N° 111 | juillet 2011

Alimentation des enfants : la perception parentale serait-elle aveugle ?

Une responsabilité fondamentale des parents est de veiller sur le poids de leurs enfants. Notre étude (menée en 2007 auprès de parents d'enfants âgés de 4 à 12 dans la région Champlain de l'Ontario) a pour but d'évaluer la perception qu’ont les parents du poids de leurs enfants, de leurs habitudes alimentaires et de leur activité physique. Second objectif : tester un modèle prédictif de perception parentale de ces comportements. La méthodologie et les résultats complets sont détaillés sur: http://www.ccpnetwork.ca/pdf/ADAMO_parental%20survey.pdf

Si, globalement, les parents estiment que leurs enfants ont un poids normal, sont actifs et mangent sainement, notre analyse d'interactions étiologiques montre que ceux-ci n'appliquent pas les mêmes critères que les professionnels de santé ou les groupes de promotion de la santé chez les enfants lorsqu'il s'agit d'évaluer les comportements de santé de leur progéniture.

Poids des enfants : la discordance des perceptions parentales

1940 parents et tuteurs ont été sélectionnés de manière aléatoire. Parmi eux, 8,6% seulement considèrent que leur enfant est en surpoids et moins de 1% qu’il est obèse… C'est un contraste saisissant avec les estimations pour les enfants de la région Champlain où 26% seraient en surpoids ou obèses.

Ces résultats concordent avec une étude précédente qui montrait qu'en grande majorité les parents sous estimaient le poids de leurs enfants ou ne les voyaient pas en surpoids ou obèses. Deux autres enquêtes, menées par des diététiciens Canadiens et l'Association Médicale Canadienne, ont évalué les perceptions qu’ont les parents du poids de leur enfant, âgé de 6 à 12 ans. Elles ont mis en évidence la même discordance entre les taux de surpoids et d'obésité infantiles et les perceptions parentales.

90% des jeunes Canadiens ne bougent pas assez

Nos résultats concordent également avec ceux d'une précédente enquête indiquant que les parents considèrent leurs enfants comme « actifs ». Dans notre étude, 90% des parents de la région Champlain ont rapporté que leurs enfants étaient ‘actifs’ ou ‘très actifs’. On sait cependant que plus de 50% des enfants Canadiens ne sont pas suffisamment actifs pour une croissance optimale et que 90% des jeunes Canadiens ne respectent pas les recommandations du Guide d'Activité Physique Canadien pour les Jeunes et les Enfants.

Au Canada, un enfant est considéré « actif » s'il atteint les recommandations du nouveau Guide d'Activité Physique Canadien de plus de 60 minutes d'activité physique modérée à vigoureuse par jour. Si seulement 70% de la population de notre étude a indiqué que leurs enfants faisaient 60 minutes ou plus d'activité physique quotidienne, 90% voit leur enfant actif !

Encore des lacunes pour la consommation des fruits et légumes

80% des parents consultés estiment que les comportements alimentaires de leurs enfants sont de 'très bon' voire 'excellent' et que leurs habitudes alimentaires sont saines. Encore une fois, cela ne correspond pas aux données nationales de l'Enquête sur la Santé dans les Collectivités Canadiennes (ESCC). Ses résultats montrent que 23% de l'apport calorique des enfants provient des "autres aliments"n’appartenant pas aux 4 groupes classiques et que près de 70% des enfants ne respectent pas les recommandations de consommation en fruits et légumes.

Après examen détaillé des réponses, 25% des parents ont répondu que leurs enfants mangeaient moins de 3 portions de fruits et légumes par jour. Si 46% des parents interrogés avaient des enfants de plus de 9 ans, 16% seulement faisaient état d’une consommation de fruits et légumes correspondant aux recommandations de 6 fruits/légumes ou plus par jour du guide "Bien manger avec le Guide Alimentaire Canadien".

Un fossé entre parents et professionnels de santé

Ces résultats indiquent que les parents interrogés ne semblent pas avoir intégré les recommandations actuelles pour une activité physique et une alimentation saine chez les enfants. Pour déterminer ce qui constitue une quantité d'activité physique adéquate ou une alimentation appropriée, les parents se fondent sur des informations minimales qui ne sont pas conformes aux critères des professionnels de santé et des autorités de santé publique.

Notre étude souligne donc qu’il existe un fossé entre parents et professionnels de santé dans le champ des connaissances concernant l'activité physique, les habitudes alimentaires et au final, la santé des enfants.

Kristi Adamo
Centre hospitalier pour enfants de l'Est de l'Ontario Institut de recherche, CANADA
Laurie Dojeiji
Réseau de prévention des maladies cardio-vasculaires, University of Ottawa Heart Institute, CANADA
Sophia Papadakis
Réseau de prévention des maladies cardio-vasculaires, University of Ottawa Heart Institute, CANADA
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