, peuvent réduire le risque de MCV et d’AVC en prévention primaire sans effets majeurs sur le métabolisme des lipides. D’où la nécessité d’études justifiant la prescription d’oméga-3. Enfin, une alimentation riche en fibres naturellement présentes dans les F&L est recommandée.

Rôle de l’alcool dans une alimentation saine

Ce facteur a été largement débattu. Tout suggère qu’une consommation faible à modérée d’alcool (plutôt sous forme de vin ou de bière) apporte des bénéfices en comparaison d’une abstention totale. 2 verres pour un homme (30 g d’alcool) et un verre pour une femme (15 g d’alcool) ont un impact positif sur la santé CV. En revanche les épisodes d’alcoolisation massive (Binge drinking) sont délétères. Enfin, chez les sujets ayant une insuffisance cardiaque, une hypertriglycéridémie sévère ou une hépatopathie non alcoolique (NASH), l’alcool est déconseillé.

Et le reste ?

En terme d’activité physique: au minimum 30 mn d’activité quotidienne au moins 5 jours sur 7. La forme physique des sujets à risque CV doit être évaluée au préalable.

L’arrêt du tabac: son rôle est bien reconnu en prévention CV. Mais cesser de fumer est difficile en pratique. Les experts préconisent :

  • de poser 3 questions à son patient :
    • fumez-vous ?
    • combien de cigarettes par jour ?
    • envisagez-vous d’arrêter ?
  • d’informer le patient qu’il est prouvé que l’arrêt du tabac est bénéfique
  • de se former pour aider le patient (entretien motivationnel, médicaments)
  • à l’heure actuelle, il n’est pas démontré que la cigarette électronique est un outil efficace pour aider au sevrage tabagique.

En définitive, cette revue (résumée car extrêmement complète) montre qu’une alimentation saine et des changements de mode de vie jouent un rôle important dans la prévention des maladies cardio vasculaires et que, à travers le modèle méditerranéen, les F&L ont une place de choix dans les recommandations nutritionnelles.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
Masana L. et al. Is there a role for lifestyle changes in cardiovascular prevention? What, when and how? Atheroscler Suppl. 2017 Apr;26:2-15.
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