N° 195 | mars 2019

La consommation de crucifères: un moyen efficace de réduire la mortalité

Les légumes crucifères sont des sources abondantes d’isothiocyanates, dont il est démontré qu’ils réduisent l’inflammation et le stress oxydatif associés aux maladies chroniques 1,2. Les études ont également montré que ces composés inhibent la bio activation des pro carcinogènes, tout en augmentant l’excrétion des carcinogènes avant qu’ils n’endommagent l’ADN, pouvant ainsi protéger contre les cancers 3,4. En plus des isothiocyanates, les crucifères contiennent plusieurs micronutriments (acide folique, vitamine C, tocophérols et caroténoïdes) associés à une baisse du risque de mortalité 5.

Une vaste étude auprès de 88 184 Japonais de 45 à 74 ans

Cette étude est la première à examiner le lien entre la consommation de crucifères et la mortalité, toutes causes confondues, ainsi que les cinq
premières causes de mortalité (cancer, cardiopathies, maladies cérébro vasculaires, maladies respiratoires et blessures).

Un questionnaire de fréquence de consommation alimentaire a été remis lors du suivi à 5 ans, afin de connaître les habitudes de consommation de 138 aliments, dont 11 crucifères (chou, radis blanc, komatsuna (ou moutarde épinard), brocoli, chou chinois, chou de Chine, moutarde brune et blette) et 3 crucifères marinés (radis blanc, colza et moutarde brune, chou chinois). Pour la mortalité toutes causes confondues et la mortalité par cause, les hazard ratio (HR) ont été estimés selon le quintile (Q) de consommation de crucifères, Q1 correspondant à la consommation la moins élevée et Q5 à la plus élevée.

Profil des consommateurs de crucifères

Comparativement à ceux qui consommaient le moins de crucifères (Q1),
les sujets qui en consommaient le plus étaient :

  • significativement plus âgés (Q5 : 58,4 ans / Q1 : 54,7 ans chez les hommes, et Q5 : 58,1 ans / Q1 : 55,6 ans chez les femmes)
  • moins susceptibles de fumer (Q5 : 43 % / Q1 : 51,8 % chez les hommes, et Q5 : 4,5 % /Q1 : 7,8 % chez les femmes)
  • davantage susceptibles de manger plus de fruits (Q5 : 222 g/jour / Q1 : 120 g/jour chez les hommes, et Q5 : 279 g/jour / Q1 : 184 g/jour chez les femmes) et d’autres légumes (Q5 : 180 g/jour / Q1 : 67 g/jour chez les hommes, et Q5 : 196 g/jour / Q1 : 88 g/jour chez les femmes).

Un risque de mortalité toutes causes confondues significativement inférieur

Comparativement aux sujets du quintile Q1, ceux qui consommaient plus de crucifères présentaient un risque de mortalité toutes causes confondues significativement inférieur (HR = 0,86 chez les hommes et 0,89 chez les femmes), même lorsqu’ils fumaient.

Chez les hommes, cette baisse était principalement observée sur la mortalité due aux cancers (Figure 1). Le lien observé chez les fumeurs pourrait s’expliquer par une moindre bio activation des pros carcinogènes présents dans la fumée.

Chez les femmes, la baisse de la mortalité concernait principalement les cardiopathies (HR = 0,73), les maladies cérébrovasculaires (HR = 0,78) et la mortalité liée aux blessures (HR = 0,60) (Figure 1).

Ce résultat est peut être lié aux propriétés anti-inflammatoires des isothiocyanates présents dans les crucifères. Ces résultats suggèrent qu’une consommation importante de crucifères est associée à une baisse du risque de mortalité, toutes causes confondues.

Nagisa Mori
Groupe d’épidémiologie et prévention, Centre national de lutte contre le cancer, JAPON
Taichi Shimazu
Groupe d’épidémiologie et prévention, Centre national de lutte contre le cancer, JAPON
Basé sur : Mori N, et al., Cruciferous vegetable intake and mortality in middle-aged adults: A prospective cohort study, Clinical Nutrition (2018), https://doi.org/10.1016/j.clnu.2018.04.012
  1. Xue M, Qian Q, et al. Diabetes 2008; 57(10):2809e17.
  2. Youn HS, et al. J Immunol 2010;184(1):411e9.
  3. Seow A, et al. Mutat Res 2005; 592(1e2):58e67.
  4. Gasper AV et al. Am J Clin Nutr 2005;82(6): 1283e91.
  5. Agudo A, et al. Am J Clin Nutr 2007;85(6):1634e42.
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