N° 111 | juillet 2011

Promotion d’une alimentation saine et d’une vie active : encore une question de sexe

Le système de santé public Canadien alloue moins de 3% de ses ressources à la promotion d’habitudes de vie saines et à la prévention primaire. Il est donc très important que les campagnes de promotion d’une vie saine soient efficaces 1. L’objectif de cette étude 2 est d’évaluer les différences de nutrition, d’activité physique et de surpoids, qui seraient liées au sexe, chez des enfants âgés de 10 à 11 ans habitant la province d’Alberta au Canada. Elle a pour but d’apporter des éléments supplémentaires au débat concernant les bénéfices de la prévention des maladies chroniques en fonction du sexe.

Promouvoir un poids sain chez les enfants et les jeunes

En 2008, nous avons enquêté auprès de 3421 écoliers en CM1 (1758 filles et 1663 garçons) et leurs parents dans 148 écoles choisies de manière aléatoire et participant à l’enquête (REALKidsAlberta.ca) (Raising Healthy Eating and Active Living Kids in Alberta – Elever des enfants qui mangent sainement et vivent activement en Alberta).

L’enquête évaluait une action globale, initiée par le Ministère de la Santé et du Bien Être d’Alberta (Alberta Health and Wellness), destinée à promouvoir un poids sain chez les enfants et les jeunes. Les élèves ont rempli le questionnaire Harvard de fréquence de prise alimentaire et des questionnaires portant sur leur activité physique. Leur taille et leur poids ont été mesurés. Les parents ont complété des questionnaires sur leur niveau socioéconomique et le mode de vie de leur enfant.

Les garçons mangent moins de fruits et légumes que les filles

La prévalence du surpoids, y compris l’obésité, est légèrement plus faible chez les filles (27,9%) que les garçons (29,1%). Une analyse statistique (par régression logistique multiple ajustée pour le revenu familial, le niveau d’éducation des parents, le lieu de résidence et l’apport calorique) a montré des différences statistiquement significatives pour la nutrition et l’activité physique.

Par rapport aux filles, les garçons ont moins de probabilité d’atteindre les recommandations de 6 portions ou plus de fruits et légumes chaque jour (probabilité : 0,82; Intervalle de Confiance à 95% (IdC 95%): 0,71-0,96). Ils ont plus de probabilité de fréquenter des établissements de restauration rapide (1,22; IdC 95%: 1,05-1,43) et d’avoir 30% ou plus de leur apport énergétique provenant des lipides (1,68; IdC 95% : 1,19- 2,35).

Les garçons sont plus actifs physiquement et pratiquent plus de sports que les filles

Cette étude confirme donc, dans un vaste échantillon représentatif de préadolescents Canadiens, l’existence de différences entre les sexes au niveau de la nutrition et l’activité physique qui pourraient être à l’origine du surpoids.

Niveaux d’activité physique et maturation sexuelle

Les différences dans les comportements de santé et le surpoids entre les garçons et les filles résulteraient de différences biologiques, de différences dues à l’environnement social ou culturel ou d’une combinaison des deux.

Les facteurs biologiques pourraient inclure des différences au niveau de la force physique et de la maturation sexuelle (puberté) 3-5. En concordance avec notre étude 2, d’autres chercheurs ont observé que les garçons seraient plus actifs physiquement que les filles. De plus, le niveau d’activité physique décroît avec l’âge, surtout chez les filles 5-8. L’activité physique contrecarrerait les excès caloriques et le risque de surpoids. Ce risque semble plus élevé dans les écoles rurales et nécessiterait des programmes pour promouvoir l’activité physique, surtout chez les filles durant la période de transition de l’enfance à l’adolescence et à l’âge adulte 4,9. Comme la puberté des filles est plus précoce que celle des garçons 10, relativement plus de filles auraient été en période de puberté par rapport aux garçons lors de notre étude chez les préadolescents. Cela pourrait avoir contribué aux niveaux d’activités physiques plus élevés chez les garçons, observé dans cette étude.

Le poids des facteurs sociaux

Certaines études suggèrent que des facteurs sociaux moduleraient la relation entre les comportements et le surpoids et que les mécanismes seraient différents chez les hommes et les femmes 3,11. Comme le processus de socialisation encourage les filles et les garçons à devenir compétents dans des rôles différents, il a un impact sur leur vie et leur exposition relative à certains comportements de santé.

Notre étude a montré des différences dans les habitudes alimentaires, notamment plus d’apports caloriques chez les garçons que chez les filles. Ceci concorde avec les quelques études disponibles qui se focalisent sur le sexe et la nutrition chez les enfants et les jeunes 12-14. Ces différences pourraient être dues à l’influence de la socialisation selon le sexe venant de la famille et des pairs 5. Les préoccupations grandissantes concernant le poids et la forme du corps chez les filles dans leur environnement social pourraient expliquer la plus forte consommation de fruits et légumes et la moindre consommation de plats préparés chez ces dernières 5.

Privilégier des approches multi– sectorielles et adaptées selon le sexe

Il faut donc prendre en considération le sexe pour bien comprendre comment les garçons et les filles perçoivent les campagnes de promotion de la santé 15,16 et y répondent.

Nos résultats soutiennent les initiatives de santé qui encouragent d’un coté plus d’activité physique chez les filles et de l’autre, une alimentation plus saine chez les garçons.

Les politiques de promotion de la santé qui prennent en compte les différences biologiques et une vulnérabilité sociale différente chez les garçons et les filles, seraient plus efficaces et plus rentables que celles qui les négligent 1. Au Canada, les faibles ressources allouées à la promotion de la santé pour une prévention primaire doivent être utilisées au mieux. Nous recommandons des approches multi-sectorielles, basées sur des preuves recueillies en gardant à l’esprit la question du sexe 1.

Cette étude vient conforter l’importance de la promotion spécifique d’une alimentation saine et d’une vie active selon le sexe. Ce type de promotion serait une stratégie efficace pour réduire le fardeau du surpoids et des maladies chroniques.

Aline Simen-Kapeu
Ecole de Santé Publique, Université d’Alberta, Edmonton, Canada
Paul J Veugelers
Ecole de Santé Publique, Université d’Alberta, Edmonton, Canada
  1. Ostlin P et al.Health Promotion International. Vol 21, No S1
  2. Simen-kapeu A & Veugelers PJ. BMC Public Health 2010, 10:340.
  3. Bird CE & Rieker PP. Social Science & Medicine. 1998: 745-755
  4. Thomson AM et al.Med Sci Sports Exerc 2005, 37:1902-1908.
  5. Candacae C. et al.Health Policy for Children and Adolescents, No 4 (WHO publication).
  6. Sherar LB et al.Med Sci Sports Exerc 2007, 39:830-835.
  7. Storey KE et al. Public Health Nutr 2009, 12:2009-2017.
  8. Sweeting HN. Nutr J 2008, 14:7:1.
  9. Sallis JF & Saelens BE: Assessment. Res Q Exerc Sport 2000, 71(2 Suppl):S1-14. Review
  10. Malina RM et al.Eur J Appl Physiol 2004, 91:555-562.
  11. Ball K 2003 et al. Internation J Obesity 2003, 27: 394-403
  12. Veugelers PJ & Fitzgerald AL. Can Med Ass J 2005, 173:607-613.
  13. Hedley AA et al.JAMA 2004, 291:2847-2850
  14. Moffat T et al.Am J Hum Biol 2005, 17:355-367.
  15. Brown T & Summerbell C. Obes Rev 2009, 10:110-141.
  16. Keleher H. Health Promotion International. Vol 19, No. 3.
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