N° 57 | juin 2006

PARENTS, EXPOSEZ VOS ENFANTS AUX FRUITS ET LÉGUMES !

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Les préférences alimentaires chez l’enfant sont fortement liées à leurs habitudes de consommation [1]. Ainsi, l’identification des facteurs qui déterminent les préférences est cruciale pour développer des interventions efficaces ayant pour objectif d’améliorer l’alimentation des enfants. Un des facteurs les plus déterminants de l’appréciation d’un aliment particulier est le degré de familiarité de l’enfant avec cet aliment [2].

Autrement dit : les enfants aiment ce qu’ils connaissent et mangent ce qu’ils aiment.

Le problème de la néophobie

Théoriquement, pour assurer une alimentation saine à leurs enfants, les parents n’ont qu’à fournir une grande variété d’aliments sains et les proposer régulièrement pour qu’ils leurs deviennent familiers.

Malheureusement, la néophobie alimentaire (littéralement : “peur de la nouveauté”), un comportement qui émerge typiquement durant la deuxième année de vie[3], fait obstacle au développement de cette familiarité. Elle se manifeste par un évitement et une réticence à goûter de nouveaux aliments et est associée à une alimentation de moindre qualité et une plus faible consommation de fruits et de légumes.

L’impact positif de l’exposition

De nombreuses publications, tant épidémiologiques qu’expérimentales, indiquent qu’en répétant la dégustation ou “l’exposition”, la néophobie peut être réduite et les “aversions” transformées en “préférences”. Des enquêtes sur la consommation alimentaire et les préférences ont établi un lien entre l’exposition précoce aux saveurs et l’acceptation ultérieure des aliments. Par exemple, une étude transversale de mères d’enfants en âge préscolaire a montré que l’introduction précoce des fruits et des légumes durant la diversification alimentaire était associée à une consommation accrue chez les 2-6 ans[4]. De la même manière, une étude longitudinale américaine a montré qu’exposer des enfant à une grande variété de fruits durant leur deux premières années de vie, était un facteur prédictif de la variété des fruits consommés par ces enfants en âge scolaire[6].
Des études expérimentales ont également montré que l’exposition augmentait de façon efficace les préférences alimentaires, aussi bien chez les animaux que chez les nourrissons[7], les enfants en âge préscolaire [8] et les adultes[9].

La néophobie varie avec l’âge

La force du comportement néophobique variant au cours de la croissance, le nombre d’expositions nécessaires pour le modifier varie également. Ainsi, chez les nourrissons, une exposition unique peut suffire à accroître de manière significative la consommation et la préférence d’un aliment[7] et ces effets peuvent se généraliser aux aliments similaires. En revanche, chez les enfants plus âgés et les adultes, il faudrait entre 10 et 15 expositions gustatives avant d’observer des bénéfices[8]. Des recherches en laboratoire ont également montré qu’il existe des circonstances dans lesquelles l’exposition est moins efficace. Par exemple, lorsque l’aliment ciblé est intrinsèquement inappétissant ou lorsque l’exposition s’effectue selon un mode sensoriel différent (expositions visuelles répétées à l’aliment). Cependant, globalement, les preuves sont clairement en faveur de l’utilisation de l’exposition gustative pour favoriser une alimentation saine.

Une série d’études en situations réelles

Afin d’évaluer si les résultats de ces études peuvent être reproduits dans le monde réel de l’alimentation quotidienne, nous avons mené une série d’études en situation réelle ayant pour objectif d’augmenter l’acceptation des légumes par les enfants. Les légumes sont une cible importante d’intervention car il est bien connu que leur consommation chez l’enfant est insuffisante et que la néophobie est particulièrement associée à une consommation plus faible.

La première de ces études, un essai contrôlé en milieu scolaire, a évalué deux interventions, l’une basée sur la récompense et l’autre sur l’exposition[10]. Des enfants âgés entre 5 et 7 ans ont été randomisés en un groupe d’intervention et un groupe contrôle, après une session préliminaire durant laquelle ils ont dégusté des morceaux de poivron rouge (crus) et noté leurs impressions.

  • Dans les deux groupes interventions, la dégustation s’est effectuée soit par “exposition simple” soit accompagnée d’une “récompense” (gommette).
  • Dans le groupe « contrôle » il n’y a eu aucune intervention.

    Dans le groupe “exposition simple”, les enfants ont augmenté de façon significative leur appréciation et leur consommation de poivron par rapport à la période pré intervention, alors que ces effets on été moins importants dans le groupe récompense. Ceci suggère que donner une récompense pourrait limiter l’impact de l’exposition.

Les mères doivent être bien informées

Dans une deuxième étude, les mères d’enfants âgés de 2 à 6 ans, ont été réparties de façon aléatoire dans trois groupes :

  • groupe contrôle,
  • groupe recevant des dépliants d’information sur les habitudes alimentaires saines,
  • groupe bénéficiant d’une formation sur les techniques d’exposition alimentaire.

Ensuite, on leur a demandé de proposer à leurs enfants de déguster un légume particulier chaque jour pendant 14 jours. Des augmentations significatives de préférence, de classement et de consommation n’ont été observées que dans le groupe formé à l’exposition par rapport aux deux autres groupes[11].

Il est nécessaire de tester l’efficacité de cette approche dans les milieux socio-économiques les plus défavorisés où il est connu que la consommation de légumes est particulièrement faible. Ainsi nous avons entrepris une étude pilote similaire évaluant l’intervention basée sur l’exposition dans un groupe composé de mères à faibles revenus et de leurs enfants âgés de deux ans. (Cooke & Wardle, article soumis pour publication). Des augmentations significatives de préférence et de consommation d’un légume cible ont été observées après deux semaines de dégustation quotidienne. Les réactions des mères étaient très positives quant au contenu et à la forme de l’intervention et à la valeur des techniques d’exposition enseignées. Un essai contrôlé randomisé est maintenant nécessaire afin de reproduire ces résultats au sein d’un échantillon plus important avec un suivi à plus long terme.

La nécessité d’études à plus long terme

La puissance de “l’exposition maternelle” pour modifier les préférences alimentaires des enfants est bien établie. Des résultats expérimentaux commencent à nous montrer comment mieux intervenir. Si des interventions futures à grande échelle réussissent, elles pourront déboucher sur des conseils simples à donner aux professionnels de santé ou aux parents.

Lucy Cooke
MSc. Chercheur en Psychologie. University College Londres - UK
  1. Resnicow K et al Health Psychol 1997, 16: 272-276.
  2. Birch LL. Journal of Nutrition Education 1979, 11: 77-80.
  3. Rozin P. The selection of food by rats, humans and other animals. In Advances in the study of behavior. Rosenblatt R et al (eds). New York:
    Academic Press; 1976:21-76.
  4. Cooke L et al Public Health Nutrition 2004, 7: 295-302.
  5. Falciglia GA et al J Am Diet Assoc 2000, 100: 1474-1481.
  6. Skinner JD et al. J Nut Educ and Behav 2002, 34: 310-315.
  7. Sullivan SA & Birch LL. Paediatrics 1994, 93: 271-277.
  8. Sullivan SA & Birch LL. Dev Psych 1990, 26: 546-551.
  9. Pliner P et al. Appetite 1993, 20: 111-123.
  10. Wardle J et al. Eur J Clin Nut 2003, 57: 341-348.
  11. Wardle J et al. Appetite 2003, 40: 155-162.
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