N° 104 | décembre 2010

Implications économiques de l’obésité chez les personnes souffrant de maladies cardio-vasculaires

Le pourquoi et le comment des surcoûts

Les surcoûts médicaux occasionnés par l’obésité en font un problème de santé publique majeur 1. En 2005, l’Organisation Mondiale de la Santé a estimé que près de 400 millions de personnes seraient obèses et que ce chiffre devrait encore doubler au cours des 10 prochaines années 2. En Australie, le coût de l’obésité en 2005 était de 3,7 milliards de Dollars Australiens ($AUD), dont un tiers sont des coûts directs pour le gouvernement1. Cependant, ces études ne fournissent pas de données qui démontrent le pourquoi et le comment des surcoûts dans les populations obèses 3.

Notre étude évalue :

  • l’impact de l’obésité sur le coût du traitement des personnes à haut risque, ou atteintes, de maladies cardio-vasculaires
  • les causes (surcoûts) des différences entre les patients obèses, en surpoids et de poids normal 4.

Les dépenses médicales chez 2819 obèses à risque cardiovasculaire

Cette étude a été menée dans le cadre du Registre Prospectif Australien sur la Réduction de l’Athérothrombose pour le Maintien de la Santé (« Reduction of Atherothrombosis for Continued Health - REACH »).

Les dépenses médicales liées à l’obésité ont été estimées chez 2819 sujets de plus de 45 ans, ayant consultés leur médecin généraliste en 2004 et atteints de maladies coronariennes, d’accident vasculaires cérébraux, d’artériopathies périphériques, ou de plus de 3 facteurs de risques (hypertension, hypercholestérolémie, tabagisme et diabète). Les données ont été recueillies grâce à un formulaire international standardisé.

L’Indice de Masse Corporelle (IMC) a été calculé. Un sujet était considéré comme ayant un poids normal si son IMC était entre 18,5 et 25,0 kg/m², en surpoids entre 25,0 et 30,0 kg/m2 et obèse si ≥ 30,0 kg/m². Les antécédents médicaux des 12 derniers mois et les comorbidités initiales ont été inscrits dans ce registre.

Les motifs d’hospitalisation et de soins ambulatoires durant l’année qui a suivi ont été recueillis à l’aide d’un formulaire clinique standardisé. Les médicaments prescrits au départ ont été relevés dans le dossier médical et lors d’un entretien avec une infirmière formée. Nous avons attribué un coût unitaire pour chaque acte médical, basé sur les indices des remboursements du gouvernement australien pour 2006-2007. Pour estimer l’association entre les dépenses médicales directes et les catégories d’IMC, nous avons appliqué des modèles linéaires mixtes

Une augmentation des dépenses parallèle à l’IMC

L’analyse des 2819 sujets montre que les dépenses médicamenteuses augmentent parallèlement au niveau d’IMC. Après ajustement pour les comorbidités, les dépenses médicamenteuses annuelles chez les sujets en surpoids et obèses sont plus élevées (respectivement 87 $ AUD (p=0,004) et 144 $AUD (p<0,001)). En général, les sujets en surpoids ou obèses prennent plus de médicaments que ceux de poids normal. Cependant, on n’a pas observé de relation entre l’IMC et les dépenses annuelles de soins ambulatoires et d’hospitalisations.

Pourquoi les obèses prennent ils plus de médicaments ?

Quant au plus grand usage de médicaments chez les sujets ayant un IMC plus élevé, il y aurait plusieurs explications. Une étude précédente avait suggéré que les personnes obèses ont plus de probabilités de bénéficier d’un traitement médical que chirurgical5. De plus, les personnes obèses auraient besoin de plus de médicaments en raison des complications liées à cette maladie. Cependant, même si les personnes obèses reçoivent plus de médicaments, leurs facteurs de risques restent plus élevés. Par ailleurs, les participants ayant un poids plus élevé recevraient plus de prescriptions médicales en raison de leur apparence suggérant un plus grand risque.

Des implications importantes

Nos résultats ont des implications importantes en termes d’économies potentielles. Etant donné les ressources limitées allouées à la santé, les gouvernements doivent définir les malades et les maladies prioritaires. Par exemple, chez les personnes souffrant de maladies cardio-vasculaires âgées de plus de 65 ans, environ 30% sont obèses. En supposant que les coûts calculés lors de cette étude peuvent être généralisés à toute la population Australienne ayant les mêmes caractéristiques, les surcoûts budgétaires liés à l’obésité seraient alors de $37 millions. Il faut se demander si les dépenses médicamenteuses supplémentaires procurent vraiment des bénéfices pour la santé ou si ces ressources seraient mieux allouées ailleurs.

Zanfina Ademi
Département d’Epidémiologie et de Médecine Préventive, Université de Monash, Melbourne, Australie
Christopher M Reid
Département d’Epidémiologie et de Médecine Préventive, Université de Monash, Melbourne, Australie
  1. Access Economics 2006. “The economic costs of obesity.” Report to Diabetes Australia.
  2. World Health Organization. Obesity and Owerweight, 2006.
  3. Withrow D, Alter DA. The economic burden of obesity worldwide: a systematic review of the direct costs of obesity. Obesity reviews [Epub ahead of print]
  4. Ademi Z, Walls HL, Peeters A, Liew D, Hollingsworth B, Stevenson C, et al. Economic implications of obesity among people with atherothrombotic disease. Int J Obes (Lond). 2010;34(8):1284-92.
  5. Hauck K, Hollingsworth B. Do obese patients stay longer in hospital? Estimating the Health care costs of obesity. Centre for Health Economics Research Paper; 2008.
Retour Voir l'article suivant