N° 213 | janvier 2021

Santé physique et mentale au travail : quelles interventions pour quel bénéfice ?

Télécharger Imprimer

Le temps passé au travail dépasse, en dehors du temps de sommeil, celui passé à domicile. Mettre à profit ce temps pour ne pas détériorer sa santé, voire l’améliorer, est un enjeu croissant, d’autant que l’espérance de vie augmentant, les maladies chroniques touchent de plus en plus de personnes, de plus en plus longtemps.
Au-delà de cet aspect sanitaire, il y a aussi un bénéfice pour les employeurs d’avoir des collaborateurs en bonne santé. Cela réduit l’absentéisme et accroît la motivation, la capacité de travail et donc la performance. Enfin pour les employés eux-mêmes, leur qualité de vie peut être améliorée s’ils adoptent des habitudes saines qui auront un retentissement sur l’ensemble de leur existence.
La promotion de la santé devient ainsi de plus en plus une mission annexe, mais non négligeable, des entreprises. Cela passe par des actions de prévention globale touchant l’alimentation, le mode de vie, l’activité physique, l’éducation aux bonnes postures et attitudes, le stress, le sommeil, la lutte contre la sédentarité. Mais il est cependant essentiel d’évaluer l’efficacité des interventions menées.

Cet article néerlandais est une revue de la littérature des actions menées sur le lieu de travail, publiées entre 2009 et 2018.
Ont été recensées les études concernant les facteurs de risque de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires, la santé mentale et musculo-squelettique.
Vingt-trois revues ont été identifiées, dont 9 de haute qualité sur la base du score de qualité AMSTAR*.

Effets favorables des interventions sur les objectifs de poids

Quatorze études concernaient le poids, dont 3 de bonne qualité.
Ces 3 études1,2,3 ont mis en évidence des effets favorables des interventions sur le lieu de travail qui promeuvent un mode de vie sain, en ciblant l’alimentation et l’activité physique sur les objectifs de poids (poids corporel, indice de masse corporelle et pourcentage de graisse corporelle).

Résultats non concluant sur l’efficacité des interventions sur le risque de pathologies métaboliques

Cinq revues concernaient les pathologies métaboliques (diabète) et les facteurs de risque cardio-vasculaires (lipides plasmatiques et pression artérielle) mais elles n’étaient pas de qualité suffisante, ce qui explique sans doute leurs résultats non concluants.

Efficacité de la e-santé et des thérapies cognitives-comportementales sur la santé mentale

Six revues concernaient la santé mentale, dont une sur le stress au travail. Des résultats satisfaisants ont été observés dans les 2 études de bonne qualité, notamment sur le bien-être, l’angoisse, la dépression et le stress4,5 . Les techniques utilisant la e-santé et les thérapies cognitives-comportementales semblent les plus efficaces.

Bénéfices des entrainements et des exercices contre résistance sur la santé musculo-squelettique

Six revues, dont 4 de haute qualité6,7,8,9 se sont intéressées à la prévention des désordres musculo-squelettiques. Un bénéfice a été observé dans 75 % des études de bonne qualité sur cette prévention, en particulier celles qui proposent des entrainements et des exercices contre résistance.

Les auteurs concluent en considérant que dans l’ensemble les interventions de prévention de la santé au travail sont utiles, mais que la qualité des études les évaluant est insuffisante pour bien identifier tous les facteurs de réussite. La prévention ne s’improvise pas, cela s’apprend et cela s’évalue.

*A MeaSurement Tool to Assess systematic Reviews

 

Jean-Michel Lecerf
Service de Nutrition, Institut Pasteur de Lille, FRANCE
Suzanne Lanckriet
Département Nutrition & Activité Physique, Institut Pasteur de Lille, FRANCE
D’après : PROPER K.I., VAN OOSTROM S.H. The effectiveness of workplace health promotion interventions on physical and mental health outcomes – a systematic review of reviews. Scand J Work Environ Health 2019;45(6):546-559.

1. Power BT et al. BMC Obes. 2014;1:23.
2. Verweij LM et al. Obes Rev. 2011;12(6):406–29.
3. Tam G et al. Prev Med. 2018; 107:54–60.
4. Carolan S. et al. J Med Internet Res. 2017;19(7):e271
5. Tan L. et al. BMC Med. 2014;12(1):74.
6. Verbeek JH. et al. Cochrane database of systematic reviews (Online). 2011(6):CD005958.
7. Krungkraipetch N. et al. Southeast Asian J Trop Med Public Health. 2012;43(2):510–25.
8. Tullar JM. Et al. J Occup Rehabil. 2010;20(2):199–219.
9. van Niekerk SM. et al. BMC Musculoskelet Disord. 2012;13:145.

Retour Voir l'article suivant