N° 58 | juillet 2006

Le projet DAFNE

ou les déterminants “sociodémographiques” des habitudes alimentaires dans 10 pays européens

Comprendre les choix alimentaires

Parce qu’un régime englobe les interactions entre des éléments nutritionnels et non nutritionnels, la recherche s’est orientée vers des approches basées sur l’alimentation dans sa globalité et centrées sur les habitudes alimentaires des sujets. Pour pouvoir formuler des recommandations diététiques, il est nécessaire de comprendre les choix de combinaisons alimentaires des consommateurs. Quelques descriptions des habitudes alimentaires des différents pays ont déjà été tentées1. Dans le cadre du projet DAFNE (Data Food Networking ou Réseau de Données Alimentaires)3, les habitudes alimentaires les plus répandues et leurs déterminants sociodémo-graphiques, ont été décrits à partir d’une banque de données provenant de 10 pays européens durant ces dernières années2.

La banque de données DAFNE : 10 pays européens Cette banque de données rassemble les informations régulièrement recueillies dans chaque pays à l’occasion d’enquêtes concernant les budgets de ménages représentatifs (HBS : Household Based Surveys).

Objectif de ces enquêtes : recueillir des rensei-gnements sur tous les biens (achats, apports provenant de la production du ménage, cadeaux) mis à la disposition des membres du ménage durant la période de référence. Le recueil de données est effectué de telle sorte qu’on puisse appréhender les variations saisonnières et les achats en gros. Des informations sur les caractéristiques sociodémo-graphiques des membres de la famille ont également été recueillies, afin de relier les habitudes alimentaires à des facteurs explicatifs4.

Les données HBS, issues de 10 pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, Finlande, France, Grèce, Italie, Norvège, Portugal, Royaume-Uni), ont ensuite été standardisées selon la méthodologie DAFNE5. La disponibilité individuelle des aliments a été estimée selon la taille du ménage, le sexe et l’âge des membres du ménage. Dans le but d’identifier des habitudes nutritionnelles spécifiques, la disponibilité moyenne des aliments dans chaque pays a été comparée à la moyenne globale, calculée à partir des données provenant de l’ensemble des 10 pays.

Des différences persistent entre le Nord et le Sud

L’écart entre les choix alimentaires, identifiés en Europe du Nord et en Europe du Sud, diminue progressivement. Cependant, quelques différences subsistent, en particulier au niveau de la teneur en féculents et en matières grasses. Avec une préférence pour l’huile d’olive, la Grèce, l’Italie et l’Espagne suivent toujours un “régime méditerranéen”, ce qui les distinguent des habitudes des pays du Nord, où l’on préfère la margarine et les graisses animales.

En terme de consommation de fruits et légumes, les importantes différences, identifiées dans les années 60, s’aplanissent : plusieurs pays d’Europe Centrale et du Nord enregistrent des données proches de celles des pays méditerranéens. En outre, la consommation de jus de fruits est spécifique des pays du Nord, en particulier l’Allemagne et la Finlande. Avec le temps, les habitants des pays méditerranéens ont augmenté leur consommation de viande et semblent, à présent, être les premiers en disponibilité de viande rouge.

En Europe Centrale et du Nord, la disponibilité journalière de boissons, alcoolisées et non alcoolisées, est supérieure à la moyenne générale, avec quelques particularités nationales : ainsi la disponibilité de vin à la maison est plus forte en France, alors qu’on préfère la bière en Allemagne et en Finlande, et les sodas, en Norvège et au Royaume-Uni.

Deux grandes typologies alimentaires

Deux tendances alimentaires (dietary pattern) majeures ont émergé lors de l’analyse :

  • la première (DP1) correspond à des ménages ayant des achats très variés d’aliments (englobant les fruits, les légumes, les céréales, la viande, le poisson et les produits laitiers).
  • la seconde (DP2) est caractérisée par l’absence d’aliments végétaux et l’achat de boissons et d’aliments déjà préparés. En résumé, les premiers (DP1) sont des acheteurs “d’aliments très variés” et les seconds (DP2), des acheteurs “de boissons et d’aliments préparés”.

    Parmi les populations méditerranéennes, DP1 est plus fréquente dans les ménages où le chef de famille est retraité, et moins fréquente chez les célibataires. Il existe une association positive entre la DP2 (reflétant un écart par rapport aux choix traditionnels d’alimentation), les études supérieures et les ménages avec enfants. A l’inverse on trouve une association négative avec les ménages comportant des retraités.

    Dans tous les pays d’Europe Centrale et du Nord, il existe une association positive entre DP1 et la retraite et une association négative avec le travail manuel. En Belgique et en France, l’association du modèle DP1 est négative avec les études supérieures. Le type DP2 est plus fréquent dans les zones urbaines et semi-urbaines et, en Scandinavie, fréquent chez les célibataires.

Des outils précieux pour les recommandations

Étant donné le rythme accéléré des changements dans les habitudes alimentaires, la surveillance nutritionnelle représente une facette importante de la santé publique. Ainsi, des bases de données, pouvant être comparées à travers toute l’Europe et mises à jour régulièrement, peuvent se révéler des outils précieux dans le suivi et l’instauration d’objectifs à différents niveaux.

Androniki Naska
Dept. of Hygiene and Epidemiology, School of Medicine, University of Athens, Greece
  1. Slimani N et al (2002). Public Health Nutrition 5, 1311-1328.
  2. Naska A et al (2006). European Journal of Clinical Nutrition 60(2), 181-190.
  3. The DAFNE databank freely accessible through DafneSoft available at http://www.nut.uoa.gr/dafnesoftweb/
  4. Trichopoulou A et al (2002). Proceedings Nutrition Society 61, 553-558.
  5. Trichopoulou A et al (2003). European Journal of Public Health. 13, Suppl 3, 24-28.

    Remerciements
    L’initiative DAFNE a été soutenue par les projets suivants de l’Union Européenne: La coopération scientifique et technologique avec les pays
    d’Europe centrale et orientale, le programme COST 99 – Données de Consommation et de Composition des Aliments, les programmes AIR
    (Agriculture et Industrie Agro-Alimentaire) et FAIR (Agriculture et Pêcheries) et le programme de surveillance sanitaire de la DG-SANCO
    (Direction générale « Défense du consommateur et protection de la santé du consommateur »).
    Des remerciements sont également adressés aux Bureaux Statistiques de tous les pays membres du réseau DAFNE pour l’envoi des données
    concernant leur enquête nationale de dépenses des ménages ainsi que la documentation et pour leur collaboration sans réserves.

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