N° 100 | juillet 2010

S’il suffisait d’en faire voir ?

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L’exposition à un aliment augmente son acceptation

Ce titre - abrégé avec un certain parti pris pour vous tenter - est celui d’un authentique article1 de qualité paru en 2009. Les auteurs, chercheurs dans le service de psychologie de l’université de Reading, sont partis du principe qu’il y a des limites à ce que la bonne volonté des parents peut supporter : combien d’entre eux sont capables de présenter 19 fois à leurs enfants (chéris) un nouvel aliment ? Le végétal en question aura ainsi eu toutes les chances de devenir agréable aux papilles de leur progéniture. La littérature rapporte en effet que plus un enfant est exposé à un aliment, plus il a de chance d’accepter d’en manger et que la publicité à la télévision, même brève, augmente les consommations. CQFD.

5 minutes de lecture tous les soirs…

L’astuce de cette nouvelle étude est double : au lieu d’infliger aux parents les n présentations réelles, elle leur a demandé de lire 5 minutes, tous les soirs pendant 15 jours, deux petits livres bien illustrés qui parlent chacun d’un légume et d’un fruit connus et inconnus. Les fruits et les légumes des deux livres en question étaient différents, présentés par de grandes photos et des détails.

Les enfants, âgés de 21 à 24 mois se sont ensuite vus proposer de goûter 2 fruits et 2 légumes parmi les 8 des petits livres, en présence de leur mère.

Des résultats surprenants

Si le comportement néophobique a été confirmé (trois enfants ont refusé de goûter quoi que ce soit), les résultats ont toutefois réservé des surprises…

Les enfants familiers avec un légume ont choisi plus souvent de goûter celui qui ne figurait pas dans leur petit livre. Lorsque le légume n’était pas familier, la description par le livre tendait à en augmenter le choix. Les tendances étaient moins nettes pour les fruits. En définitive, que l’aliment ait été, ou non, familier, l’exposition à travers le livre tendait à augmenter son choix. Cette expérience tend à prouver que la connaissance des aliments ne passe pas seulement par leur consommation mais qu’une autre forme de découverte, ici non seulement par des images mais avec une histoire renforcée par la sécurité que confère l’implication de la mère, la facilite.

La tendance néophobique peut donc être atténuée chez certains enfants. Rappelons que cette expérience ne durait que 15 jours. La familiarisation, obtenue de multiples manières, ne dispense pas de faire goûter à plusieurs reprises les aliments. La stimulation par les parents demeure irremplaçable.

Le devoir de protection demeure

On peut se demander si les auteurs ont été inspirés par le nom de leur ville (reading = en lisant) et quelle étude aurait mené ceux de Bedford…. Le rôle des familiers pourrait aussi être exploré, de même que l’impact du niveau général de stimulation : les enfants auxquels ont raconte une histoire le soir sont-ils dans l’ensemble plus ouverts ou moins craintifs parce que portés à rêver et se substituer aux personnages dont on leur raconte la vie ? Pourrait on comparer ce stimulus à l’ingurgitation passive d’images dont on voit, de façon inquiétante, augmenter la pression sur les parents via les soit disant programmes informatiques ou de télévision pour nourrissons ?

L’écho que devrait avoir cette étude va donc au-delà de ce qu’elle se proposait d’analyser. Les enfants grandissent dans la confiance dont les modes d’acquisition sont multiples et corrélés d’un domaine à l’autre. Bref, leur cerveau fonctionne, s’adapte aux stimuli dont la qualité et le nombre sont essentiels mais le devoir de protection demeure.

Marie-Laure Frelut
Pédiatre, nutritionniste, ECOG (Groupe Européen de l’Obésité Infantile) - Service d’endocrinologie pédiatrique, Hôpital Bicêtre-Université Paris Sud - FRANCE
  1. Houston-Price C, Butler L, Shiba P. Visual exposure impacts on toddlers’ willingness to taste fruits and vegetables. Appetite 2009;53:450-3.
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