N° 60 | octobre 2006

LE POTASSIUM ET SON RÔLE DANS LA DIMINUTION DE LA TENSION ARTÉRIELLE

- LA PLACE DES FRUITS ET LÉGUMES -

L’hypertension artérielle représente un problème majeur de santé publique. Il est urgent de développer des approches efficaces à l’échelle de la population, basées sur une alimentation et un mode de vie sains, afin de prévenir et traiter l’hypertension artérielle, à la place ou en complément, des traitements pharmacologiques. L’augmentation des apports de potassium par une alimentation riche en fruits et légumes est une approche possible qui devrait être favorisée dans les pays développés et en voie de développement.

Une source majeure de morbidité et de mortalité

Dans les pays développés et en voie de développement, l’hypertension artérielle (pression systolique >115 mm Hg et/ou pression diastolique >75 mm Hg) est une des premières causes des déficiences ajustées par année de survie (DALY) (somme des années de vie perdues pour cause de mort prématurée et des années perdues pour handicap physique)(1). Il existe une relation exponentielle entre les chiffres de tension artérielle et les risques d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral. Malgré les progrès dans la prévention, la détection, le traitement et le contrôle de l’hypertension artérielle, bien des choses restent à faire pour résoudre ce problème de santé publique.

L’approche médicale se concentrait sur les quelques individus à haut risque cardiovasculaire (pression artérielle systolique >140 mm Hg et/ou pression diastolique >90 mm Hg). Elle ne tenait pas compte d’un grand nombre d’individus à faible risque (pression systolique entre 120 et 140 mm Hg et/ou pression diastolique entre 75 et 90 mm Hg) bien que la moitié des évènements cardiovasculaires liés à l’hypertension artérielle survienne chez les individus à faible risque(2). Et même chez les individus à haut risque, le contrôle global de l’hypertension reste insuffisant (seulement 10 % des patients entre 35 et 64 ans) à cause des failles du dépistage et des traitements(3).

Quelle alimentation et quel mode de vie pour prévenir et traiter les hypertendus ?

Les recommandations actuelles sont fondées sur une stratégie étendue à l’ensemble de la population. Elle comprend différentes approches dans la prévention de l’élévation de la tension artérielle chez les individus à faible risque et la réduction de la tension artérielle chez les individus à haut risque : pratiquer une activité physique modérée, garder un poids normal, limiter la consommation d’alcool, réduire l’apport de sodium et maintenir un apport correct en potassium par une alimentation riche en fruits et légumes(4). Les effets de ces approches sur la tension artérielle s’additionnent ; ils devraient être combinés, même s’il n’est pas toujours facile de les mettre en oeuvre, pour des raisons économiques, politiques ou sociales. Fruits et légumes et pression artérielle : le lien est fait Dans les années 80, on a mis en évidence une tension artérielle plus basse chez les végétariens que dans la population générale, puis on a montré que les régimes végétariens diminuaient la tension artérielle(5).

Plus récemment, des études transversales et prospectives ont rapporté une relation inverse entre la tension artérielle et la consommation de fruits et légumes(6). Des études cliniques ont confirmé l’action antihypertensive de la consommation de fruits et légumes, intrinsèquement ou dans le contexte d’interventions combinées(7). En parallèle, plusieurs études prospectives ont rapporté une corrélation négative entre la consommation de fruits et légumes et le risque de maladie cardiovasculaire(8).

