N° 53 | février 2006

TELEVISION : La France n’est pas la Suède…

Et la géline tomba pâmée sur le carreau !

Sans doute, versés en sociologie, bon nombre de vendeurs de programmes se sont avisés que les pamoisons, ayant à toutes époques ému et attiré le regard, il ne fallait pas en priver le bon public. Nous voici, donc, avec un lot quotidien d’extase à la lessive, de volupté caféinée, de nirvana au camembert.

Ma poule, la géline du roman de Renard, se savait porteuse d’espérances. L’arrivée du loup la fit défaillir. Nous n’avons plus peur du loup, qu’on se le dise : la télé l’a rendu virtuel. Nous pouvons nous pâmer en paix. Nous pouvons même avoir la pamoison précoce et frénétique, puisque - le saviez-vous ? - c’est toutes les 2 ou 3 minutes, aux Etats-Unis et en Australie, qu’une telle opportunité est offerte aux enfants, sur les chaînes de télévision qui leur sont dédiées. Oui, toutes les 2 ou 3 minutes, 29 et 24 fois par heure, vous avez bien lu ! C’est ainsi qu’un petit américain aura le bonheur de voir une moyenne de 28 000 publicités par an. Rassurez vous, en France, la fréquence n’est que de 16 publicités par heure dont 8 concernent les aliments. Ce retard pourrait bien être rattrapé grâce aux entretiens de Liverpool, au sujet desquels ces media, si prompts à éloigner les réalités, sont d’une discrétion de violette. Les recettes ne font plus recette! Gélinette, pâme-toi au trot ! Il faut accroître la publicité !

Nom de code !

La publicité est mensongère. Je ne me risquerais pas à de telles assertions. Il fallait le toupet de gens, sans doute bien légers, des économistes, pour le dire. Encore plus légers, sans doute, les juristes, qui, ayant pour mission de rédiger le code de la consommation, ont précisé que les personnes vulnérables devaient être protégées des risques liés à des informations trompeuses ou peu compréhensibles. Cela s’appelle la loyauté. Le sens des mots nous échapperait-il soudain ?
Instant de réflexion : peut-on supposer qu’un enfant ou un adolescent ne sont pas vulnérables ? Vous hésitez ? La loi les qualifie de mineurs ! Question d’âge, bien sûr. Mais alors, une publicité peut-elle être destinée aux enfants ? Il faudrait pour cela qu’elle soit véridique. Or par nature, elle vante une partie seulement des propriétés d’un produit. Détaillé, cela s’appelle un mode d’emploi ou une composition. Mais au fait, les parents sont là pour protéger. Toutes les mères de famille passent leurs mercredis à regarder des dessins animés et à faire de la psychologie. Fait bien connu, c’est pour entretenir leurs rêves d’enfants que ces programmes sont concoctés.

Pas loyal, pas véridique, mais cela marche si bien que les produits de notre enfance deviennent ceux de nos enfants et que nous en gardons une bonne image.

De Babylone à l’Académie américaine de Pédiatrie…
Un certain Hammourabi, roi de Babylone, dont le Louvre conserve la statue et le code, condamnait à une peine majeure, 1700 ans avant Jésus Christ, quiconque aurait spolié un enfant, en le contraignant à des transactions dont par nature, il ne peut maîtriser le sens. L’Académie américaine de Pédiatrie l’a redécouvert et fait savoir. En Amérique, la situation ne permet plus de faire des cachotteries. Nous, nous avons encore 8 pubs de retard par heure !
J’oubliais de préciser qu’une récente étude met en évidence une plus grande sensibilité aux publicités des enfants qui ont déjà un excès de poids : ils les retiendraient mieux et achèteraient davantage les produits vantés. La Suède, où l’on mange des harengs et reçoit des prix Nobel, a interdit la publicité télévisée destinée aux enfants de moins de 12 ans, interdit la publicité juste avant ou après les émissions qui leur sont destinées. La Suède est bien différente de la France. Il n’est pas nécessaire d’y songer.

  • Code de la consommation. Editions Dalloz, Paris, 2005.
  • Où va l’économie mondiale ? Scénarios et mesures d’urgence. Sous la direction de JM Chevalier, O. Pastré. Editions Odile Jacob, Paris, 2002.
  • Lobstein T. European laws and recommandations on advertising to children. In Childhood Obesity. From basic sciences to Public Health. M Caroli, RK Chandra, ML Frelut, Editions G de Nicolà, Naples, 2003. Halford JC, Gillespie J, Brown V, Pontin EE, Dovey TM.
  • Effect of television advertisements for foods on food consumption in children. Appetite 2004, 42 : 221-225.Télévision :
    Objet dont l’usage a pour but de fournir une vision éloignée de la réalité.
    Etymologie à laquelle on pourrait ajouter quelques considérations sur la réalité en question.
    Pourrait-il s’agir d’une réalité éloignée ? Mais, alors, de quoi ou de qui ?
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