N° 93 | décembre 2009

La perception des Fruits et Légumes

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Édito

Préserver la « liberté de choix » ?

Depuis de nombreuses années, la plupart des gouvernements prônent des politiques de santé qui exhortent la population à bien manger (en utilisant le symbole des Fruits et Légumes – F&L) et à pratiquer plus d’exercice physique pour prévenir toute une variété de maladies. « Mangez moins d’aliments malsains et bougez plus ». Les avis sont quasi unanimes : personne ne dit qu’il faut réduire la consommation de F&L ou l’activité physique. Cependant, dans la plupart des sociétés, le pourcentage de personnes qui respectent ces recommandations est désespérément bas (les vrais chiffres seraient encore plus bas que ceux « déclarés »). Pourquoi ?

Un certain nombre d’études sont en cours pour élucider les raisons pour lesquelles, adultes comme enfants ne sont pas capables de tenir des objectifs qui sont raisonnables et pas forcément contraignants. Il existe des freins au niveau individuel et environnemental. Si, chez les jeunes enfants, les parents représentent un frein significatif, inversement, ils pourraient aussi exercer une influence bénéfique. Mais du coté des parents, on retrouve également des freins évidents comme le « manque de temps ». Dans notre société, en effet, le manque de temps est évoqué pour justifier la difficulté à consommer une alimentation saine et équilibrée. Pouvons-nous faire quelque chose pour relâcher de tels freins ?

Le problème, c’est qu’il existe une grande diversité d‘alternatives à une alimentation saine et une activité physique ! Ces alternatives ne sont pas forcément qualifiées de « comportements malsains ». Elles font partie intégrante de courants culturels qui poussent à consommer de préférence ce qui est facile à trouver, peu cher, riche en énergie et à avoir des activités sédentaires (comme s’asseoir pour regarder quelqu’un d’autre s’activer). Tout cela est légitime dans l’économie de marché d’une société de consommation. C’est peut être injuste mais… pas illégal. Alors, dans un tel environnement, identifier les freins suffira–t–il à éliminer totalement le non respect des recommandations ? Est ce qu’il n’y aurait pas une « mauvaise volonté » latente ? Après tout, il est possible que les gens apprécient les saveurs de la « malbouffe » ou qu’ils n’aiment tout simplement pas pratiquer d’activité physique…

Le déni de soi n’est pas un choix de vie populaire. Or, préserver la « liberté de choix » est un objectif de presque toutes les sociétés démocratiques. Cependant, pour modifier ces habitudes malsaines, peut être faudra-t-il exercer une plus forte influence que ce qui se fait actuellement. Ce qui voudrait dire restreindre les choix…

John Blundell
Directeur du Département de Psychobiologie Institut des Sciences Psychologiques Université de Leeds, Leeds, Royaume-Uni
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