N° 56 | mai 2006

POUVONS-NOUS CHANGER NOS HABITUDES ALIMENTAIRES ?

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Quels sont les obstacles ?

La consommation alimentaire est l’objectif principal de beaucoup d’actions conçues afin d’acquérir un “mode de vie sain”. La consommation de fruits et de légumes est généralement reconnue comme étant au coeur d’une alimentation saine. Cependant, dans la plupart des études sur la modification alimentaire (y compris les interventions sur le changement de comportement, le ciblage individualisé et les entretiens de motivation), les résultats sont généralement décevants, aboutissant, après plusieurs années, à la consommation d’une seule portion de fruits et légumes par jour pour un objectif fixé de cinq par jour… Pourquoi est-ce si difficile d’orienter les comportements alimentaires dans un sens reconnu comme bénéfique pour la santé ? Pourquoi est-ce que les gens semblent ne pas vouloir, ou ne pas pouvoir, faire des choix alimentaires sains ?

Trois éléments majeurs : attitude, objectif, comportement

En apparence, choisir entre différents aliments semble un acte volontaire ou une décision parfaitement consciente. Cependant, cette décision comporte trois éléments majeurs : une attitude, un objectif et un comportement. Il faut rappeler que manger est à 100% un comportement que nous réalisons, au final, de nos propres mains. Néanmoins, s’il est relativement facile d’exprimer une attitude ou un souhait (“je veux être en bonne santé”) et très simple d’avoir une intention (“j’ai l’intention de manger plus de fruits et de légumes”), en revanche, il est plutôt difficile de convertir cette résolution en action comportementale. On appelle cela le “fossé intention – comportement”. Nous pouvons tous prendre de bonnes résolutions, mais ne pas réussir à les mettre en pratique, tout en nous félicitant d’avoir des objectifs sensés. Une des raisons est que manger n’est pas une action aussi simple qu’il n’y parait. En effet, l’acte de manger intègre des séquences comportementales qui, réunies, forment nos habitudes alimentaires. Ces habitudes sont extrêmement résistantes au changement.

Ce qui détermine nos habitudes alimentaires

Les psychologues savent bien que le meilleur facteur prédictif du comportement futur est le comportement passé. Un aspect important de l’acte alimentaire est le plaisir qu’il procure. Pour certaines personnes, le plaisir sensoriel procuré par l’alimentation est le plaisir le plus important dans leur vie. Ce sentiment de plaisir constitue la ‘récompense’ qui renforce l’ancrage des comportements. Une autre facette des habitudes, est que, bien qu’elles soient personnelles et individuelles, elles sont entretenues et renforcées par certains aspects de l’environnement, représentés par un marché agroalimentaire hautement compétitif, avec un marketing agressif et une publicité ciblant le consommateur. Les habitudes sont également entretenues par des valeurs culturelles existantes qui rendent certains choix alimentaires plus appréciés que d’autres. On peut se lamenter de l’apparition d’une mentalité ‘fast food’, mais ce n’est pas un crime de manger chez McDonald’s, ni un péché ! En fait, une certaine partie de notre système économique est spécifiquement conçu pour promouvoir l’acceptabilité culturelle de la restauration rapide.

Quelles sont les opportunités de manger plus de fruits et de légumes?

Dans un tel climat économique et culturel, quelles sont les opportunités de briser les habitudes alimentaires malsaines et d’introduire plus de fruits et de légumes dans nos assiettes ? S’attendre à ce que les individus le fassent “tout seul” ne sera probablement pas très efficace. Nous devons faire en sorte que la consommation de fruits et de légumes soit associée à une haute valeur culturelle. Les stratégies économiques doivent intégrer de telles valeurs afin d’agir sur les forces du marché. En clair, l’intensité de la publicité et du marketing des fruits et des légumes doit être au même niveau financier que celle de leurs compétiteurs. Les agences gouvernementales pourraient aider à équilibrer le marché par la mise en oeuvre d’une politique de prix abordables. Pour atteindre ce but, certains pensent que le degré “de savoir-faire social” nécessaire rendrait ce scénario improbable. Cependant, même des changements minimes pourraient apporter des bénéfices significatifs pour la santé. D’un point de vue théorique et pratique, nous devons travailler sur le plaisir et le désir de manger des fruits et légumes. Ensemble, ils constitueront des habitudes qui perdureront. Il existe des signes encourageants : récemment, au Royaume-Uni, une important association agroalimentaire a signalé une réduction de 10% des ventes de tartes, de gâteaux et de friandises – ayant tous une forte teneur en matières grasses, sucre et sel.

Le rôle des saveurs gratifiantes

Une collaboration renforcée entre les producteurs et le marché devrait aider les personnes à convertir leurs résolutions en comportement actif. Cette résolution est présente; elle a simplement besoin d’être libérée. Une certaine amélioration peut être obtenue en facilitant l’expression des souhaits. Les fruits et les légumes ont-ils un attrait sensoriel (“l’élément plaisir”) suffisant pour entrer en compétition avec les assauts artificiels d’aliments manipulés chimiquement sur nos papilles gustatives? La réponse est oui.
Les fruits et légumes ont des saveurs distinctes très gratifiantes pouvant conduire à l’établissement d’habitudes alimentaires saines. Le tout serait de proposer très tôt aux enfants une grande diversité de saveurs saines. Modifier les habitudes alimentaires des adultes est très difficile. Il serait beaucoup mieux de démarrer dans la vie avec des habitudes alimentaires appropriées.

John Blundell
Directeur du Département de Psychobiologie Institut des Sciences Psychologiques Université de Leeds, Leeds, Royaume-Uni
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