N° 63 | janvier 2007

IMPACT DES BONS DE RÉDUCTION SUR L’ACHAT DE FRUITS ET LÉGUMES FRAIS

Une consommation importante de fruits et légumes est associée à un risque réduit de cancer1,2, d’accident vasculaire cérébral (AVC) ainsi que d’autres maladies cardiovasculaires. Ceci étant, pourquoi la consommation de fruits et légumes reste-t-elle souvent inférieure aux recommandations, surtout parmi les personnes ayant un faible niveau socio-économique ?

Le programme WIC et sa contribution à une alimentation de qualité

Aux Etats-Unis, le Programme Spécial de Supplémentation
Alimentaire pour les Femmes, les Enfants et les Nourrissons (Women, Infants, and Children - WIC), financé par le gouvernement et géré au niveau local, est un programme de santé publique. Il procure des suppléments d’aliments de haute qualité nutritionnelle, une éducation nutritionnelle et un accès aux soins médicaux aux femmes avec peu de ressources, présentant des risques nutritionnels pendant et après la grossesse ainsi qu’à leurs bébés et aux enfants jusqu’à l’âge 5 ans3. Lorsque ce programme a été mis en oeuvre, la malnutrition était le souci principal. Les directives ont orienté le programme vers l’offre d’aliments riches en calcium, fer, vitamine A, vitamine C et protéines à travers des aliments de forte densité énergétique comme le lait, les fromages, les oeufs, les laits infantiles, les fromages enrichis, les jus de fruits, le beurre de cacahuète et les haricots secs4. Ces dernières années ont donné lieu à de nombreuses discussions concernant la possibilité d’ajouter des fruits et légumes aux paniers alimentaires destinés aux femmes et aux enfants, étant donné leur importance dans l’élaboration d’une alimentation optimale5.

Un soutien économique axé sur les fruits et légumes frais

En août 2001, 602 femmes en post-partum, inscrites dans le programme WIC, et leurs familles ont été recrutées pour participer à deux interventions et à un groupe témoin (200 par site) conçus pour mesurer l’efficacité de la distribution de bons de réduction destinés à augmenter la consommation de fruits et légumes frais. Chaque semaine, les participants ont reçu des bons d’une valeur de 10,00 $ pour acheter les produits alimentaires de leur choix au supermarché ou au marché local.

Les bons étaient émis deux fois par mois et pouvaient être utilisés à tout moment durant les 2 mois qui s’ensuivaient. Les participants à l’intervention ont reçu des bons durant 6 mois pour un total de 240,00 $ par participant (famille). Dans le groupe témoin, aucun bon de réduction pour les fruits et légumes n’a été distribué mais les participants ont reçu des bons d’une valeur moindre pour l’achat de couches jetables.

Durant les 14 mois de l’étude, la consommation de fruits et légumes des participants a été suivie en mesurant la consommation avant et après intervention et par rapport au groupe témoin. Les participants ont indiqué les fruits et légumes qu’ils avaient achetés avec les bons et le délai d’emploi des bons a été vérifié.

Des bons choix nutritionnels et une grande variété de produits frais

En tout, des bons d’une valeur totale de 44 000,00 $ ont été émis dans les supermarchés et de 44 960,00 $ sur le marché local. Le taux d’utilisation était de 90,7 % pour le marché local contre 87,5% pour le supermarché. Dans chaque groupe, cinq fruits et légumes représentaient environ 70 % des items signalés. Les 10 items les plus fréquemment rapportés étaient les oranges, les pommes, les bananes, les pêches, du raisin, les tomates, les carottes, les salades (laitues), les brocolis et les pommes de terre. Cependant, les participants ont également acheté une grande variété de produits saisonniers tels des myrtilles, des grenades, des artichauts, des feuilles de moutarde indienne. Bien qu’un plus large éventail de produits soit présent sur le marché local, le nombre total de variétés de fruits et légumes n’était pas différent entre les deux sources6.

Une amélioration nutritionnelle significative

Lorsqu’on leur offre un soutien économique, les consommateurs ayant peu de ressources économiques font des choix nutritionnels variés et raisonnés. A l’exception de la laitue et du raisin, tous les aliments choisis étaient riches en potassium, vitamine C, vitamine A et/ou fibres alimentaires – des nutriments considérés comme prioritaires dans l’amélioration des paniers alimentaires WIC lors d’une étude récente par l’Institut de Médecine6. Le potentiel d’amélioration nutritionnelle est significatif si l’on offre aux mères ayant peu de ressources et à leurs familles, une aide financière ciblée qui permet d’effectuer un libre choix de produits frais.

Dena R. Herman
Département des Sciences de Santé Communautaire, Ecole de Santé Publique UCLA, Los Angeles, USA
  1. World Cancer Research Fund and American institute for Cancer Research. Food, Nutrition, and the Prevention of Cancer. Washington, DC: American Institute for Cancer Research;1997.
  2. International Agency for Research on Cancer, World Health Organization. IARC Handbooks of Cancer Prevention: Fruits and Vegetables. Lyon, France:IARC Press; 2003.
  3. US Department of Agriculture and Economic Research Service. Briefing Room, The WIC Program. Available at: http://www.ers.usda.gov/Briefing/WIC/. Accessed March 16, 2005.
  4. Centers for Disease Control and Prevention. 1996. Nutritional status of children participating in the Special Supplemental Nutrition Program for Women, Infants, and Children – United States, 1988-1991. From the Centers for Disease Control and Prevention. JAMA. 275;10:750-752.
  5. Institute of Medicine of the National Academies. WIC Food Packages: Time for a Change. Washington, DC: National Academy Press; 2005.
  6. Herman DR, Harrison GG, Jenks E. Choices made by low-income women provided with an economic
Retour Voir l'article suivant