Un rôle certain du potassium

L’hypothèse que les fruits et légumes réduisent la tension artérielle grâce à leur forte teneur en antioxydants est étayée par des données observationnelles mais n’a pas été confirmée par des études d’intervention(9). A l’inverse, il existe des preuves conséquentes que la forte teneur en potassium des fruits et légumes pourrait expliquer, au moins en partie, leur action antihypertensive. En effet, des études épidémiologiques montrent une corrélation négative entre la tension artérielle et la consommation de potassium. Par exemple, dans les 52 populations de l’étude Intersalt, l’augmentation de la pression artérielle systolique entre 25 et 55 ans, diffère de 14 mm Hg lorsque l’apport journalier de potassium diffère de 1,9 g(10). Des études cliniques ont montré qu’une augmentation de l’apport quotidien de potassium de 2 g durant quelques semaines réduit les pressions systolique et diastolique de, respectivement, 4,4 et 2,5 mm Hg(11). Augmenter l’apport de potassium réduit également l’utilisation d’antihypertenseurs pour contrôler une tension artérielle élevée(12). La majorité des essais a utilisé du chlorure de potassium comme complément alimentaire, alors que dans les fruits et légumes le potassium est présent sous forme de sels organiques (citrate, malate). Bien que l’action antihypertensive semble équivalente(13), les sels organiques ont des effets bénéfiques supplémentaires sur l’excrétion urinaire du calcium, les calculs rénaux et la déminéralisation osseuse grâce à leur capacité de générer des bicarbonates dans l’organisme(14).

Une action similaire aux diurétiques Il existe des preuves solides que le potassium réduit la tension artérielle par une action sur l’élimination urinaire de sodium et d’eau, similaire à celle des diurétiques(15). Cela expliquerait pourquoi l’action antihypertensive du potassium dépend fortement de l’apport en sodium, l’effet étant plus marqué lorsque les apports en sodium sont importants. Le potassium exerce également un effet direct sur la paroi artérielle qui pourrait intervenir dans la régulation de la tension artérielle et le développement des maladies vasculaires(16).

Comment pallier le manque en potassium ?
Avec les fruits et légumes !

Du point de vue de l’évolution, le corps humain s’est développé dans un environnement riche en potassium et pauvre en sodium. En conséquence, l’organisme est plus adapté à sécréter de grandes quantités de potassium et à retenir le plus de sodium possible(17).

Selon les études au sein des populations de chasseurs-cueilleurs et des sociétés rurales traditionnelles, l’apport quotidien physiologique en potassium dépasserait probablement les 10 g. En comparaison, l’apport moyen de potassium actuel (en France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Italie) est d’environ 3 g, avec une grande variabilité entre individus, allant de moins de 1 g à plus de 10 g par jour. Ainsi, la grande majorité des personnes vivant dans les pays industrialisées consomme moins ou beaucoup moins de potassium que ce qui est requis(18).
La recommandation générale est donc d’accroître la consommation d’aliments comme les fruits et légumes qui apportent le plus de potassium.

Pierre Meneton
Département de Santé Publique et d'Informatique Médicale - Faculté de Médecine René Descartes - Paris - FRANCE
  1. WHO. Reducing risks, promoting healthy life. The World Health Report 2002.
  2. Vasan RS et al. N Engl J Med 345(18): 1291-1297, 2001.
  3. Antikainen RL et al. Eur J Cardiovasc Prev Rehabil 13(1): 13-29, 2006.
  4. Appel LJ et al. Hypertension 47(2): 296-308, 2006.
  5. Berkow SE & Barnard ND. Nutr Rev 63(1): 1-8, 2005.
  6. Miura K et al. Am J Epidemiol 159: 572-580, 2004.
  7. Appel LJ et al. N Engl J Med 336: 1117-1124, 1997.
  8. Bazzano LA et al. Curr Atheroscler Rep 5(6): 492-499, 2003.
  9. Czernichow S et al. Curr Hypertens Rep 6: 27-30, 2004.
  10. Elliott P et al. Clin Exp Hypertens 11: 1025-1034, 1989.
  11. Whelton PK et al. JAMA 277: 1624-1632, 1997.
  12. Siani A et al. Ann Intern Med 115(10): 753-759, 1991.
  13. He FJ et al. Hypertension 45: 571-574, 2005.
  14. Demigne C et al. J Nutr 134(11): 2903-2906, 2004.
  15. Akita S et al. Hypertension 42(1): 8-13, 2003.
  16. Haddy FJ et al. Am J Physiol Regul Integr Comp Physiol 290(3): R546-552, 2006.
  17. Cordain L et al. Am J Clin Nutr 81(2): 341-354, 2005.
  18. Geleijnse JM et al. Eur J Public Health 14(3): 235-239, 2004.
Retour Voir l'article suivant