N° 159 | décembre 2015

Quels sont les aliments « durables » ? Associations entre impact environnemental, qualité nutritionnelle et prix des aliments couramment consommés en France

Télécharger Imprimer

Les régimes «durables» doivent garantir une bonne adéquation nutritionnelle, un coût économique et environnemental modéré, tout en étant «acceptables» par la population1. La plupart des études s’accordent sur le fait qu’il sera difficile de respecter l’ensemble de ces contraintes sans une évolution des choix alimentaires. Il est donc nécessaire, pour mieux orienter les consommateurs vers de tels régimes «durables», d’identifier les aliments les plus à même d’en faire partie. Ainsi, l’objectif de cette étude2 était d’identifier des aliments « durables » ayant à la fois une bonne qualité nutritionnelle, un faible impact environnemental et un coût modéré.

Sélection des aliments et résultats par indicateur

Dans le but de sélectionner des aliments couramment consommés par la population française, cette étude a analysé 391 aliments parmi les plus consommés en France (données de l’enquête INCA2, 2006-2007). Pour ces 391 aliments, l’impact environnemental était représenté par les émissions de gaz à effet de serre (EGES) associées à chacun d’entre eux. La qualité nutritionnelle était estimée au moyen du score SAIN/LIM, dérivé du profil nutritionnel SAIN, LIM3. Enfin, un prix moyen était calculé pour chaque aliment à partir des données Kantar WorldPanel (France, année 2006). Tous ces indicateurs ont été évalués par kg d’aliment consommé. Le prix a également été exprimé pour 100 kcal.

Les produits d’origine animale, notamment les viandes bovines et ovines, étaient les aliments les plus émetteurs de GES (Tableau 1). En revanche les féculents et les fruits et légumes étaient les groupes d’aliments les moins émetteurs. Les fruits et légumes obtenaient le meilleur rapport SAIN/LIM et les produits gras/ sucrés/salés, le plus faible.

Que ce soit en exprimant le prix par kg ou pour 100 kcal, les féculents étaient les aliments les moins onéreux tandis que les produits d’origine animale étaient les plus chers.

Pour l’ensemble des aliments, les EGES étaient corrélées négativement avec la qualité nutritionnelle (r=-0,37) et positivement avec le prix par kg (r=0,59).

Ainsi, les aliments plus sains seraient aussi, en moyenne, moins émetteurs de GES et moins coûteux. Toutefois, les corrélations observées entre EGES et prix pour 100 kcal étaient nulles.

Quels sont les aliments «durables» ?

Un «score de durabilité» a été défini comme suit : chaque aliment recevait un point si (I) ses EGES se situaient en-dessous de la médiane des EGES des 391 aliments ; (II) son prix se situait en-dessous de la médiane ; (III) le score SAIN/LIM se situait au-dessus de la médiane. Chaque aliment pouvait ainsi obtenir un score entre 0 et 3, les aliments avec un score de 3 étant considérés comme «durables».

En utilisant le prix par kg, 94 aliments (26%) ont été identifiés comme «durables», tandis que seulement 42 (12%) l’étaient en utilisant le prix pour 100 kcal (Figure 1).

Dans le premier cas (prix par kg), la majorité des aliments d’origine végétale étaient classés «durables» : les fruits et légumes y compris les jus, les huiles végétales et les féculents et légumineuses. Dans les produits d’origine animale, seuls les yaourts non-sucrés et le lait étaient identifiés comme durables.

En utilisant le prix pour 100 kcal, la plupart des fruits et légumes perdaient leur statut de «durable» du fait de leur faible densité énergétique. Seul le groupe des féculents maintenait un fort pourcentage d’aliments «durables».

Cette étude permet de confirmer, à l’échelle des aliments, certaines observations précédemment effectuées au niveau de l’alimentation, notamment l’apparente compatibilité entre dimensions écologique et nutritionnelle de l’alimentation durable. La prise en compte du coût des aliments nous a permis d’observer que cette compatibilité s’étendait à la dimension économique lorsque le prix des aliments était exprimé par kg. Toutefois, cette compatibilité n’était pas observée lorsque le prix était exprimé pour 100 kcal, et seul le groupe des féculents conservait une part importante d’aliments durables. Ainsi, la diminution de la consommation des viandes bovines et ovines reste un paramètre essentiel des régimes «durables». Toutefois, il est nécessaire d’éviter les messages trop simplistes et de bien informer le consommateur sur les produits de substitutions permettant d’atteindre des régimes conservant une bonne adéquation nutritionnelle pour un coût et un impact environnemental modéré.

Gabriel Masset
UMR Nutrition, Obésité et Risque Thrombotique, INRA/Inserm/Aix-Marseille Université, FRANCE
Nicole Darmon
UMR MOISA Montpellier, FRANCE
  1. Food and Agriculture Organization. Annex I: International scientific symposium Biodiversity and sustainable diets – Final document. In: Burlingame B, Dernini S, editors. Sustainable diets and biodiversity – Directions and solutions for policy, research and action. Rome, Italy: FAO; 2012. p. 294.
  2. Masset G, Soler L-G, Vieux F, Darmon N. Identifying Sustainable Foods: The Relationship between Environmental Impact, Nutritional Quality, and Prices of Foods Representative of the French Diet. J Acad Nutr Diet. 2014; 114(6):862-9
  3. Darmon N, Vieux F, Maillot M, Volatier JL, Martin A. Nutrient profiles discriminate between foods according to their contribution to nutritionally adequate diets: a validation study using linear programming and the SAIN,LIM system. Am J Clin Nutr. 2009; 89(4):1227– 36.
Retour