N° 54 | mars 2006

BIBLIOGRAPHIE

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Prévalence des complications macrovasculaires et niveau de risque vasculaire des diabétiques en France Près d’une personne diabétique sur deux décède d’une cardiopathie ischémique et le risque de développer une maladie cardiovasculaire (MCV) est doublé en présence d’un diabète. L’étude Entred (Échantillon national témoin représentatif des personnes diabétiques) permet d’estimer la prévalence actuelle des complications macrovasculaires et des facteurs de risque vasculaire déclarés par les personnes diabétiques traitées par leurs médecins en France. Cet article met l’accent sur les facteurs de risque cliniques et à aucun moment ne traite des facteurs alimentaires de ces patients.

10 000 bénéficiaires du régime général des travailleurs salariés ont été tirés au sort pour Entred. L’analyse a porté sur les 3 648 sur 10 000 diabétiques ayant répondu à un questionnaire détaillé et sur leurs 1 718 médecins ayant répondu au questionnaire médical complémentaire.

Les auteurs ont trouvé que 17% des diabétiques déclaraient au moins une complication ischémique (angor, infarctus du myocarde ou revascularisation coronaire) et 20 % des médecins déclaraient que leur patient avait développé au moins une complication macrovasculaire (angor, infarctus du myocarde, revascularisation coronaire ou accident vasculaire cérébral). En particulier, 93% des personnes interrogées déclaraient au moins un facteur de risque vasculaire autre que le diabète, dont le tabagisme actuel, le surpoids (44% des personnes étaient en surpoids et 34 % étaient obèses) l’hypertension artérielle (HTA), l’hypercholestérolémie ; 69 % en déclaraient au moins deux et 31 % au moins trois. La moitié des patients déclarait une hypercholestérolémie et plus de la moitié, une HTA. Au moins 87 % des médecins déclaraient que leur patient avait une pression artérielle supérieure ou égale à 130/80 mmHg (nouvelle norme), ce qui était plus fréquent chez les personnes se déclarant traitées par anti-hypertenseurs (91 % versus 82 %). Au moins un quart des médecins déclarait que leur patient avait un taux de LDL-cholestérol élevé (>3,4 mmol/l ou 1,3 g/l) ce qui était plus fréquent chez les personnes se déclarant traitées par hypolipémiant (29 % versus 23 %). Plus d’un quart des personnes avaient un taux d’HbA1c optimal (<6,5 %) mais au moins un autre quart avait un taux supérieur à 8 %, donc un risque élevé de complications. Une microalbuminurie (30-300 mg/24 heures) était ainsi diagnostiquée chez seulement 9 % des personnes et une protéinurie (300 mg/24 heures) chez seulement 2 %.

Les auteurs suggèrent de débuter cette prévention avant même la survenue du diabète, au stade du syndrome métabolique et qu’il est indispensable et faisable en vu des essais cliniques de renforcer la prévention secondaire et tertiaire du diabète en luttant contre leur risque vasculaire. Enfin, il apparaît également nécessaire de surveiller par une même méthodologie l’évolution de l’obésité, de la fréquence des mesures et des niveaux de LDLcholestérol, de pression artérielle, de microalbuminurie et du tabagisme chez les personnes diabétiques.
ROMON, I, ET AL. PRÉVALENCE DES COMPLICATIONS MACROVASCULAIRES ET NIVEAU DE RISQUE
VASCULAIRE DES DIABÉTIQUES EN FRANCE, ÉTUDE ENTRED 2001. BULLETIN EPIDÉMIOLOGIQUE
HEBDOMADAIRE 2005 ; 12-13 : 46-48. C.K.

L’alimentation type fast-food, la prise de poids et la résistance à l’insuline : l’étude CARDIA

La consommation d’aliments de type fast food a énormément augmenté aux Etats-Unis ces trente dernières années. Cependant, l'effet de d’alimentation de type fast-food sur le risque de l'obésité et le diabète type 2 aurait reçu relativement peu d'attention. Les auteurs ont donc tenté d’examiner l'association entre des habitudes alimentaires de type fast-food et les changements de poids corporel et la résistance à l’insuline au cours d'une période de 15 ans aux Etats-Unis.

Trois mille trente et un jeunes adultes noirs et blancs (âgés de 18-30 ans en 1985-86) ont participé à l'étude CARDIA (Coronary Artery Risk Development in Young Adults, une étude sur le développement de risque de maladies coronaires chez les jeunes adultes) et ont été suivis par des évaluations alimentaires. L'association entre la fréquence des visites aux restaurants type fast-food et le changement de poids corporel et la résistance à l’insuline après 15 ans a été étudiée. Il apparaît que les femmes blanches avaient la fréquence d’alimentation de type fast-food la plus modérée (environ 1.3 fois par semaine) par rapport aux hommes blancs et aux adultes noirs (à peu près deux fois par semaine).

Après avoir pris en compte les facteurs de style de vie, les données initiales montraient que la fréquence d’alimentation de type fast food était directement associée aux changements de poids corporel autant chez les noirs que chez les blancs. Le changement de la fréquence d’alimentation de type fast-food après 15 ans était directement associé aux changements de poids corporel chez les blancs, ainsi que chez les noirs, même si l’association était plus faible. Les changements étaient aussi directement associés à la résistance d'insuline dans les deux groupes ethniques.

