N° 127 | janvier 2013

Servir de plus grandes portions de fruits et légumes au dîner augmenterait leur consommation chez les jeunes enfants

Il existe bien une influence de la taille des portions sur la consommation

Un moyen de promouvoir la consommation de fruits et légumes (F&L) est d’augmenter la taille des portions servies au cours des repas. Cela semble évident et on peut illustrer cet effet à l'aide d'un exemple. Lorsqu’on sert à un enfant une portion de 75g, il en mange normalement 60g. On pourrait s’attendre à ce que l’enfant, rassasié par les 60g, en consomme la même quantité, même si la taille de la portion augmente. Et bien non : quand on lui sert une portion de 150g, l’enfant en consomme 90g. Il existe donc bien une influence de la taille des portions. Si l'effet promotionnel est bien documenté pour les entrées à forte densité énergétique, on sait encore peu de choses sur l’effet potentiel de l’accroissement de la taille des portions sur la consommation de F&L.

Incorporer plus de légumes dans le plat principal 1 (brocolis en purée et choux fleurs mélangés à une sauce pour pâtes à base de tomates et de fromage) ou augmenter les quantités de légumes accompagnés d’une sauce Ranch en entrée 2 sont des moyens de promouvoir la consommation de légumes chez les enfants d’âge préscolaire. En outre, doubler la taille des portions de compote de pommes, de brocolis cuits et de carottes en accompagnement d’un plat de pâtes augmente la consommation de compote de 43% chez les enfants de 5 à 6 ans 3. En revanche, l’augmentation des portions de brocolis n'a été efficace que chez les enfants qui préféraient les brocolis aux autres légumes du repas. Les F&L sont souvent servis ensemble au repas et il est bien connu que les jeunes enfants acceptent les fruits plus facilement que les légumes.

Déterminer l'influence des quantités de fruits servis sur la consommation des légumes

En tenant compte de ces données, l’objectif principal de notre étude a été de déterminer si les quantités de fruits servis avaient une influence sur la consommation des légumes par l’effet de la taille des portions. Notre objectif secondaire a été d'étudier si l’augmentation de la consommation par l’enfant dépendait de son affinité pour le fruit ou le légume en question lorsqu'on lui proposait de plus grandes portions.

Trente enfants (âgés de 4 à 6 ans) et leurs assistantes maternelles, tous résidents de la grande banlieue de Philadelphie en Pennsylvanie, ont participé à l’étude. Une fois par semaine durant 4 semaines, les enfants ont dîné par groupe de 2 ou 3 dans le laboratoire. Le repas comportait des brocolis au beurre, cuits à la vapeur et des pêches en conserve sans jus. On a proposé une quantité fixe de pâtes accompagnées d’une sauce, une sauce allégée Ranch et du lait écrémé à 2%.

Les quantités de brocoli et de pêches variaient séparément et conjointement entre une portion de référence (75g) et une portion plus large (150g). On a défini quatre conditions expérimentales : (75g F; 75g L), (150g F; 75g L), (75g F; 150g L) et (150g F; 150g L).

Les quatre repas ont été présentés à chaque groupe d’enfants dans un ordre aléatoire. Un membre de l’équipe spécialement formé était présent durant le repas. Les enfants disposaient de 20 minutes pour manger. Afin de minimiser les comparaisons visuelles des tailles des portions, tous les enfants d’un même groupe ont reçu le même repas.

Augmenter les tailles des portions de fruits augmente leur consommation de 70%

Les enfants ont consommé 41g supplémentaires de fruit, soit 70% de plus, lorsque les portions étaient plus grandes par rapport au groupe témoin (59g comparé à 101g) et 12g supplémentaires de légumes en accompagnement, soit 37% de plus (32g comparé à 44g).

L’augmentation des portions de fruit n’a pas eu d’impact sur la consommation de légumes et vice versa.

De plus, doubler la taille des portions de légumes a augmenté leur consommation même quand les grandes portions de fruits étaient servies.

Un effet plus important d’une large portion de légumes a été observé chez les enfants qui considéraient ce légume comme délicieux. Ceci indique que l’affinité pour un légume influence l’ampleur de cette augmentation lorsqu’on augmente la taille des portions. Enfin, si l'on tient compte des inquiétudes concernant l’épidémie d’obésité infantile, la consommation calorique totale n’a pas augmenté lorsque les tailles des portions de F&L ont été doublées.

Préalable indispensable : augmenter la familiarité et l'acceptation des F&L

Cette étude offre de nouvelles preuves qu’augmenter la taille des portions de F&L séparément ou conjointement aux repas, peut augmenter la consommation de ces deux types d’aliments sains chez les enfants. Les enfants qui n’apprécient pas les F&L ont peu de chances d'augmenter leur consommation quand on leur sert des portions plus importantes, s’ils n’ont pas été exposés au préalable à un environnement alimentaire ou à des méthodes qui augmentent la familiarité et l'acceptation des F&L. Si ces techniques réussissent à faire accepter les F&L, en servir de plus grandes portions représente une stratégie potentielle pour promouvoir des habitudes alimentaires saines chez les enfants.

Kevin Clark Mathias
Département de Nutrition, Université de Caroline du Nord, Chapel Hill, Etats-Unis
Mathias KC, Rolls BJ, Birch LL, Kral TV, Hanna EL, Davey A, Fisher JO. Serving larger portions of fruits and vegetables together at dinner promotes intake of both foods among young children. J Acad Nutr Diet. 2012 Feb;112(2)266-70.
  1. Leahy KE, Birch LL, Fisher JO, Rolls BJ. Reductions in entrée energy density increase children’s vegetable intake and reduce energy intake. Obesity. 2008;16:1559-1565.
  2. Spill MK, Birch LL, Roe LS, Rolls BJ. Eating vegetables first: the use of portion size to increase vegetable intake in preschool children. Am J Clin Nutr. 2010;91:1237-1243.
  3. Kral TV, Kabay AC, Roe LS, Rolls BJ. Effects of doubling the portion size of fruit and vegetable side dishes on children’s intake at a meal. Obesity (Silver Spring). 2010;18:521-527.
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