N° 144 | juillet 2014

Les repas scolaires : une manière efficace d’augmenter la consommation de fruits et légumes chez les enfants

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On le sait: les enfants devraient consommer plus de fruits et légumes. Comment y parvenir ? Là est la question ! Des études réalisées au Centre d’Economie Comportementale dans les Programmes Alimentaires chez les Enfants à Cornell (the Cornell Center for Behavioral Economics in Child Nutrition Programs, The B.E.N. Center) ont mis en évidence quelques techniques simples, utilisant des stimuli environnementaux. Le centre B.E.N. les a rassemblés au sein d’un programme: le «Mouvement pour des Cantines plus Intelligentes» (the Smarter Lunchrooms Movement).

Qu’est ce que l’Economie Comportementale & pourquoi s’y intéresser ?

L’économie comportementale étudie l’impact de l’environnement, des situations et des émotions sur les choix. En se basant sur des stimuli environnementaux, elle propose des outils à utiliser dans notre environnement alimentaire pour faciliter la consommation d’aliments plus sains. Les économistes Thaler et Sunstein suggèrent que « l’architecture du choix » - le lien entre la manière de présenter un choix et la décision qui en résulte - pourrait potentiellement renforcer le lien entre les intentions d’un individu et son comportement réel 1.

«L’architecture du choix» est facile à utiliser dans les milieux de consommation alimentaire. Il s’agit simplement d’encourager certains choix, parfois en modifiant seulement la disposition et la présentation des aliments. Percevoir qu’on a le choix a également un impact profond sur la consommation 2. Des études de psychologie et d’économie comportementale ont montré que de simples stimuli - la disposition et l’attrait visuel - peuvent influencer les décisions instantanées de consommer chez les enfants. Ainsi, proposer à des enfants des carottes ou du céleri avec leur déjeuner a augmenté la consommation du légume choisi de 69 à 91% 3.

Tout se met en place à la cantine

Sachant que les élèves peuvent être influencés par ces stimuli, le Centre B.E.N. vient de réaliser une étude contrôlée, analysant le choix et la consommation de légumes, nommés de manière créative et adaptée à l’âge, chez des élèves de trois niveaux scolaires (primaire, collège et lycée). Les légumes proposés au menu portaient des noms comme des « Carottes pour vision aux rayons X » ou « Mélange de Légumes Californiens ». Les noms étaient affichés au self à coté des aliments concernés. Les taux de sélection et de consommation ont été mesurés en analysant les ventes, les registres de production des aliments et les déchets.

Résultat: l’utilisation de noms précis a permis de doubler la consommation de carottes à l’école élémentaire et d’accroître de plus de 40% leur sélection au lycée 4. Des études similaires portant sur les fruits ont été menées. Au lycée, présenter des fruits entiers dans un joli bol à coté de la caisse, a augmenté leur sélection de 102% 5.

A partir de ces études de terrain, le Centre B.E.N. suggère donc d’étiqueter les légumes avec des noms créatifs, appropriés à l’âge des enfants fréquentant la cantine et de présenter les fruits de manière visible, accessible et attractive, près des lieux de passage.

Est-ce que l’école et la famille peuvent collaborer ?

Selon les chercheurs, l’environnement familial est aussi important que l’environnement scolaire pour encourager des habitudes alimentaires saines. Les personnes responsables des enfants représentent à la fois une source d’aliments et un modèle de consommation, influençant ainsi leurs choix et leur consommation 6. Sur cette base, le Centre B.E.N. a conçu un Bulletin Scolaire Alimentaire (Nutrition Report Card) rapportant aux responsables de l’enfant les aliments qu’il avait achetés au déjeuner. Durant 5 semaines, les bulletins ont été envoyés par courrier électronique aux responsables de 35 enfants, inscrits de la maternelle à la terminale. Suite à ces bulletins, les élèves ont acheté significativement moins de cookies que les semaines précédentes et ont consommé plus souvent des fruits et des légumes. En outre, dans les enquêtes post-intervention, les parents ont indiqué que ce bulletin avait été un bon catalyseur pour entamer le dialogue sur la nutrition avec leurs enfants 7.

Cette étude indique qu’un simple résumé des achats de l’enfant, remis aux personnes qui en sont responsables, peut donner lieu à des conversations sur la nutrition et, au final, influencer le choix d’aliments sains chez les élèves.

Il existe de nombreuses manières de présenter les aliments dans l’environnement alimentaire pour encourager le choix et la consommation d’aliments sains. Pour en savoir plus, visitez : www.smarterlunchrooms.org

Kathryn Hoy
Responsable, Centre d’Economie Comportementale dans les Programmes Alimentaires des Enfants de l’Université de Cornell, USA
Brian Wansink
Titulaire de la Chaire Professorale John Dyson de Marketing et Directeur du Laboratoire d’Alimentation et des Marques de l’Université de Cornell, USA
  1. Thaler, R.H., Sunstein, C.R., (2008). Nudge: Improving Decisions About Health, Wealth, and Happiness., Yale University Press.
  2. Kahn, B.E., & Wansink, B. (2004). Impact of variety on consumption quantity. Journal of Consumer Research, 30(4), 519-34.
  3. Just, D.R., Wansink, B., (2009), Better School Meals on a Budget: Using Behavioral Economics and Food Psychology to Improve Meal Selection., Choices., 24:3, 1-6.
  4. Wansink, B., Just, D., Smith, L., (2011), What is in a Name? Giving Descriptive Names to Vegetables Increases Lunchroom Sales., Journal of Nutrition Education and Behavior., 43:4S1, S1.
  5. Wansink, B., Just, D., Smith, L., (2011), Move the Fruit: Putting Fruit in New Bowls and New Places Doubles Lunchroom Sales., Journal of Nutrition Education and Behavior., 43:4S1, S1.
  6. Savage, J.S., Fisher, J.O., & Birch, L.L. (2007). Parental Infl uence on Eating Behavior: Conception to Adolescence. Journal of Law, Medicine & Ethics. 35, 22-34.
  7. Wansink, B., Just, D.R., Patterson, R.W., Smith, L.E. (2013). Nutrition Report Cards: An Opportunity to Improve School Lunch Selection. PLoS One. 8(10):e72008. doi:10.1371/ journal.pone.0072008
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