N° 109 | mai 2011

Fruits et légumes et risque de diabète de type 2 : quelle association ?

Le fardeau mondial du diabète ne cesse d’augmenter : selon les dernières données de la Fédération Internationale du Diabète, sa prévalence est de 285 millions en 2010 et atteindrait 439 millions en 2030 1. Décès prématurés, réduction de l’espérance de vie, croissance du taux de mortalité due au diabète en font une priorité de santé publique. Des essais d’intervention réalisés chez des personnes à haut risque de diabète 2 ont démontré que la prévention primaire est possible par des modifications de l'hygiène de vie, et notamment une alimentation saine. Cependant, les contributions spécifiques de la consommation de fruits et légumes dans la prévention du diabète sont encore mal connues.

Notre hypothèse est que les imprécisions et les erreurs de mesure de la consommation de fruits/légumes par les auto-questionnaires alimentaires pourraient expliquer les résultats inconstants des études 3-5. Nous avons donc voulu analyser l’association entre la vitamine C plasmatique, un marqueur biologique objectif de la consommation de fruits/légumes, et le risque de survenue du diabète. Nous avons également étudié en parallèle, l’association entre le diabète et l'auto-évaluation des consommations de fruits et légumes.

L’étude EPIC-Norfolk

L’étude prospective européenne du cancer à Norfolk (The European Prospective Investigation of Cancer-Norfolk ; EPIC-Norfolk) est une étude de cohorte de population. Des hommes et femmes âgés de 40-75 ans, habitant Norfolk au Royaume-Uni, ont été identifiés dans les registres des médecins de famille. Sur les 77 754 invités à participer, 25 639 personnes ont été examinées par un médecin entre 1993 et 1997. Leur consommation alimentaire a été évaluée par un questionnaire de fréquence de prise alimentaire semiquantitatif. La vitamine C a été mesurée dans le plasma. Au final, 21 831 individus (9 815 hommes et 12 016 femmes) ont été inclus dans l’analyse. A la base, aucun participant n’avait de diabète connu. Durant les 12 ans de suivi, 735 nouveaux cas de diabète ont été relevés 6.

Une relation inverse entre vitamine C plasmatique et risque de diabète

Nous avons bien retrouvé une association inverse entre les concentrations plasmatiques de vitamine C et le risque de survenue de diabète. En revanche, l’association avec la consommation de fruits/légumes était plus modeste, sans comparaison avec l’effet « dose-réponse » de la vitamine C plasmatique (Figure) 6.

  • Le risque de diabète dans le quintile supérieur de la distribution de vitamine C plasmatique était réduit de 62% par rapport au quintile inférieur (Intervalle de confiance à 95% de - 48% à - 72%).
  • Les comparaisons similaires entre les consommations déclarées de fruits/légumes montrent une réduction modeste de seulement 22% du risque de diabète (IdC 95%, 0% à - 40%).

Ces analyses prennent en compte d’autres facteurs, comme l'hygiène de vie probablement plus saine des sujets qui mangent plus de fruits/légumes ou qui ont de plus forts taux de vitamine C [après ajustement pour l’âge, le sexe, les antécédents familiaux de diabète, les facteurs liés au mode de vie (alcool, tabac, activité physique), le statut socio-économique (éducation, classe sociale), l’obésité (IMC et tour de taille) et la prise de suppléments vitaminiques].

Les fruits et les légumes : principales sources de vitamine C

Lorsque la vitamine C plasmatique (un marqueur biologique reconnu) est utilisée pour estimer la consommation de fruits et légumes, les bénéfices d’une plus grande consommation de fruits/légumes dans la prévention du diabète deviennent évidents. Au contraire, cette association est plus modeste lorsqu’on utilise l’auto-évaluation de la consommation de fruits/légumes.

Néanmoins, puisque les fruits et les légumes sont les principales sources de vitamine C, ces données suggèrent que la consommation de fruits/légumes, même en petites quantités, est bénéfique et qu’en outre, la protection contre le diabète augmente progressivement avec la quantité de fruits et légumes consommés.

Nita G. Forouhi
Unité d’Epidémiologie du Conseil de Recherche Médicale (MRC), Institut des Sciences Métaboliques, Hôpital Addenbrooke, Cambridge, Royaume-Uni
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