N° 115 | décembre 2011

Conséquences à long terme de l’alimentation précoce en fruits et légumes au Royaume Uni

Les études expérimentales ont montré que l’exposition précoce à une variété de fruits et légumes au moment du sevrage influence les choix alimentaires ultérieurs 1,2. En outre, certaines études longitudinales ont montré que l’introduction précoce des fruits et légumes (FL) était associée à une consommation accrue ultérieure 3,4.

L’impact de 2 facteurs sur la consommation des fruits et légumes à 7 ans

Notre étude a pour but d’étendre cette recherche aux facteurs associés à long terme à l’exposition précoce aux fruits et légumes (FL). En particulier, nous avons étudié l’impact de 2 facteurs sur la consommation des FL à l’âge de 7 ans :

  • l’âge à l’introduction de ces aliments
  • la fréquence d’exposition aux différentes formes de FL (plats faits maison vs plats préparés vs produits frais) au moment du sevrage.

Une étude prospective longitudinale a été menée dans une population représentative d’enfants nés à Avon au Royaume Uni, dans le cadre de l’Etude ALSPAC (Avon Longitudinal Study of Parents and Children – Etude Longitudinale des Parents et des Enfants à Avon).

Des auto-questionnaires sur l’alimentation des enfants de 6 mois et 7 ans

On a demandé aux mères de compléter des auto-questionnaires portant sur l’alimentation de leurs enfants à l’âge de 6 mois et 7 ans. Elles devaient surtout préciser l’âge à l’introduction des FL et la fréquence de consommation de plats faits maison, de plats préparés et de fruits et légumes frais à l’âge de 6 mois. A l’âge de 7 ans, les mères ont rempli un questionnaire sur la fréquence de consommation de portions de fruits et légumes.

Des analyses de régression ont été effectuées pour déterminer si la fréquence de consommation de FL préparés, frais ou faits maison, à l’âge de 6 mois pouvait prédire la consommation des FL à 7 ans. Les facteurs démographiques comme l’allaitement, les difficultés financières, l’âge à l’introduction de la nourriture solide et le sexe ont été contrôlés dans la première phase des analyses.

L’importance du « fait maison » pour les fruits et légumes

Les enfants à qui on a proposé plus de FL (frais ou faits maison) à l’âge de 6 mois ont une plus forte probabilité de consommer des FL à l’âge de 7 ans (p<0,001). En revanche, l’introduction de plats préparés de FL à l’âge de 6 mois n’était pas associée à une consommation accrue de FL ultérieurement (p>0,01).

On a également noté que l’âge à l’introduction modulait la relation entre l’exposition à 6 mois et la consommation à 7 ans, mais uniquement pour les légumes préparés à la maison. Les nourrissons à qui on propose des légumes préparés à la maison à un âge plus tardif (>5,65 mois), et moins souvent, ont une moindre probabilité de consommer des légumes à l’âge de 7 ans. Cependant, lorsque les mères introduisent les légumes plus tardivement, mais fréquemment, la consommation de légumes à l’âge de 7 ans est comparable à celle d’enfants exposés aux légumes préparés à la maison à un plus jeune âge (t(6167)= 2,59, p<0,01).

Une palette de saveurs et textures pour l’enfant

Les résultats de notre étude viennent étayer ceux d’études antérieures 3,4 sur la relation entre exposition précoce aux fruits et légumes et niveaux élevés de consommation de FL durant l’enfance.

Notre étude montre également que le mode de préparation des FL peut également être associé aux niveaux de consommation ultérieurs. En particulier, les FL frais ou préparés à la maison à l’âge de 6 mois (mais pas les plats préparés industriels) sont fortement associés à des consommations de FL plus élevées plus tard dans l’enfance.

Fait nouveau et intéressant : l’absence d’association entre les plats préparés industriels et la consommation ultérieure de FL. Il faut cependant l’interpréter avec prudence. On peut dire que l’exposition à des FL préparés à la maison offre plusieurs avantages. De petites différences dans les préparations maison fournissent toute une palette de saveurs et textures à l’enfant, ce qui n’est pas le cas avec les plats touts prêts, plus homogènes. Cependant, l’influence de la qualité des plats préparés industriels n’expliquerait pas tous les résultats. Les parents qui achètent des produits pour bébés achètent d’une manière générale des plats déjà préparés, ce qui pourrait expliquer les résultats différents.

Une influence confirmée sur le processus d’exposition

Le fait que l’âge à l’introduction des FL module la relation entre la fréquence de consommation de légumes préparés maison à l’âge de 6 mois et à 7 ans, suggère une influence sur le processus d’exposition. Les aliments plus difficiles à accepter, comme les légumes, ont besoin d’une période d’exposition optimale. Il faut noter que ces travaux de recherche ont été menés avant que l’OMS ne recommande l’allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de 6 mois et que les résultats pourraient être différents aujourd’hui. C’est une des premières études à examiner sous quelle forme les fruits et légumes sont proposés au moment du sevrage et l’influence sur la consommation subséquente des fruits et légumes. D’autres études expérimentales sont nécessaires pour examiner si l’exposition à des aliments préparés à la maison représente l’expérience la plus enrichissante pour les tous-petits.

Helen Coulthard
Division de Psychologie, Edifice Hawthorn, Université De Montfort, Leicester, Royaume Uni
Gillian Harris
Ecole de Psychologie, Université de Birmingham, Edgbaston, Birmingham, Royaume Uni
Pauline Emmett
Département de Médecine Communautaire, Université de Bristol, Bristol, Royaume Uni
  1. Gerrish, C.J. & Menella, J.A. (2001). Flavor variety enhances food acceptance in formula-fed infants. Am J Clin Nutr, 73, 1080-1085.
  2. Birch, L.L., Gunder, L., Grimm-Thomas, K. & Laing, D. (1998). Infant’s consumption of a new food enhances acceptance of similar foods, Appetite, 30, 283-295.
  3. Cooke L. J., Wardle J., Gibson E. L., Sapochnik, M., Sheiham A., and Lawson M. (2004). Demographic, familial and trait predictors of fruit and vegetable consumption by pre-school children. Public Health Nutr, 7 (2), 295-302.
  4. Skinner, J. D., Carruth, B. R., Bounds, W., Ziegler, P.J. & Reidy, K. (2002). Do foodrelated experiences in the first 2 years of life predict dietary variety in school-aged children? J Nutr Educ Behav, 34, 310-315.
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