N° 104 | décembre 2010

Aspects économiques de l’épidémie d’obésité infantile

La prévalence croissante de l’obésité infantile n’est pas seulement un problème de santé publique, c ’est également un phénomène économique 1. Il y a des raisons économiques à l’épidémie d’obésité comme la modification de l’environnement réduisant l’activité physique et augmentant les prix des aliments, résultant en une augmentation de la consommation calorique. L’obésité entraîne de sérieuses conséquences économiques comme de moindres résultats scolaires et une augmentation des dépenses médicales. En septembre 2010, nous avons mené une recherche de la littérature dans PubMed afin de résumer les recherches récentes estimant l’impact de l’obésité infantile sur les dépenses médicales et l’efficacité économique des interventions pour prévenir ou traiter l’obésité infantile 2.

Des résultats ambigus

Les preuves de l’impact de l’obésité infantile sur les dépenses médicales sont ambiguës. Certaines études récentes n’ont pas mis en évidence d’accroissement des coûts en fonction de l’Indice de M asse Corporel (IMC). Dans d’autres, cet effet est visible, mais seulement chez les enfants plus âgés et les filles.

Néanmoins, l’obésité infantile est un facteur de risque d’obésité adulte et de comorbidités. Ainsi, il est de la plus haute importance d’identifier les interventions permettant de contrôler et de prévenir l’obésité durant l’enfance.

La nécessité d’interventions économiquement fiables

S’il existe une vaste littérature sur l’efficacité des interventions contre l’obésité chez les enfants 3, peu d’études portent sur l’efficacité économique des interventions pour prévenir ou contrôler l’obésité chez les enfants.

En grande majorité, les interventions de prévention se déroulent à l’école. Elles se caractérisent par : une éducation nutritionnelle, la promotion d’une réduction du temps passé devant la télé ou à des activités sédentaires, des modifications des aliments présents à la cantine et des programmes d’activité physique. Les résultats montrent clairement que, pour être économiquement fiables, ces interventions ne doivent pas seulement cibler les activités physiques mais inclure la nutrition.

Des économies très variables selon les études

Dans des articles publiés depuis 2008, nous avons relevé des études économiques portant sur 4 interventions de prévention et 5 interventions de contrôle chez les enfants déjà obèses.

La plus forte contribution provient du projet ACE (« Assessing Costeffectiveness in Obesity ») qui mesure l’efficacité économique dans sur l’obésité 4 avec des études ayant une méthodologie commune. Deux des 4 études de prévention sont des analyses de rentabilité selon le modèle DALY (« Disability Adjusted Life Years » - Incapacité Ajustée sur les Années de Vie). Les résultats sont très variables. Cela va d’économies de 3,7 AUD par DALY (pour un programme qui réduit les publicités télévisées pour des aliments malsains destinés aux enfants) à 0,76 million AUD (Dollars Australiens) par DALY (pour un programme encourageant le trajet jusqu’à l’école à pied).

Dans l’essai ACE-Obésité-LEAP (« Live, Eat and Play » - Vit, Mange et Joue), qui vise à améliorer l’activité physique et la nutrition chez des enfants déjà obèses en formant les médecins généralistes, il a été estimé que des économies 4 670 AUD par DALY ont été réalisées grâce à l’intervention.

D’autres analyses d’efficacité économique ont calculé le coût par unité de réduction du poids ou d’augmentation d’activité physique sur une durée courte ou moyenne pour des programmes de prévention et d’interventions ciblant la nutrition et l’activité physique.

Analyser non seulement l’efficacité mais aussi la rentabilité

Ces résultats confirment les données déjà existantes. Les programmes pour contrôler ou prévenir l’obésité infantile peuvent combiner bénéfices pour la santé et économies financières. Actuel lement, il n’est pas possible de classer les interventions selon leur rentabilité. Les mesures des bénéfices pour la santé et les méthodes d’évaluation sont très variables et on ne peut pas déterminer la méthode la plus efficace pour combattre l’épidémie d’obésité 5.

Le message le plus important qui ressort de ces évaluations économiques de la prévention de l’obésité infantile est la grande variabilité des chiffres d’efficacité économique entre des études utilis ant la même échelle de mesure de bénéfices pour la santé. Ces résultats soulignent donc le besoin d’analyser, non seulement l’efficacité, mais aussi la rentabilité des interventions, afin d’optimiser les rares ressources économiques disponibles pour améliorer la santé chez les jeunes.

On doit porter une attention croissante aux implications économiques de ces interventions sur l’obésité infantile. Il ne fait aucun doute que la rentabilité va devenir un élément majeur dans les décisions de remboursements. Cependant, il reste malgré tout des défis méthodologiques à relever et des problèmes à régler qui doivent faire l’objet de futurs projets de recherche 6.


Remerciements
Ces travaux de recherche ont reçu le soutien du Centre Munichois des Sciences de la Santé et du Ministère Fédéral de l’Education et de la Recherche, dans le cadre du Réseau de Compétences de Recherche sur l’obésité [Projet: MEMORI (Multidisciplinary Early Modification of Obesity Risk - Modifications Pluridisciplinaires Précoces du Risque d’Obésité (Subvention: 01GI0826)].

Christina M. Wenig
Université Ludwig-Maximilians, Institut d’Economie de la Santé et de Gestion des Soins et Centre Munichois des Sciences de la Santé, Munich, Allemagne & Centre Helmholtz, Institut d’Economie de la Santé et de Gestion des Soins et Centre Munichois des Sciences de la Santé, Munich, Allemagne
Silke B. Wolfenstetter
1. Université Ludwig-Maximilians, Institut d’Economie de la Santé et de Gestion des Soins et Centre Munichois des Sciences de la Santé, Munich, Allemagne
Jürgen John
Université Ludwig-Maximilians, Institut d’Economie de la Santé et de Gestion des Soins et Centre Munichois des Sciences de la Santé, Munich, Allemagne
  1. Finkelstein EA et al. Annu Rev Public Health 2005; 26:239-57
  2. John J et al. Curr Opin Clin Nutr Metab Care 2010, 13(3): 305-13
  3. Flodmark CE et al. Am J Public Health 2008; 98(3): 411-5
  4. Carter R et al. BMC Public Health 2009; 9: 419
  5. Cawley J. Arch Pediatr Adolesc Med 2007; 161(6): 611-4
  6. John J. Economic perspectives on pediatric obesity: impact in health care expen ditures and cost-effectiveness of preventive interventions. In: Koletzko B et al. (eds). Drivers of Innovation in Pediatric Nutrition. Nerstlé Nutr Inst Workshop Ser Pediatr Programm 2010; 66: 111-24
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