N° 63 | janvier 2007

COMMENT AUGMENTER LA CONSOMMATION DES FRUITS ET LÉGUMES CHEZ LES ÉCOLIERS ? Quand c’est gratuit, c’est plus payant !

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Les conditions des interventions efficaces

Une revue approfondie des interventions réalisées en faveur des fruits et légumes en milieu scolaire nous apprend que, pour être efficaces, les interventions comportementales devraient comporter plusieurs éléments (par exemple, englober à la fois l’environnement familial et scolaire), inclure des programmes éducatifs orientés vers les changements de comportement, avoir une durée adéquate, comporter des messages spécifiquement ciblés sur la consommation de fruits et légumes (par opposition à une alimentation saine, en général), reposer enfin sur des bases théoriques adaptées.

Des résultats parfois décevants

L’étude 1[1] a évalué une intervention à plusieurs composantes, regroupant des cours d’arts ménagers, des lettres d’information adressées aux parents et des réunions de parents à l’école. L’intervention était divisée en sept sessions réparties sur une période de 7 mois, chaque session représentant, en durée, l’équivalent de trois cours scolaires (par ex. 3 fois 45 minutes). Six lettres d’information ont été envoyées aux parents. Cette intervention ciblait un changement de comportement, englobait des messages portant spécifiquement sur la consommation de fruits et de légumes et reposait sur la théorie de la cognition sociale.

Au final, bien que cette étude d’intervention soit basée sur des stratégies d’intervention perçues comme de haut niveau, elle n’a eu aucun impact sur la consommation de fruits et légumes des écoliers…

L’impact limité d’un programme payant

L’étude 2[2] comportait la même stratégie d’intervention que dans l’Etude 1, avec en prime, durant toute l’année scolaire, la participation, sans frais pour les parents, au programme “Norwegian School Fruit”.

Ce programme norvégien s’effectue par inscription, offerte dans toutes les écoles élémentaires norvégiennes (www.skolefrukt.no). Les élèves inscrits reçoivent quotidiennement une portion de fruits ou une carotte, au moment du repas de midi (en Norvège, les enfants apportent habituellement leur gamelle (généralement des sandwichs) pour le repas du midi. Très peu d’écoles élémentaires disposent d’une cantine et traditionnellement les fruits et légumes ne sont pas disponibles à l’école.

Pour les parents cela coûte 2,50 Couronnes Norvégiennes (NOK) par jour d’école (environ 0,30 euro). Le programme est subventionné par le gouvernement norvégien à la hauteur de 1,00 NOK par écolier inscrit et par jour d’école. Le faible taux de participation est un des problèmes de ce programme. Au printemps 2006, seulement 41% des écoles y participaient et seulement 28% des écoliers en faisaient partie. Avec seulement 12% de la population écolière norvégienne totale (Niveaux 1-10) inscrite, l’impact de ce programme payant est donc limité[3]. Un deuxième problème est que les élèves qui s’inscrivent ont tendance à être en meilleure santé que les non-participants. Ils mangent déjà des fruits et légumes avant le début du programme, prennent moins de collations de “mauvaise qualité” et ont moins des parents fumeurs[3].

Quand c’est gratuit tout change…

L’étude 2 a comporté l’inscription gratuite au programme Norvégien “Fruit à l’Ecole” pour une année scolaire complète.
Ses résultats montrent que la consommation de fruits et légumes a augmenté chez les élèves des écoles d’intervention par rapport à des écoles témoins, aussi bien à l’école que durant toute la journée. La différence moyenne était de 0,6 portions. Cet effet s’est maintenu un an après la fin de l’intervention (la différence moyenne était alors de 0,5 portions). Cette efficacité prolongée peut être en partie expliquée par un plus grand taux d’inscription au programme standard (payant) dans le groupe d’intervention que dans le groupe témoin, durant l’année suivant celle de l’intervention.

Une stratégie plus efficace ?

Pourquoi l’étude 1, pourtant basée sur des stratégies d’intervention les plus éprouvées, n’a pas entraîné d’augmentation de la consommation des fruits et légumes chez les écoliers alors que le fruit quotidien gratuit à l’école l’a fait ?

Point important : la majorité des interventions sur les fruits et les légumes analysées n’ont pas remporté de succès particulier. De plus, les messages “de pointe” reposent sur des études qui n’apportaient qu’un léger mieux par rapport à d’autres. Les interventions ayant un réel impact sur la consommation des fruits et légumes chez les écoliers manquent cruellement dans la littérature. Les présents résultats de l’évaluation d’un programme gratuit en faveur des fruits à l’école sont très prometteurs[2;3]. Il semblent représenter une stratégie efficace pour atteindre tous les élèves, en particulier ceux qui en ont le plus besoin : les garçons, les enfants de familles ayant de faibles ressources économiques et les écoliers ayant une faible consommation habituelle et peu de préférences pour les fruits et légumes.

Elling Bere
Département de Santé Publique, Activité physique et Nutrition, Université d’Agder, NORVEGE
  1. Bere E, Veierød MB, Bjelland M, Klepp K-I. Outcome and process evaluation of a Norwegian school randomized fruit and vegetable intervention: Fruits and Vegetables Make the Marks. Health Education Research. 2006a, 21:258-267.
  2. Bere E, Veierød MB, Bjelland M, Klepp K-I. Free school fruit – sustained effect one year later. Health Education Research. 2006b. 21:268-275.
  3. Bere E, Veierød M, Klepp K-I. The Norwegian School Fruit Programme: evaluating paid vs. nocost subscriptions. Preventive Medicine. 2005; 41:463-470.
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