N° 135 | octobre 2013

Influence de l’école sur les tendances des comportements alimentaires chez les adolescents

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Le Royaume Uni a sans doute l’un des plus forts taux d’obésité infantile des pays industrialisés. Un tiers des enfants en Ecosse seraient en surpoids ou obèses 1. L’une des priorités du gouvernement écossais est d’améliorer l’alimentation des enfants en fixant des objectifs nationaux 2. Estimer les tendances de consommations de certains types d’aliments permettrait de suivre, sur une longue période, les comportements à risque qui affectent directement le poids. En outre, les actions de promotion de la santé étant généralement plus efficaces chez les personnes à revenus élevés, il est nécessaire de prendre en compte les inégalités socio-économiques.

Des enquêtes menées en Ecosse en 2002, 2006 et 2010

L’étude des comportements sains chez les enfants d'âge scolaire (The Health Behaviour in School-aged Children study) a été menée chez des enfants âgés de 11, 13 et 15 ans, scolarisés dans toute l’Ecosse. Les écoles ont été sélectionnées de manière aléatoire pour être représentatives de la population adolescente des classes de 6ème, 4ème et 2ème années (respectivement appelées Primary 7, Secondary 2 et Secondary 4 grades ). En terme de nombre d'élèves l’échantillon en comprenait 4188 (en 2002), 5766 (en 2006) et 6414 (en 2010). Les participants ont répondu à des questions concernant leur fréquence hebdomadaire de consommation de fruits et légumes et leur statut socio-économique : possession d’une voiture, d’un ordinateur, nombre de personnes par logement, vacances en famille. L’ensemble de ces critères constitue « l’échelle d’aisance familiale » EAF (Family Affluence Scale), souvent évaluée chez les adolescents et qui reflète leur statut socio-économique 3. Les consommations hebdomadaires de chaque type d’aliment ont été analysées en utilisant un modèle linéaire à multiples niveaux, ajusté pour l’âge, le sexe, le niveau de scolarité, le type d’école et l’année. L’EAF a été intégrée dans chaque modèle pour estimer l’association avec l’aisance familiale. L'introduction d'un critère d'interaction entre l’EAF et l’année a permis de vérifier s’il existait bien une association entre l’EAF et la modification des consommations alimentaires avec le temps.

La consommation de fruits et légumes a augmenté entre 2002 et 2010

Globalement, le nombre de jours où les fruits ont été consommés a augmenté de 0,25 jour par semaine entre 2002 et 2010, et de 0,28 jour pour les légumes. Cependant, une légère réduction de la consommation de fruits et de légumes a été observée entre 2006 et 2010. Il existe une légère corrélation (r2=0.48) entre la consommation de fruits et celle de légumes, ce qui suggère qu’on pourrait classer les enfants selon une alimentation ‘saine’ et une alimentation ‘malsaine’.

Association entre l’âge, le sexe, l’aisance familiale et la consommation de F&L

La consommation de fruits était plus fréquente chez les filles et les enfants les plus jeunes ; celle de légumes était globalement plus fréquente chez les filles, sans relation avec l’âge ou l’année scolaire. Les fruits et légumes étaient consommés plus fréquemment par les enfants de milieux aisés. Le critère d’interaction entre l’année et l’EAF a été ajouté et n’était significatif pour aucun type de consommation. Ainsi, malgré l’augmentation de la fréquence de consommation, le lien avec l’aisance familiale n’a pas varié, ni pour les fruits ni pour les légumes.

Impact de l’école sur la consommation des fruits et légumes

La consommation de fruits et légumes a varié selon les écoles. Durant notre étude, un programme d’excellence (the Curriculum for Excellence) 4 incluant la promotion d’une alimentation saine a été mis en oeuvre et la loi de 2007 5, sur la promotion de la nutrition et de la santé à l’école (Nutrition and Health Promotion Act), a également été promulguée. Pour la première fois, cette loi a introduit des standards obligatoires pour les repas scolaires en Ecosse. Avant cette loi, les différences entre écoles devaient être très importantes. Lorsqu'un paramètre scolaire aléatoire a été rajouté à la variable année, l’augmentation de la consommation de fruits et légumes entre 2002 et 2010 variait bien selon les écoles. Avec le temps, celles qui étaient en queue de liste en 2002 montraient les plus fortes améliorations. Néanmoins, en 2010, les consommations de fruits et légumes des adolescents variaient encore de manière significative entre les différentes écoles.

Encore beaucoup de choses à accomplir !

En Ecosse, la consommation de fruits et légumes s’est améliorée avec le temps, chez tous les adolescents, qu'ils soient de familles aisées ou non. Cependant, des inégalités socio-économiques persistent. Même si certaines initiatives scolaires ont été couronnées de succès, des différences perdurent entre les écoles. Ces résultats suggèrent donc que des initiatives scolaires et/ou l’offre d’aliments dans les écoles pourraient être une des clés de l’amélioration des comportements alimentaires chez les adolescents.

Kate A Levin
Unité de Recherche sur la Santé des Enfants et des Adolescents, Université St Andrew, Royaume Uni Institut Ludwig Boltzmann, Vienne, Autriche
Levin KA, Kirby J, Currie C, Inchley J. Trends in adolescent eating behaviour: A multilevel cross-sectional study of 11- 15 year olds in Scotland, 2002-2010. Journal of Public Health, 34, 523-531.
  1. Gray L, Leyland A. Adult and child obesity. The Scottish Health Survey 2010. Main Report: 155-182. Edinburgh: Scottish Government, 2011.
  2. Scottish Government. HEAT Targets. Edinburgh: Scottish Government, 2013. Available on: http://www.scotland.gov.uk/About/Performance/scotPerforms/partnerstories/NHSScotlandperformance/childhealthyweight
  3. Currie C, Molcho M, Boyce W, Holstein B, Torsheim T, Richter M. Researching health inequalities in adolescents: The development of the Health Behaviour in School-aged Children (HBSC) Family Affluence Scale. Soc Sci Med 2008;66:1429-36.
  4. Scottish Executive. A Curriculum for Excellence. Edinburgh: Scottish Executive, 2004.
  5. Scottish Executive. Schools (Nutrition and Health Promotion) Act. Edinburgh: The Stationery Office, 2007.
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