N° 140 | mars 2014

Potassium, fruits et légumes, fonction vasculaire et contexte géo-social

Une alimentation riche en potassium, associée à un apport modéré en sodium, joue un rôle positif dans la santé cardiovasculaire et dans la réduction du risque d’hypertension.

Une méta-analyse regroupant 250 000 individus issus de 11 études prospectives a montré qu’une augmentation de l’apport quotidien en potassium de 1,3 à 1,4g provenant de fruits et légumes (F&L) et de céréales complètes était associée à une réduction de 7% du risque de cardiopathie ischémique et de 26% du risque de maladie cardiovasculaire 1. Le mécanisme passe sans doute par un effet bénéfique du potassium sur la pression artérielle.

Des effets contradictoires sur la fonction endothéliale

Les résultats des études sur les effets d’une supplémentation en potassium sur la fonction endothéliale sont contradictoires, tantôt l’améliorant 2, tantôt non 3. Récemment, un essai d’intervention en cross-over a montré qu’un repas riche en potassium (1400 mg - équivalent à la teneur en potassium de 2,5 portions de bananes), comparativement à un repas pauvre en potassium (234 mg), avec un apport faible et identique de sodium (253 mg), atténuait la diminution post-prandiale de la fonction endothéliale mesurée par la FMD (Flow Mediated Dilatation) au niveau de l’artère brachiale 4.

Des apports alimentaires en potassium insuffisants Les apports en potassium sont partout à la baisse en raison d’une alimentation pauvre en aliments de bonne densité nutritionnelle 5. Aux USA ils sont estimés à 2600 mg/j 6 alors que les recommandations sont près du double (4700 mg/j). La source principale de potassium est représentée par les aliments frais non transformés : F&L notamment. De plus la diminution de l’accès aux magasins et commerces où sont vendus les F&L 7 et les contraintes économiques 8 peuvent contribuer aux différences de consommation 7.

L’excrétion urinaire représente 80 à 85% des voies d’élimination du potassium et est un bon reflet des apports. Ce paramètre peut être utilisé dans les études épidémiologiques pour évaluer l’apport alimentaire.

L’excrétion urinaire de potassium est corrélée à l’apport de fruits et légumes

La récente étude de Monsivais P et coll8 a eu pour objectif :

  • de mesurer l’excrétion urinaire moyenne de potassium de différentes populations urbaines ;
  • de la corréler aux estimations de l’enquête alimentaire ;
  • d’établir les associations avec les indicateurs socio-économiques et d’accès aux produits.

1656 adultes représentatifs de la population New Yorkaise ont été tirés de l’étude Community Health Survey Heart Follow-up Study.

L’excrétion urinaire moyenne de potassium était de 2180 mg/jour et la consommation de F&L auto estimée de 2,5 portions/jour.

L’influence du niveau socioéconomique est confirmée

L’excrétion urinaire de potassium était plus basse :

  • chez les sujets noirs (21%) que chez les sujets blancs (p < 0,0001),
  • chez les non diplômés (13%) que chez les diplômés (p < 0,0001),
  • chez les sujets de faible revenu (9%) que chez ceux ayant un revenu élevé (p = 0,03).

L’excrétion urinaire de potassium était bien corrélée à l’apport de F&L (r = 0,226 p < 0,001). Cependant, la consommation de F&L auto-estimée était plus élevée chez les femmes que chez les hommes, malgré une excrétion urinaire de potassium plus élevée chez les hommes...

La plupart des habitants de New York rapportaient un temps de marche inférieur à 10 minutes pour acheter des F&L frais. Cet indicateur d’accès n’était pas associé à l’excrétion urinaire de potassium ou à l’apport en F&L.

Ainsi, l’apport de potassium est bas dans cette population urbaine, particulièrement chez les sujets ayant un niveau d’éducation et un niveau socio-économique bas. L’accès aux F&L (disponibilité, proximité) ne semble pas être un frein dans cette étude. Il faudrait donc utiliser d’autres leviers 9.

Jean-Michel Lecerf
Service de Nutrition, Institut Pasteur de Lille, FRANCE
  1. D’Elia L, et al. Potassium intake, stroke, and cardiovascular disease a meta-analysis of prospective studies. J. Am. Coll. Cardiol. 2011; 57:1210-1219.
  2. He FJ, et al. . Effects of potassium chloride and potassium bicarbonate on endothelial function, cardiovascular risk factors, and bone turnover in mild hypertensives. Hypertension 2010; 55:681-688.
  3. Berry SE, et al. Increased potassium intake from fruit and vegetables or supplements does not lower blood pressure or improve vascular function in uk men and women with early hypertension: a randomised controlled trial. Br. J. Nutr. 2010; 104:1839-1847.
  4. Blanch N, et al. Postprandial effects of potassium supplementation on vascular function and blood pressure: a randomised cross-over study. Nutr Metab Cardiovasc Dis 2014; 24:148- 154.
  5. Krebs-Smith SM, et al. Americans do not meet federal dietary recommendations. J. Nutr. 2010; 140:1832-1838.
  6. Cogswell ME, et al. Sodium and potassium intakes among us adults: nhanes 2003-2008. Am. J. Clin. Nutr. 2012; 96:647-657.
  7. Zenk SN, et al. Fruit and vegetable intake in african americans income and store characteristics. Am J Prev Med 2005; 29:1-9.
  8. Monsivais P, et al. Following federal guidelines to increase nutrient consumption may lead to higher food costs for consumers. Health Aff (Millwood) 2011; 30:1471-1477.
  9. Loftfield E, et al. Potassium and fruit and vegetable intakes in relation to social determinants and access to produce in new york city. Am. J. Clin. Nutr. 2013; 98:1282-1288.
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