N° 52 | décembre 2005

DES BROCOLIS, DES ÉPINARDS ET DES NOIX contre le vieillissement de la rétine

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La rétine et les photo récepteurs

La rétine est responsable de la formation de l’image : cette membrane nerveuse qui tapisse le fond du globe oculaire est constituée de photorécepteurs très sensibles à la lumière et particulièrement concentrés dans la macula (zone centrale de la rétine), qui s’insèrent dans la membrane rétinienne. C’est la grande fluidité de cette membrane, résultat de la forte concentration (plus de 50 %) en acides gras oméga 3, très poly-insaturés et à très longue chaîne (EPA et DHA), qui assure les modifications rapides de la structure des photorécepteurs et, en conséquence, la formation presque instantanée de l’image.

La macula : un concentré de caroténoïdes

Comme la peau, l’oeil est un organe directement exposé aux rayonnements ultraviolets du soleil. Ces rayonnements sont sources de radicaux libres, susceptibles d’initier des réactions d’oxydation. Or, les lipides membranaires de la rétine sont particulièrement sensibles à l’oxydation (nombre élevé, > 3, de doubles liaisons). Deux caroténoïdes sont activement concentrés, 5 à 10 fois, dans la macula : la lutéine et la zéaxanthine. Leur capacité à réagir avec l’oxygène singulet généré par les UV permet une protection efficace des lipides contre la peroxydation.

Une érosion des capacités de défense avec l’âge

Toutefois, cette protection naturelle du système oculaire ne parvient pas à résister à l’effet du temps, puisque la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), principale cause de cécité dans nos pays industrialisés, se développe à partir de 50 ans (1 million de personnes touchées en France). On voit alors apparaître sur la macula des dépôts jaunâtres caractérisés par la présence de macrophages remplis de photorécepteurs dégradés et de lipides oxydés (forme sèche de la DMLA). Plus rarement, une modification des parois des capillaires rétiniens peut entraîner une hémorragie qui accélère la cécité (forme humide).

La DMLA, conséquence du stress oxydant

De nombreux arguments confirment le rôle clé joué par les radicaux libres dans cette pathologie : l’exposition aux UV augmente le risque de DMLA, surtout après une opération de la cataracte (organe protecteur contre les UV) ; le tabagisme augmente le risque de 2 à 5 fois. Le stress oxydant qui en résulte s’accompagne d’une diminution des caroténoïdes dans la macula, et une synthèse accrue des enzymes antioxydantes (superoxyde dismutase et glutathion peroxydase), mais sans apparente efficacité. En effet, les lipides peroxydés s’accumulent et réagissent avec les protéines pour former les produits avancés de “lipoxydation” (ALE) ; de son côté, le diabète et la résistance à l’insuline augmentent les produits avancés de glycoxydation (AGE). Des produits communs aux ALE et AGE, la carboxyméthyllysine et le méthylglyoxal, réagissent avec des récepteurs spécifiques et déclenchent la mort des cellules rétiniennes.

En prévention : des antioxydants et des oméga 3 sous forme naturelle

La prévention de la DMLA repose essentiellement sur un apport optimal en antioxydants, et ce, bien avant le début du vieillissement. De fortes teneurs plasmatiques en vitamine E, qui protègent les lipides de la peroxydation, diminuent le risque de 2 à 5 fois. La lutéine et la zéaxanthine (notamment au travers des brocolis et épinards) réduisent de près de deux fois le risque de DMLA, grâce à un enrichissement de la macula. La prise de suppléments en particulier, vitamine E‚ béta-carotène et zinc a eu également des effets positifs, mais plus controversés. La consommation d’acides gras oméga 3, mais uniquement s’ils sont apportés par le poisson et les noix (noix, noisettes, amandes), diminue de près de deux fois le risque de DMLA. En effet, les lipides alimentaires, même insaturés, sont plutôt associés à une augmentation du risque. Ceci peut être interprété de deux façons : l’apport en lipides est inversement proportionnel à celui en caroténoïdes, et les huiles végétales raffinées, souvent utilisées pour la cuisson, se chargent de produits de peroxydation qui peuvent générer des produits avancés de “lipoxydation” (ALE).

On l’aura compris : une alimentation riche en fruits et légumes (sources de caroténoïdes) et en produits peu transformés, en particulier, fruits oléagineux (sources d’oméga 3) plutôt qu’huiles végétales raffinées, constitue en l’état actuel des connaissances, le moyen le plus sûr de retarder la DMLA.

Inès Birlouez-Aragon
Institut National Agronomique Paris-Grignon, FRANCE
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