N° 72 | novembre 2007

Quand le régime méditerranéen réduit les risques d’asthme et d’allergies chez les enfants

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L’alimentation a été récemment reconnue comme un facteur de risque potentiel d’asthme et d’allergies, bien que les données épidémiologiques disponibles demeurent contradictoires. Récemment, nous avons démontré un effet bénéfique sur l’asthme et la rhinite, des fruits, légumes et noix consommés habituellement et de la forte adhérence au régime méditerranéen durant l’enfance.

Une enquête menée en Crête sur près de 700 enfants

Cette enquêté a été menée en Grèce en 2001, dans quatre zones rurales de la Crète. Et a porté sur 690 enfants d’âge scolaire (7 à 18 ans). Les parents étaient invités à répondre à un questionnaire portant sur les symptômes respiratoires et allergiques de l’enfant, les antécédents familiaux d’allergie, le rang de naissance, le nombre total d’enfants, le niveau d’éducation et la profession des parents. La consommation alimentaire habituelle des enfants a été évaluée par un questionnaire de fréquence de consommation totalisant 58 aliments.

Le respect du régime méditerranéen traditionnel a été évalué par l’indice KIDMED (un indice de qualité du régime méditerranéen élaboré pour évaluer les comportements alimentaires d’une population d’enfants Espagnols). Cet indice qui varie de 0 à 10 est stratifié selon trois catégories : 1) ≥ 6, régime méditerranéen optimal ; 2) 4 à 5, régime méditerranéen de qualité moyenne ; 3) ≤ 3, régime méditerranéen pauvre.

Le régime méditerranéen protège surtout de la rhinite allergique

La prévalence des sibilants et de signes de rhinite était respectivement de 16,8 % et 18,7 %. Si on ajoute l’atopie, les prévalences de sibilants et de rhinite étaient de 5,4 % et 6,7 % respectivement.

Sur le plan des consommations alimentaires, 80 % des enfants mangent des fruits frais et 68 % des légumes, au moins deux fois par jour.

La consommation quotidienne de raisins, oranges, pommes et tomates fraîches aurait un effet bénéfique sur les sibilants.

Il existerait une corrélation négative entre la consommation quotidienne de raisin et les manifestations courantes de rhinite allergique et de rhinite allergique saisonnière, après ajustement pour les facteurs confondants.

La consommation de noix plus de trois fois par semaine était inversement associée avec les sibilants, alors que celle de margarine aggraverait les symptômes d’asthme et de rhinite allergique.

Selon l’indice KIDMED, les enfants étaient 27,9 % à suivre un régime méditerranéen de pauvre qualité, 43,8 % de qualité intermédiaire et 28,3 % de haute qualité. On a noté qu’un fort respect du régime méditerranéen protégeait de la rhinite allergique tandis qu’une protection plus modeste était observée pour les sibilants et l’atopie.

Les effets bénéfiques des fruits, des légumes et des noix

Au cours des dernières décennies, la prévalence de l’asthme et des allergies a augmenté de façon dramatique, les plus fortes incidences se retrouvant chez les enfants. Des études épidémiologiques et immunologiques suggèrent que des modifications ou des suppléments alimentaires pourraient réduire le développement des maladies allergiques.

Les fruits et légumes sont de riches sources de vitamines antioxydantes, comme les vitamines C, E, les caroténoïdes et d’autres antioxydants comme le sélénium et les flavonoïdes, tous sensés réduire l’inflammation des voies aériennes en protégeant les cellules contre les attaques oxydatives endogènes et exogènes.

Les noix sont très riches en vitamine E qui, en interrompant la chaîne de peroxidation lipidique, représentent la principale ligne de défense de l’organisme contre les dommages oxydatifs membranaires induits par les radicaux libres.

D’un autre coté, la margarine est une source importante d’acides gras polyinsaturés oméga-6 qui induisent la formation de prostaglandines augmentant la probabilité de sensibilisation atopique, d’asthme et de maladie atopique.

Un bon modèle pour l’étude de l’asthme

Un modèle alimentaire comme le régime méditerranéen, dont les différents composants ont des effets cumulatifs et interactifs, est le reflet de préférences alimentaires bien réelles dans différentes parties du monde. Il est particulièrement adapté à l’analyse de l’épidémiologie de l’asthme où de nombreux composants alimentaires peuvent être impliqués. Les résultats de notre étude montrent que l’effet protecteur du régime méditerranéen sur les signes de rhinite ou d’asthme chez les enfants est le résultat d’une forte exposition à de nombreux composés antioxydants exerçant des effets bénéfiques sur les lésions oxydatives du tissu pulmonaire.

Leda Chatzi
Département de Médecine Sociale, Faculté de Médecine, Université de Crète, Héraklion, Grèce
Gianna Apostolaki
Département de Médecine Sociale, Faculté de Médecine, Université de Crète, Heraklion, Grèce
Ioannis Bibakis
Unité anti-tuberculose, Hôpital Général Venezelio, Heraklion, Crète, Grèce
Isabel Skypala
Hôpital Royal Brompton et Institut National du Coeur et des Poumons, Londres, Royaume-Uni
Vasilki Bibaki-Liakou
Unité anti-tuberculose, Hôpital Général Venezelio, Heraklion, Crète, Grèce
Nikolaos Tzanakis
Département de Médecine Sociale, Faculté de Médecine, Université de Crète, Heraklion, Grèce
Manolis Kogevinas
Centre de Recherche en Epidémiologie Environnementale, IMIM, Barcelone, Espagne
Paul Cullinan
Hôpital Royal Brompton et Institut National du Coeur et des Poumons, Londres, Royaume-Uni
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