
Le cancer reste la deuxième cause de décès dans le monde, malgré les avancées médicales et les efforts de prévention. Près de 40 % des cas sont liés à des facteurs modifiables et pourraient ainsi être évités. Dans ce but, le Fonds mondial de recherche sur le cancer (WCRF) évalue régulièrement les connaissances concernant les facteurs de risque et de protection liés à l’alimentation. Ce travail fonde des recommandations de prévention, généralement formulées autour des facteurs de risque/protection pris de manière isolée. Dans son dernier rapport, publié au printemps 2025, le WCRF adopte une approche plus large et appelle à considérer de manière intégrée l’ensemble des habitudes alimentaires et comportements liés la santé. Ce travail place le fait d’adopter une alimentation saine, riche en fruits et légumes, au cœur des modes de vie protecteurs vis-à-vis des cancers.
De 1990 à 2023, le nombre de nouveaux cas de cancers (voir encadré) a plus que doublé. Cette tendance, notamment liée au vieillissement de la population mondiale, devrait se poursuivre avec une augmentation attendue de près de 60% du nombre de nouveaux cas de cancers d’ici 2025 (GBD 2023 Cancer Collaborators, 2025). Cette situation qui affecte particulièrement les pays à revenu faible à modéré impose la mise en place d’actions structurelles majeures destinées à améliorer la prévention, le diagnostic et la prise en charge de ces pathologies.
En effet, près de 40% cancers sont liés à des facteurs modifiables du mode de vie : consommation d’alcool, de tabac, exposition aux UV, alimentation (consommation insuffisante/excessive de certains nutriments ou aliments), sédentarité, surcharge pondérale… (OMS, 2025). A ce jour, la plupart des stratégies de prévention restent axées surla prise en compte isolée de ces facteurs. Elles n’intègrent pas les interactions de ces facteurs entre eux, ni entre les comportements de santé.
Afin de prendre en compte cette complexité et de se rapprocher de la réalité des habitudes de vie de la population, la recherche s’oriente aujourd’hui vers une approche plus globale, cherchant à identifier l’influence des modes de vie dans leur ensemble sur le risque de cancer. Ainsi, le dernier rapport du WCRF propose une mise au point actualisée sur les effets des habitudes alimentaires et des modes de vie sur le risque de cancers. Ce travail identifie également les freins à l’adoption de pratiques favorables à la santé et propose des pistes concrètes pour améliorer les environnements alimentaires.
Alimentation saine, vie active, poids sain et exclusion du tabac : 4 piliers pour la prévention des cancers
L’un des messages clés du rapport repose sur la nécessité d’adopter une approche intégrée de la prévention du cancer. Plutôt que de cibler un aliment ou un nutriment spécifique, les nouvelles recommandations du WCRF soulignent l’importance d’un mode de vie globalement sain. Elles soulignent que la combinaison de comportements favorables à la santé constitue un socle robuste pour prévenir plusieurs types de cancer.
Le rapport insiste notamment sur les cancers du sein et colorectal- cancers les plus fréquents après le cancer du poumon et pour lesquels la littérature est la plus abondante et robuste (Konieczna et al., 2025 ; Chu et al., 2025 ).
Selon ce travail, les modes de vie associés à une diminution des risques de cancers reposent sur 4 piliers clés :
- Adopter une alimentation saine : mettant l’accent sur la consommation de fruits, légumes ; d’aliments contenant des fibres et limitant la viande rouge, les charcuteries et viandes transformées ;
- Pratiquer une activité physique régulière ;
- Maintenir un poids « sain » ;
- Ne pas fumer.
A ces recommandations générales, s’ajoutent des recommandations spécifiques pour les cancers du sein (éviter la consommation d’alcool) et colorectal (éviter la consommation de charcuterie et viande transformée et inclure des produits laitiers et du café à son alimentation).

Ces recommandations restent très en ligne avec celles formulées en 2018 et démontrent que ces dernières fonctionnent comme un modèle intégré. Cette perspective implique la nécessité d’agir sur plusieurs leviers simultanément. Ce rapport insiste, ainsi, sur le fait que l’adoption de comportements favorables à la santé doit être appréhendée comme une démarche durable, inscrite sur le long terme et intégrée de manière cohérente aux modes de vie.
Prévention des cancers : adapter les recommandations aux contextes culturels et locaux et agir sur les environnements
Le nouveau rapport du WCRF appelle à une refonte des politiques de santé publique pour promouvoir des recommandations alimentaires adaptées aux contextes culturels et locaux, plutôt que des directives uniformes et contraignantes. Il insiste sur l’importance de relier nutrition et enjeux climatiques afin de construire des systèmes alimentaires plus durables. Le rapport souligne également la nécessité de renforcer la qualité scientifique des études et d’élaborer des outils d’évaluation standardisés, tout en veillant à une meilleure représentativité des populations, notamment en Afrique et en Amérique latine.
Au-delà de l’actualisation des recommandations, le WCRF analyse les freins qui limitent l’adoption de comportements favorables à la prévention des cancers. Il montre que si les obstacles individuels (manque de temps, motivation) sont connus, les facteurs structurels – insécurité, manque d’infrastructures, inégalités socio-économiques ou normes culturelles – jouent un rôle majeur. Ainsi, garantir à tous un accès sûr aux espaces publics, encourager la consommation de fruits et légumes, ou encore améliorer les dispositifs éducatifs apparaissent essentiels. Le rapport rappelle enfin que l’adhésion à un mode de vie sain ne relève pas uniquement de choix personnels, mais dépend aussi de déterminants collectifs sur lesquels les politiques doivent agir.
Le World Cancer Research Fund International (WCRF) est une organisation non gouvernementale qui anime et regroupe un réseau d’organisations caritatives de prévention du cancer : l’American Institute for Cancer Research (AICR), le World Cancer Research Fund au Royaume-Uni, le Wereld Kanker Onderzoek Fonds aux Pays-Bas et le World Cancer Research Fund Hong Kong. Le WCRF défend les recherches scientifiques les plus récentes et les plus fiables du monde entier sur la prévention du cancer et la survie grâce à l’alimentation et à l’activité physique. Les résultats des recherches du WCRF sont utilisées pour formuler les recommandations en matière de prévention du cancer, fondées sur des données probantes, qui contribuent à sauver des vies dans le monde entier.