Les participants consommant des «fast-foods» plus que deux fois par semaine pendant 15 ans ont pris en moyenne 4,5 kg supplémentaires et avaient deux fois plus de résistance à l’insuline par rapport aux participants consommant des «fast-foods» moins d'une fois par semaine. La consommation d’alimentation de type fast-food est fortement associée à la prise de poids corporel et la résistance à l’insuline, suggérant que la restauration fast-food augmente le risque de l'obésité et le diabète type 2.
PEREIRA MA, KARTASHOV AI, EBBELING CB, VAN HORN L, SLATTERY ML, JACOBS DR JR,
LUDWIG DS. FAST-FOOD HABITS, WEIGHT GAIN, AND INSULIN RESISTANCE (THE CARDIA STUDY):
15-YEAR PROSPECTIVE ANALYSIS. LANCET. 2005 JAN 1-7;365(9453):36-42. C.K.

Une alimentation protectrice contre le diabète type 2 : l’étude EPIC - Potsdam

L’alimentation aurait une influence importante sur le développement du diabète type 2. Jusqu’à maintenant, l'approche traditionnelle pour examiner l’association entre cette maladie et l’alimentation s’est concentrée sur les composants alimentaires simples, tels les substances nutritives simples ou des produits alimentaires. Par exemple, il a été suggéré que de différents types d'acides gras, les fibres alimentaires et le magnésium sont associés au risque du diabète.

Cependant, l’alimentation est complexe et il est donc difficile d'examiner les effets de composants alimentaires individuels séparément. Ainsi, les auteurs ont proposé l'utilisation de modèles alimentaires. Un modèle alimentaire est une variable comprenant plusieurs denrées alimentaires qui prenant en compte les interactions et effets cumulatifs de composants alimentaires sur le risque de maladie.

Cette étude a pour but d'identifier un modèle alimentaire associé aux biomarqueurs du diabète et d’examiner l’association d’un tel modèle à l'incidence de diabète type 2. Il s’agit d’une étude de cas témoin nichée dans une cohorte de 192 cas de diabète type 2 et de 382 sujets témoins. Tous les sujets étaient des participants dans l'étude prospective EPIC-Potsdam («European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition»). Un «score» des habitudes alimentaires a été déloboré, utilisant : les données sur la consommation de 48 groupes d’aliments comme variables d'exposition ; et les biomarqueurs HbA1c, le cholestérol HDL, la protéine C réactive et l’adiponectine comme les variables réponse. L'association du score des habitudes alimentaires avec le risque de diabète a été évaluée par régression logistique conditionnelle.

Un bon score alimentaire était caractérisé par une alimentation à haute teneur en fruits frais et à faible teneur en boissons sucrées non alcoolisées, en bière, en viande rouge, en volaille, en viandes transformées, en légumineuses et en pain (sans compter le pain complet). Les sujets ayant un bon score alimentaire avaient de hautes concentrations plasmiques de cholestérol HDL et d’adiponectine et de faibles concentrations plasmiques d’HbA1c et de protéine C réactive. Un bon score alimentaire est associé à un profil biomarqueur plus favorable et à une incidence considérablement réduite de diabète type 2.
HEIDEMANN, C, ET AL. EUROPEAN PROSPECTIVE INVESTIGATION INTO CANCER AND NUTRITION
(EPIC)--POTSDAM STUDY COHORT. A DIETARY PATTERN PROTECTIVE AGAINST TYPE 2 DIABETES IN
THE EUROPEAN PROSPECTIVE INVESTIGATION INTO CANCER AND NUTRITION (EPIC)- POTSDAM
STUDY COHORT. DIABETOLOGIA. 2005 JUN;48(6):1126-34. C.K.

L’alimentation et l’incidence de diabète type 2: les résultats d’une revue systématique d'études de cohorte

En 2000 on comptait à l’échelle mondiale environ 150 millions de cas de diabète type 2 et on estime que ce chiffre aura doublé dès 2025. La prévention primaire en grande partie par l’alimentation est préconisée. Des études de cohorte (publiées en anglais à partir de mai 2004) ont été systématiquement passées en revue pour analyser l'effet de nutriments et d’aliments (à part l'alcool) sur l'incidence de diabète type 2. Quinze études de cohorte individuelles (soit un total de 31 articles) ont été identifiées.

L’analyse des 15 études a permis aux auteurs de montrer qu’en terme de micro et macronutriments, la consommation de graisses végétales, d’acides gras polyinsaturés, de fibres alimentaires, de magnésium et de caféine étaient significativement inversement corrélés avec l’incidence de diabète type 2 ; par contre les acides gras «trans», le fer héminique, et l'index et la charge glycémiques étaient significativement positivement corrélés à l'incidence de diabète type 2.

En ce qui concerne les denrées alimentaires, plusieurs études ont montré un risque significativement diminué de diabète type 2 avec une consommation à haute teneur de céréales (particulièrement complètes) et un risque significativement plus élevé avec une consommation de produits transformés à base de viande. Comme toutes les études avaient été effectuées dans des pays occidentaux, les auteurs préconisent plus de recherche dans des pays non occidentaux tel le Japon.

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