N° 195 | mars 2019

Les crucifères dans la prévention du cancer du poumon

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Aux États-Unis et dans le monde, le cancer du poumon est la première cause de mortalité par cancer. Principaux facteurs de risque: le tabagisme et la pollution atmosphérique. L’alimentation peut réduire le risque de cancer pulmonaire en modifiant le processus de détoxification des carcinogènes présents dans l’air. Les crucifères font partie de ces aliments protecteurs potentiels.

Après leur ingestion, les glucosinolates des crucifères se transforment en divers métabolites, dont des isothiocyanates (ITC), des nitriles, des indole-3-carbinols (I3C) et des oxazolidine-2-thiones ¹. Des études précliniques ont montré que les I3C et les ITC possèdent des propriétés chimiopréventives. Les isothiocyanates
(ITC) présents dans notre alimentation sont : le sulforaphane (SFn- précurseur de la glucoraphanine), l’isothiocyanate d’allyle, l’isothiocyanate de benzyle et l’isothiocyanate de phényle.

L’objectif de cette analyse est de résumer les données disponibles concernant la consommation de crucifères et les ITC dans la prévention du cancer du poumon, à partir de 31 études d’observation quantitatives et 2 essais cliniques qualitatifs.

Analyse de 31 études d’observation

Lien entre la consommation de crucifères et la baisse du risque de cancer du poumon
Notre méta-analyse de ces 31 études a montré une relation inverse significative entre consommation de crucifères et risque de cancer du poumon. En comparant les consommations les plus élevées et les moins élevées, le rapport Odd Ratio/risque relatif était de 0,81.

Stratification en fonction du tabagisme : un impact important sur le risque de cancer du poumon
Il existait une forte hétérogénéité de résultats entre les études, indiquant que plusieurs facteurs pouvaient modifier cette relation inverse. Pour examiner les sources potentielles de cette disparité, une méta-analyse stratifiée en fonction du sexe, du tabagisme et de ces deux paramètres réunis a été menée. La stratification en fonction du tabagisme a montré une relation inverse significative entre consommation de crucifères et le risque de cancer du
poumon chez les non-fumeurs mais, en revanche, pas chez les fumeurs et anciens fumeurs. Ces données confirment l’impact important du tabagisme sur le risque de cancer du poumon.

Limites des études d’observation et recommandations pour des recherches futures
Les principales limites des études d’observation concernent :

  • les erreurs de mesure des données rapportées par les sujets ;
  • l’utilisation d’un questionnaire de fréquence alimentaire qui n’estime peut-être pas assez précisément la consommation de crucifères ;
  • des données insuffisantes concernant la source et les méthodes de préparation des crucifères, paramètres qui ont un impact considérable sur l’absorption d’ITC ;
  • la disponibilité limitée de prélèvements urinaires des niveaux d’ITC reflétant la consommation des dernières 24 heures (les ITC ne s’accumulant pas dans le plasma ou le sérum).

À l’avenir, pour examiner le lien entre concentrations urinaires d’ITC et le risque de cancer du poumon, d’autres études d’observation devront être menées au sein de populations consommant des quantités élevées de crucifères.

Deux essais cliniques qualitatifs

Les données actuelles se limitent à deux essais de phase II dont les résultats n’ont pas été totalement rapportés :

  • essai 1 de 12 semaines contre placebo concernant une boisson au brocoli dans la ville chinoise de Qidong en 2011-2012, 82 sujets par groupe ² ;
  • essai 2 croisé de 5 semaines (avec une intervention de 5 jours) portant sur l’isothiocyanate de phényle chez les fumeurs entre 2008 et 2013 mené par l’université du Minnesota chez 41 sujets ³.

Dans ces deux études, des composés bioactifs standardisés étaient administrés : 600 μmol de glucoraphanine et 40 μmol de SFN par jour dans l’étude de Qidong, et 61 μmol d’isothiocyanate de phényle 4 fois par jour dans l’étude du Minnesota.

Sachant que les concentrations élevées de benzène détectées dans la fumée de cigarette et l’air pollué sont détoxifiées par les métabolites de l’acide mercapturique, ces 2 essais ont mesuré les concentrations urinaires d’acide mercapturique (produit de l’élimination du benzène). Avec l’utilisation de
différents composés d’ITC en quantités variables, ces deux études ont observé une hausse de l’acide mercapturique dans les urines. Ces résultats sont prometteurs, mais d’autres études de phase II doivent être menées pour étudier les effets de différents crucifères en quantités variables sur le risque et les biomarqueurs d’efficacité dans le cadre du cancer du poumon.

Yumie Takata
Collège de Santé publique et sciences humaines, Université d’État de l’Oregon, ÉTATS-UNIS
Basé sur : Zhang Z. et al. The Role of Cruciferous Vegetables and Isothiocyanates for Lung Cancer prevention: Current Status, Challenges, and Future Research Directions. Mol. Nutr. Food Res. 2018, 62 (18).
  1. F. J. Barba, et al. Front. Nutr. 2016, 3, 24.
  2. P. A. Egner, et al. Cancer Prev. Res. 2014, 7, 813.
  3.  J. M. Yuan, et al. Cancer Prev. Res. 2016, 9, 396.
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