N° 144 | juillet 2014

Proposez leur plus de légumes : les enfants en choisissent plus !

Télécharger Imprimer

Vous souvenez-vous de la dernière fois où, face à un buffet bien garni, vous avez regretté de ne pas avoir goûté à tout ? Il est très difficile de résister à un ensemble d’aliments tentants et une étude récente a montré que c’est précisément cette stratégie que l’on peut adopter pour améliorer les choix alimentaires chez les enfants.

La variété pimente la vie même en matière de légumes

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande une consommation quotidienne d’au moins 400 grammes de fruits et légumes (F&L) que, malheureusement, la grande majorité des enfants ne respectent pas 1. Pire encore: ces mauvaises habitudes alimentaires se perpétuent à l’adolescence et à l’âge adulte 2. Si la plupart des enfants aiment les fruits, pour les légumes, ils sont beaucoup plus regardants ! On comprend qu’il soit plus difficile d’augmenter la consommation de légumes chez les enfants.

Récemment, au lieu de proposer des informations sur une alimentation saine, de nouvelles approches se sont intéressées aux modifications mineures de l’environnement alimentaire. L’hypothèse est que l’on pourrait faciliter les choix sains à l’aide de changements simples au niveau environnemental 3. Diverses stratégies d’encouragement ont montré des résultats prometteurs chez les adultes. Par exemple, il a été montré que l’on consommait moins de chocolat s’il était plus difficile d’en prendre un carré, par exemple, en les recouvrant d’un film transparent 4.

Proposer une grande variété de légumes pourrait être un bon moyen d’augmenter la consommation des F&L chez les enfants puisqu’en général la diversité augmente la consommation. Si nous augmentons la variété des options saines, pourrions nous inciter les enfants à manger plus sainement ? Telle est la question.

Les enfants ont une alimentation sélective

Des recherches suggèrent que, contrairement aux adultes, les enfants seraient beaucoup plus sensibles aux signaux internes de faim, de satiété et à leurs préférences qu’aux signaux externes liés aux aliments 5. On ne sait donc pas s’il est possible « d’encourager » les enfants d’âge scolaire à choisir plus de légumes. Pour tester cette hypothèse, nous avons mené une expérience avec des répliques authentiques d’aliments 6.

Des «faux aliments» pour un « faux buffet »

Une centaine d’enfants âgés de 7 à 10 ans a été invitée dans notre laboratoire pour se servir un repas à partir d’un buffet de faux aliments (The « Fake Food Buffet »). Les aliments du « buffet » comprenaient du poulet pané, des pâtes, des légumes cuits comme des carottes et des petits pois. Les enfants ont été répartis au hasard entre différents groupes expérimentaux pour se servir un seul légume avec le repas ou les deux en même temps.

Les enfants du groupe qui pouvait choisir deux légumes s’en sont servis significativement plus que le groupe avec un seul légume. Le pourcentage d’énergie apporté par les légumes avait presque doublé, passant de 6% (37 kJ et 38 kJ) à 11% (64 kJ) lorsque deux légumes étaient servis plutôt qu’un seul. Dans son ensemble, le repas n’était pas plus calorique. Ainsi, le repas des enfants à qui on a proposé deux légumes avait une plus forte part calorique provenant des légumes et une plus grande densité nutritionnelle. Même les enfants qui disaient qu’ils n’aimaient pas les légumes s’en sont servis plus si on leur en proposait deux plutôt qu’un !

Une stratégie simple et efficace pour encourager les enfants

Pourquoi les enfants choisissent-ils plus de légumes si on leur en propose deux au lieu d’un ? Une explication peut être la « norme de consommation »: si on donne le choix entre plusieurs aliments différents, les enfants se serviront au moins une bouchée de chacun. Ainsi, quand on laisse aux enfants le choix d’une plus grande variété d’aliments sains, en fin de compte, ils se servent un repas de meilleure densité nutritionnelle.

Conclusion des chercheurs : proposer une plus grande variété de légumes aux enfants pourrait être une stratégie simple et efficace pour les encourager à en consommer plus et avoir des repas plus sains, non seulement à la maison mais aussi à la cantine de leur école.

* Le faux buffet alimentaire (The fake food buffet - FFB), une nouvelle méthode utilisant des répliques d’aliments pour l’étude des choix alimentaires a récemment été reconnu comme une méthode validée et sûre pour étudier l’impact des influences externes7. Il a été démontré que la quantité de faux aliments servie était fortement corrélée à la quantité servie lors d’un buffet comportant des aliments réels 7. L’utilisation de faux aliments au lieu de vrais dans des études expérimentales permettrait de réduire le gaspillage d’aliments, les tâches préparatoires et les coûts car nul besoin de cuire ces aliments et ils sont réutilisables. Le plus important c’est que le FFB permet d’étudier les individus dans des conditions de laboratoire bien contrôlées. Ainsi, cette méthode est particulièrement adaptée à l’étude des influences environnementales sur les choix alimentaires.

Tamara Bucher
Institut pour les Décisions Environnementales de l’ETH Zürich (Institute for Environmental Decisions - IED - ETH Zurich), Universitätstrasse 16, Zurich, SUISSE
Michael Siegrist
Institut pour les Décisions Environnementales de l’ETH Zürich (Institute for Environmental Decisions - IED - ETH Zurich), Universitätstrasse 16, Zurich, SUISSE
Klazine van der Horst
Institut pour les Décisions Environnementales de l’ETH Zürich (Institute for Environmental Decisions - IED - ETH Zurich), Universitätstrasse 16, Zurich, SUISSE & Nestec Ltd, Centre de Recherche Nestlé, Département des interactions Aliments Consommateurs, Lausanne, SUISSE
Bucher, T., Siegrist, M. & van der Horst, K. (in press). Vegetable Variety: An effective strategy to Increase Vegetable Choice in Children. Public Health Nutrition. doi:10.1017/S1368980013002632
  1. Vereecken CA, De Henauw S, Maes L: Adolescents’ food habits: Results of the health behaviour in school-aged children survey. Brit J Nutr 2005, 94(3):423–431.
  2. te Velde SJ, Twisk JWR, Brug J: Tracking of fruit and vegetable consumption from adolescence into adulthood and its longitudinal association with overweight (vol 98, pg 434, 2007). Br J Nutr 2007, 98(4):871–871.
  3. Thaler, R. H., & Sunstein, C. R. (2008). Nudge improving decisions about health, wealth and happiness. New Haven: Yale University Press
  4. Brunner, T. (2013). It takes some effort: How minimal physical effort reduces consumption volume. Appetite 71(1): 89-94.
  5. Ashcroft J, Semmler C, Carnell CM S van Jaarsveld, Wardle J: Continuity and stability of eating behaviour traits in children. Eur J Clin Nutr 2008, 62(8):985–990.
  6. Bucher, T., Siegrist, M. & van der Horst, K. (in press). Vegetable Variety: An effective strategy to Increase Vegetable Choice in Children. Public Health Nutrition. doi:10.1017/ S1368980013002632
  7. Bucher T, van der Horst K, Siegrist M: The fake food buffet – a new method in nutrition behaviour research. Brit J Nutr 2012, 107(10):1553–1560.
Retour Voir l'article suivant