N° 112 | septembre 2011

Insécurité alimentaire et problèmes de poids selon l’âge en Afrique

Jusqu’à présent, lorsqu’on évoquait les troubles nutritionnels en Afrique, la malnutrition venait en premier à l’esprit. Or, au cours de la dernière décennie, il est apparu que les excès alimentaires seraient déjà bien établis en Afrique, à tel point que la prévalence de l’obésité chez les adultes surpasserait même les retards de croissance chez les enfants de moins de 5 ans 1.

Obésité chez les femmes et retards de croissance chez les enfants

Les Enquêtes Démographiques et Sanitaires (Demographic and Health Surveys - DHS) réalisées en Afrique révèlent que la suralimentation des femmes co-existe avec la malnutrition des enfants dans de nombreux pays africains 1. Les données présentées dans Figure ci-dessous, suggèrent que l’obésité des femmes adultes rivalise avec les retards de croissance sévères des enfants.

L’insécurité alimentaire est associée à la malnutrition, définie par le manque d’accès à une alimentation équilibrée et variée 2. En Afrique, dans les foyers touchés par l’insécurité alimentaire les femmes proposent des aliments de moindre qualité à leurs enfants ou sautent des repas pour que leurs enfants puissent manger 3-5.

Une alimentation peu diverse et peu variée

Les familles en état d’insécurité alimentaire dépensent moins pour l’alimentation que les foyers normaux 1-3. L’Enquête Nationale sur la Consommation Alimentaire (The National Food Consumption Survey - NFCS) en Afrique du Sud a souligné que le nombre d’aliments répertoriés dans les familles Sud Africaines était influencé par le niveau de revenus 3. En moyenne on retrouvait moins de 8 aliments différents dans les familles les plus pauvres comparé à 16 dans les familles plus aisées. Une deuxième analyse du NFCS Sud Africain a indiqué que les mesures de diversité et de variété de l’alimentation des enfants (1-9 ans) de familles défavorisées étaient affligeantes. Plus du tiers des enfants rapportait une alimentation peu diverse et peu variée 6. En 2010, Labadarios et al. avaient signalé que la majorité des Sud Africains consommait une alimentation peu diversifiée 7. Les familles défavorisées et rurales étaient les plus touchées. Les produits animaux et les fruits et légumes, riches en vitamine A étaient les moins consommés.

Des aliments riches en énergie comme mécanisme de survie

L'association insécurité alimentaire et suralimentation peut sembler paradoxale si on se réfère à la définition donnée ci-dessus. Cependant, il existe de nombreuses preuves que l’insécurité alimentaire n’est pas seulement associée à la malnutrition des enfants mais également à la suralimentation des femmes 3-8. Bien entendu, il n’y a pas de lien direct entre l’insécurité alimentaire et l’obésité des femmes. Ceci pourrait être lié à l‘augmentation des revenus et nécessite des enquêtes approfondies. Cependant, dans les familles Africaines souffrant d’insécurité alimentaire, les femmes sélectionnent fréquemment des aliments riches en énergie comme mécanisme de survie durant les périodes de pénurie 8. Typiquement les aliments de forte densité énergétique contiennent de grandes quantités de graisses, sucres et/ou amidon, contrairement aux aliments à faible teneur énergétique et à forte densité nutritionnelle, riches en fibres alimentaires et en micronutriments, comme les fruits et les légumes 8,9. De plus, les aliments riches en énergie coûtent moins chers par unité d’énergie que les produits animaux, les fruits et les légumes 9. Ainsi, les femmes ayant peu de ressources peuvent acheter ces aliments riches en énergie moins chers pour se nourrir 3,9,10. Le NFCS a noté que dans les familles Sud Africaines touchées par l’insécurité alimentaire, les aliments les plus disponibles étaient le maïs (94%), le sucre (93%) et le pain (52%) ainsi que la margarine dure et les graisses de cuisson (59%)3. La présence de ces aliments fortement caloriques dans les familles indique que ce sont les plus consommés. De la même manière, les résultats des observations de Steyn et al. suggèrent que les femmes Kényanes pauvres consomment moins de fruits, de légumes et de protéines animales et plus d’aliments riches en énergie comme le maïs (68%), le sucre (88%), le pain (46%), les graisses et les huiles (73%) 10. Dans ces deux études, les femmes de foyers défavorisés avaient des IMC plus élevés 3-10.

Répertorier et évaluer le contenu des nombreuses politiques alimentaires Africaines

En Afrique, la malnutrition comme l’obésité sont des conséquences de l’insécurité alimentaire des familles défavorisées. Ces résultats posent un problème important lorsque l’on veut assurer une sécurité alimentaire globale. La FAO suggère donc qu’il faut augmenter de manière constante la disponibilité des aliments, l’accès économique aux aliments, l’utilisation des aliments, ainsi que la stabilité des aliments dans chaque famille ². Face aux nombreuses politiques alimentaires Africaines déjà existantes, il est nécessaire de les répertorier afin d’évaluer leur contenu, leurs recommandations et évaluer leur efficacité à promouvoir la diversité alimentaire et réduire l’insécurité alimentaire. Au vu des résultats présentés dans cette revue, il semblerait que ces politiques feraient surtout la promotion de certains aliments au détriment d’autres, ce qui pourrait expliquer que l’alimentation Africaine est basée sur les glucides et les graisses, avec des quantités de protéines (animales), de légumes et de fruits inférieures aux recommandations.

Zandile Mchiza
Santé des Populations, Systèmes de Santé et Innovation (Population Health, Health Systems and Innovation - PHHSI) Centre d’Etudes des Déterminants Sociaux et Environnementaux en Nutrition (Center for the Study of the Social and Environmental Determinants of Nutrition (SSEDN)
  1. Measure Demographic and Health Surveys (DHS) on line: STATcompiler. Building tables with DHS data. Accessed [15 July 2010] Available at http://www.cdc.gov/reproductivehealth/Surveys
  2. FAO. The state of Food Insecurity in the World: Monitoring progress towards the World Food Summit and Millennium Development. Food and Agriculture Organization of the United Nations 2004.
  3. Labadarios D (ed.). The National Food Consumption Survey (NFCS): Children aged 1–9 years, SA, 1999. Pretoria: Directorate: Nutrition, Department of Health, National Food Consumption Survey Consortium, Stellenbosch, South Africa 2000.
  4. Labadarios D et al. SA Journal of Clinical Nutrition 2008; 21(3) (Suppl. 2):247–300.
  5. South African Social Attitudes Survey (SASAS). Human Science Research Council 2008. Available at www.hsrc.ac.za
  6. Steyn NP et al. Public Health Nutrition. 2006; 58:912-13.
  7. Labadarios D et al. Nutrition Journal. 2011;10:33.
  8. Tarasuk V et al. Low-income women’s dietary intakes are sensitive to the depletion of houshold resources in one month. J Nutr. 2007; 137:1980-87.
  9. Temple NJ, Steyn NP. Food prices and energy density as barriers to healthy food pat terns in Cape Town, South Africa. Journal of Hunger and Environmental Nutrition 2009; 4:203-213
  10. Steyn NP et al. Dietary, social and environmental determinants of obesity in Kenyan women. Scandinavian Journal of Public Health. 2011; 39:88-97.
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