N° 217 | mai 2021

Des bio marqueurs sanguins clarifient le lien entre la consommation de fruits et légumes et le risque de diabète de type 2 : Etude EPIC InterAct

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La prévalence du diabète de type 2 a augmenté dans le monde entier au cours des dernières décennies, sous l'effet d'une urbanisation rapide et de changements spectaculaires vers une mauvaise alimentation et des modes de vie sédentaires (Saeedi, 2019). La prévention du diabète de type 2  est une priorité urgente de santé publique. Si la consommation de fruits et légumes est reconnue comme un élément clé d'une alimentation saine pour la prévention des maladies chroniques, comme  les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et le cancer, les données concernant le diabète de type 2  demeurent  incohérentes et peu probantes (Boeing, 2012; Cooper, 2012; Mamluk, 2017). Dans la mesure où les enquêtes alimentaires sont sujettes à des déclarations inexactes et à des erreurs, l'utilisation de marqueurs objectifs de la consommation de fruits et légumes  peut améliorer la recherche.

Ainsi, des chercheurs du MRC Epidemiology de Cambridge, en collaboration avec un groupe de chercheurs européens, ont mené une étude prospective – l'étude EPIC InterAct*. Ils ont mesuré les concentrations sanguines de bio marqueurs nutritionnels – vitamine C et six caroténoïdes différents (alpha-carotène, bêta-carotène, lycopène, lutéine, zéaxanthine et bêta-cryptoxanthine), comme indicateurs de la consommation de fruits et légumes. Un score composite de bio marqueurs a également été généré, en calculant la moyenne des valeurs standardisées de la vitamine C et des six caroténoïdes individuels. Les chercheurs ont ensuite examiné l'association entre les bio marqueurs individuels et combinés et les nouveaux cas de diabète de type 2 apparus au cours du suivi des participants qui ne souffraient pas initialement de diabète.

Au total, 340 234 personnes de huit pays européens* ont été suivies, parmi lesquelles 10 000 ont développé un diabète de type 2 sur une période d'environ 10 ans et un échantillon représentatif de 13 500 personnes sont restées indemnes de diabète. En mesurant les bio marqueurs nutritionnels chez environ 23 000 personnes atteintes ou non de diabète de type 2, cette étude est la plus importante de ce type au monde.

Association entre la consommation de fruits et légumes et les concentrations plasmatiques de vitamine C et de caroténoïdes

Les apports en fruits et légumes d'une grande variété ont tous été positivement associés aux bio marqueurs nutritionnels (vitamine C, caroténoïdes totaux et score composite des bio marqueurs plasmatiques). En résumé, la consommation moyenne de fruits et légumes est la plus faible quand le niveau du score composite de bio marqueurs est le plus bas et, inversement, elle est la plus importante quand le score de bio marqueurs est le plus élevé. En moyenne, le lien entre la consommation et les niveaux de bio marqueurs indique que toute unité d'écart-type supplémentaire du score composite de bio marqueurs équivaut à une augmentation de 66 g par jour de la consommation totale de fruits et légumes.

Association de la vitamine C, des caroténoïdes totaux et individuels plasmatiques avec l’incidence du diabète de type 2

L'étude révèle que plus le score de bio marqueurs composite est élevé, plus le risque de développer un diabète par la suite est faible. Par rapport aux personnes qui se trouvaient dans le quintile inférieur de la distribution du score composite, celles situées dans les quintiles croissants du score des bio marqueurs (2e, 3e, 4e catégories et au-delà) avaient un risque relatif plus réduit (respectivement de 23%, 34%, 41% et 50%) de développer un diabète.

D’un autre point de vue, une variation du score de bio marqueurs composite, équivalant à une différence de consommation de 66 g/jour de fruits et légumes, pourrait potentiellement réduire d'un quart le risque relatif de diabète de type 2. Chaque portion de fruit ou de légume étant estimée à environ 80 g dans les recommandations nutritionnelles qui préconisent de manger « 5 fruits et légumes par jour », cela signifie qu'une consommation habituelle plus élevée, même d'une seule portion par jour, aurait des effets bénéfiques potentiels sur la santé.

Figure 1 : Associations entre le score de biomarqueurs plasmatiques et l'incidence du diabète de type 2 (en violet : rapport de risque pour l'association entre le score de biomarqueurs composite et le diabète de type 2 ; en rouge : association entre le score de biomarqueurs composite et la consommation de fruits et légumes).

Nos résultats sont fondés sur une étude d'observation et non sur une intervention nutritionnelle. Nous restons donc prudents quant à l’établissement d’un lien de causalité. Cependant, grâce à l'utilisation de niveaux de bio marqueurs objectifs pour indiquer la consommation de fruits et légumes et aux résultats cohérents enregistrés dans différents pays européens, notre étude apporte une contribution significative au corpus de données probantes. Le message important à retenir est qu’une augmentation, même modeste, de la consommation de fruits et légumes est associée à un risque plus faible de développer un diabète de type 2. 

* La cohorte de l'European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (EPIC)-InterAct comprenait des participants de huit pays européens : Danemark, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Suède et Royaume-Uni.

Nita G. Forouhi
MRC Epidemiology Unit, University of Cambridge School of Clinical Medicine, ROYAUME-UNI
Article basé sur : Ju-Sheng Zheng et al. Association of plasma biomarkers of fruit and vegetable intake with incident type 2 diabetes: EPIC-InterAct case-cohort study in eight European countries. BMJ. 2020;370:m2194.
  • Saeedi P, et al. Global and regional diabetes prevalence estimates for 2019 and projections for 2030 and 2045: Results from the International Diabetes Federation Diabetes Atlas, 9th edition. Diabetes Res Clin Pr. (Atlas du diabète de la Fédération internationale du diabète, 9e édition) 2019;157:107843.
  • Boeing H, et al. Critical review: vegetables and fruit in the prevention of chronic diseases. Eur J Nutr. 2012;51(6):637-63.
  • Cooper AJ, et al, InterAct Consortium. Fruit and vegetable intake and type 2 diabetes: EPIC-InterAct prospective study and meta-analysis. Eur J Clin Nutr 2012;66:1082-92.
  • Mamluk L, et al. Fruit and vegetable intake and risk of incident of type 2 diabetes: results from the consortium on health and ageing network of cohorts in Europe and the United States (CHANCES). Eur J Clin Nutr 2017;71:83-91.
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