N° 111 | juillet 2011

Hôpitaux pédiatriques Canadiens : encore un effort pour promouvoir une vie saine !

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Au cours des trente dernières années, la proportion d’enfants en surpoids ou obèses a augmenté de manière dramatique. Selon les données les plus récentes, 26% des enfants et des jeunes Canadiens sont en surpoids ou obèses. Alors qu’il existe une association négative entre la consommation de fruits et légumes et l’obésité, l’Enquête sur la Santé des Collectivités Canadiennes révèle que 70% des enfants Canadiens ne respectent pas les recommandations quotidiennes de consommation des fruits et légumes.

Une vue d’ensemble des politiques et des pratiques de vie active et saine dans les hôpitaux

Une enquête nationale a été menée entre 2006 et 2007 dans les 16 hôpitaux universitaires pédiatriques Canadiens pour identifier les comportements sains d’alimentation, d’activité physique et d’arrêt du tabac, en partenariat avec les délégations locales des comités pour une vie active et saine (HAL Healthy Active Living) de la Société Canadienne de Pédiatrie (SCP) et de l’Association Canadienne des Centres de Soins Pédiatriques (ACSP). Objectif de cette enquête : obtenir une vue d’ensemble des politiques et des pratiques de vie active et saine (HAL) dans les hôpitaux pédiatriques Canadiens.

(Pour consulter les résultats détaillés de cette enquête : http://www.pulsus.com/journals/toc.jsp?sCurrPg=journal&jnlKy=5&isuKy=951)

Des « comités de bien-être » récemment créés

Globalement, les politiques visant la promotion d’une alimentation saine et/ou de l’activité physique étaient présentes dans 50% des hôpitaux, avec une plus grande attention portée à la nutrition. Des « comités de bien-être » ont été récemment créés dans la moitié des hôpitaux. Si des choix sains d’alimentation sont proposés dans les cafétérias, ils sont souvent plus chers. Des établissements de restauration rapide sont présents dans 75% des hôpitaux étudiés. Les repas servis aux patients sont conçus par des diététiciens mais la moitié des hôpitaux proposent aux enfants des repas de remplacement moins équilibrés à la demande.

Des repas équilibrés disponibles pour les patients

La plupart des activités offertes aux patients hospitalisés et ambulatoires sont de type sédentaire : jeux vidéos ou activités manuelles plutôt qu’exercice physique. Quant au personnel soignant, il a des réductions sur les abonnements et les cours des clubs sportifs.

Au moment de l’enquête, 50% des hôpitaux ont mentionné une politique concernant un ou plusieurs éléments concernant une alimentation saine (repas patients, cafétérias, restauration rapide) ou la promotion de l’activité physique auprès du personnel et/ou des patients. Cafétérias, établissements de restauration rapide et distributeurs automatiques sont accessibles à l’ensemble de la collectivité hospitalière. Des repas équilibrés sont disponibles pour les patients. Même si tous les hôpitaux offrent des aliments « malsains », il est possible d’opter pour une alternative plus équilibrée dans la plupart de ces établissements (par exemple : remplacer les frites par une salade) mais c’est souvent plus cher. Moins de la moitié des centres pédiatriques proposent des portions enfants qui sont moins chères. Dans tous les établissements étudiés, les repas des patients sont conçus par des diététiciens et presque tous respectent le « Guide Alimentaire Canadien pour une bonne alimentation ». Si 75% des hôpitaux offrent des options à faible teneur en matières grasses, plus de la moitié servent, à la demande, d’autres repas pour enfants (hot dog, hamburger et frites).

Des efforts supplémentaires sont nécessaires

Les hôpitaux pédiatriques Canadiens ne font manifestement pas assez de promotion HAL auprès des patients et du personnel. Nos résultats suggèrent que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour instaurer les modifications nécessaires à un mode de vie sain dans ces institutions, grâce au développement et à la mise en oeuvre d’une politique commune « Société Canadienne de Pédiatrie (SCP) - Association Canadienne des Centres de Soins Pédiatriques (ACSP) ».

Aux yeux du public, les hôpitaux ont le devoir de promouvoir la santé, le bien-être et la prévention des maladies. Pour y parvenir, une planification à long terme et l’allocation de ressources budgétaires sont nécessaires. Une note positive est que de nombreux hôpitaux Canadiens commencent à développer des comités de bien être, à instaurer des programmes d’éducation nutritionnelle dans les cafétérias, ainsi que d’autres programmes prometteurs, permettant de respecter certains aspects de l’initiative HAL. Par exemple, en 2004, une enquête Canadienne similaire révélait que seulement 27% des institutions accordaient du temps à un diététicien pour superviser et promouvoir l’alimentation à la cafétéria et que 17% avaient une politique ou une charte écrite de nutrition… Nos données suggèrent que des progrès ont bien été accomplis.

Un message malsain à la collectivité

Malheureusement, à ce jour, peu de recommandations ont encore été rédigées et instaurées. Il manque également des mesures politiques efficaces permettant de faire face aux « facteurs obésogénes ». Seulement 30% des hôpitaux ont embauché un diététicien pour veiller à l’application des recommandations nationales et réguler la disponibilité des produits de restauration rapide et des collations à faible valeur nutritionnelle vendues dans les distributeurs automatiques de l’hôpital. Une telle situation est déconcertante et renvoie un message malsain à la collectivité. Elle pourrait même encourager la consommation d’aliments et de boissons peu nutritifs par les personnes hospitalisées et leurs familles. Des études précédentes ont montré que les enfants qui consomment des aliments provenant des distributeurs ou d’établissements de restauration rapide ont plus de probabilités de consommer des aliments riches en matières grasses et des boissons sucrées, entraînant un gain de poids plus important.

Se focaliser sur les pratiques de restauration rapide à l’hôpital : une urgence

Les hôpitaux pédiatriques Canadiens ont commencé à élaborer des politiques et des programmes de promotion sur certains aspects HAL pour les patients et le personnel. Ces actions sont prometteuses mais une approche plus globale et plus systématique est nécessaire. Notre étude indique que, pour créer et mettre en oeuvre les recommandations chez les patients, leurs familles et le personnel concernant une alimentation saine, une bonne activité physique et l’arrêt du tabagisme, il est nécessaire de bien les encadrer.

En particulier, il est urgent de se focaliser sur les pratiques de vente de produits de restauration rapide à l’hôpital et la trop grande abondance d’activités sédentaires pour les patients.

Lauréats du Prix Noni MacDonald 2011

Le Dr. Solh et le Dr. Adamo ont reçu le Prix Noni MacDonald 2011. Ce prix est attribué chaque année en mémoire du fondateur de la revue Paediatrics & Child Health, la revue à comité de lecture de la Société Pédiatrique Canadienne. Il récompense un/des auteur(s) dont les articles publiés dans Paediatrics & Child Health, ont influencé positivement la pratique de la pédiatrie, en faisant prendre conscience de l’importance d’un sujet précis, en présentant des résultats de recherche originaux ou en suggérant un changement.

Ziad Solh
Département de pédiatrie, Hôpital pour enfants McMaster, CANADA
Kristi Adamo
Centre hospitalier pour enfants de l'Est de l'Ontario Institut de recherche, CANADA
Claire LeBlanc
Département de pédiatrie, Université de l'Alberta à Edmonton, CANADA
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