N° 60 | octobre 2006

Fruits et Légumes et Santé Cardiovasculaire

Édito

Des résultats récents de l’étude “Initiative sur la Santé des Femmes- ISF” montrent qu’une alimentation pauvre en matières grasses mais riche en fruits, légumes et céréales ne réduit pas significativement le risque de maladies cardiovasculaires chez les femmes après la ménopause. Ces résultats, inattendus et presque choquants, semblent contredire les preuves provenant d’études antérieures que l’on pensait fondées.

Malgré ces derniers résultats, d’autres études randomisées suggèrent fortement qu’une modification de l’alimentation peut avoir des effets bénéfiques sur plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire, y compris la tension artérielle, la lipidémie, l’homocystéinémie, le stress oxydatif, l’inflammation et la fonction endothéliale. En outre, un grand nombre d’études d’observation prospectives soutiennent l’hypothèse qu’une alimentation particulièrement riche en fruits et légumes est bénéfique et réduit le risque d’évènements cardiovasculaires.

Une modification alimentaire plus importante que celle réalisée dans l’ISF est probablement nécessaire pour observer un impact. Il a été démontré qu’une alimentation saine comprenant une consommation plus élevée de fruits et légumes réduit la tension artérielle. Il existe également des preuves que ce régime serait lié à une moindre élévation de la tension artérielle durant la vie. Il est possible que les nutriments suivants soient impliqués : fibres, potassium, magnésium, vitamines et antioxydants. Quant au potassium étudié comme complément nutritionnel, les preuves suggèrent fortement qu’il participe aux effets bénéfiques des fruits et légumes sur la tension artérielle. Bien que le folate ait un effet bien prouvé sur l’homocystéinémie et qu’on ait démontré une diminution du stress oxydatif due aux vitamines antioxydantes lors d’études expérimentales, les essais cliniques de complémentation en folate ou en vitamine E chez des patients ayant une maladie coronarienne ont été décevants.

L’absence d’études de prévention primaire et la non-équivalence entre les compléments et leurs formes naturelles limitent la généralisation de ces études. En outre, il faut souligner que grâce à leur forte teneur en différents antioxydants et d’autres nutriments bénéfiques, tels que le potassium et les fibres alimentaires, consommer abondamment des fruits et légumes plutôt que des compléments réduirait le fardeau des maladies cardiovasculaires en Europe. En majorité, les autres preuves scientifiques contredisent les résultats négatifs de l’ISF.

Matthias B. Schulze
Département d’Épidémiologie moléculaire, Institut allemand de la nutrition humaine Potsdam-Rehbrücke, Nuthetal, ALLEMAGNE - Centre allemand de recherche sur le diabète (DZD), Munich-Neuherberg, ALLEMAGNE
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