N° 71 | septembre 2007

Comment prévenir le déclin des fonctions cognitives par l’alimentation ?

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De nombreuses études récentes ont établi des liens entre des facteurs nutritionnels et la démence, en particulier la Maladie d’Alzheimer (MA). Ils interviendraient à la fois comme facteur de risque et de protection sur la survenue de la maladie et pourraient modifier son évolution.

Les vitamines B6, B12 et les folates jouent un rôle important dans la synthèse de l’ADN. Leurs carences peuvent entrainer une augmentation de l’homocystéine dont des taux élevés sont corrélés à l’augmentation du risque de MA (Maladie d’Alzheimer). Ceci peut être du à l’apoptose des neurones de l’hippocampe, induite par l’homocystéine, suite à des lésions de l’ADN. Cependant, les suppléments d’acide folique, de vitamines B6 et B12 n’ont pas montré d’effet bénéfique dans la prévention de la MA.

Une relation entre obésité et risque de démence

Les liens entre obésité et MA peuvent être considérés en fonction de deux tranches d’âge : le deuxième âge (la cinquantaine) et le troisième âge. Si chez les personnes âgées, les données des différentes études ne sont ni concluantes, ni concordantes, à la cinquantaine, elles le sont d’avantage.

Le lien entre obésité et démence pourrait s’expliquer par divers mécanismes. Maladies cardiovasculaires et diabète sont fréquemment associés à l’obésité et pourraient contribuer à l’augmentation du risque de démence avec l’adiposité. De plus, chez les patients obèses il existe souvent un état inflammatoire chronique qui pourrait avoir un impact direct sur la dégénérescence neuronale (atrophie cérébrale, hyperdensité de la matière blanche). Les adipocytokines peuvent altérer l’intégrité de la barrière hémato-encéphalique, où sont localisés leurs récepteurs, ce qui suggère leur rôle potentiel au niveau du système nerveux central. Divers composés en relation avec le tissu adipeux (hormones stéroïdes, insuline, interleukines, neurotrophines, facteurs de croissance, adipocytokines, acides gras) peuvent alors traverser la barrière hémato-encéphalique altérée et perturber la régulation de l’hippocampe et de l’hypothalamus, provoquant à la longue des signes de démence et de MA.

Des apports élevés en vitamines antioxydantes

Le stress oxydatif joue un rôle dans la perte neuronale associée à diverses maladies neurologiques (Parkinson, MA, sclérose latérale amyotrophique). Dans la MA, la neurotoxicité du peptide bêtaamyloïde passerait par les radicaux libres associés. De nombreuses études ont montré des effets neuro-protecteurs des vitamines C et E (capture des radicaux libres, suppression de l’activité COX-2). Certaines données épidémiologiques révèlent que des apports alimentaires élevés en ces vitamines antioxydantes diminueraient le risque de MA. En revanche, les données actuelles n’ont pas apporté la preuve qu’une supplémentation en antioxydants retardait le vieillissement cérébral ou avait un effet bénéfique majeur sur les fonctions cognitives.

D’autres études retrouvent une relation entre fonctions cognitives et ω-3 (acides gras polyinsaturés Oméga 3). Ainsi, les personnes âgées mangeant fréquemment du poisson auraient moins de risques de développer une démence et une MA. Le rôle protecteur des ω-3 s’expliquerait par leurs capacités à protéger les vaisseaux, à réduire l’inflammation au niveau cérébral et à faciliter la régénération des cellules nerveuses. Là encore, les résultats des supplémentations en ω-3 ne sont pas constants. On peut dire qu’actuellement, il n’existe pas encore de preuves formelles d’un rôle préventif des ω-3, alimentaires ou en suppléments, sur le déclin des fonctions cognitives ou la démence

5 portions de fruits et légumes par jour et une portion de poisson par semaine

Si l’alimentation peut jouer un rôle important dans la prévention ou le retard d’apparition de la démence, les résultats des études épidémiologiques sont contradictoires. De nombreux facteurs nutritionnels peuvent constituer des facteurs protecteurs. En revanche, les études de supplémentation n’ont pas apporté de résultats solides en faveur d’un rôle préventif. L’effet est plus probant avec les aliments naturellement riches en antioxydants ou en ω-3. Ceci s’expliquerait par la présence au sein des aliments, d’un ensemble de composés phytochimiques, dont l’ingestion potentialiserait l’action d’un simple facteur nutritionnel, avec probablement des effets additifs et synergiques entre les différents composés. Les études prospectives et les revues de la littérature montrent bien qu’un mode de vie équilibré, c'est-à-dire qui associe un exercice physique régulier à une alimentation riche en antioxydants (vitamine C, vitamine E, flavonoïdes) et en acides gras insaturés, est un facteur clé de prévention de plusieurs maladies liées à l’âge, comme la démence. Cela revient à consommer au moins : 5 portions de fruits et légumes par jour et une portion de poisson par semaine, comme dans le régime méditerranéen.

Lorenzo M. Donini
Laboratoire de Sciences Alimentaires et de Nutrition - Département de Pathophysiologie Médicale Université de Rome “La Sapienza” - ITALIE
Claudia Savina
Institut Clinique de Réhabilitation “Villa delle Querce” - Nemi - Rome – ITALIE
Maria Rosaria de Felice
Institut Clinique de Réhabilitation “Villa delle Querce” - Nemi - Rome – ITALIE
Carlo Cannella
Laboratoire de Sciences Alimentaires et de Nutrition - Département de Pathophysiologie Médicale Université de Rome “La Sapienza” (Italie)

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