N° 58 | juillet 2006

Les petits européens ne mangent pas assez de fruits et légumes !

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L’importance des fruits et légumes pour l’apport nutritionnel d’éléments essentiels comme les folates, la vitamine C, le bêta carotène et d’autres éléments non vitaminiques a été soulignée dans plusieurs rapports [1-5]. Un certain nombre de recommandations internationales [1, 3, 4] ainsi que des populations ciblées[2] ont fait l’objet de publications concernant les apports souhaitables en fruits et légumes. L’OMS recommande la consommation journalière d'au moins 400 grammes de fruits et légumes[3].

Qu’est ce que l’enquête Pro Children ?

La consommation de fruits et légumes par les enfants a déjà fait l’objet d’enquêtes nationales[6-8], d’enquêtes sur les budgets des ménages[9] ainsi que de l’étude du comportement des jeunes vis à vis de la santé (the Health Behaviour in School Children Study (HBSC))[10].

L’enquête Pro Children a été menée auprès de plus de 13 000 écoliers, de 11 ans issus de neuf pays (Autriche, Belgique, Danemark, Islande, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Espagne et Suède) entre octobre et décembre 2003. Le questionnaire nutritionnel comportait un rappel de consommation alimentaire des dernières 24H et un questionnaire de fréquence de consommation alimentaire (décrit en détail par Haraldsdottir et al[11]) Les résultats des rappels de 24 heures des légumes ont été regroupés en quatre sous-groupes : salades, crudités, légumes cuits et soupes de légumes.

Les filles font mieux que les garçons

La consommation de fruits, de légumes et la consommation totale de fruits et légumes étaient significativement plus élevées chez les filles que chez les garçons. La consommation de fruits la plus élevée était observée en Autriche, au Danemark et au Portugal ; la plus faible en Islande et en Espagne. La consommation de légumes la plus élevée était observée au Portugal, en Suède et en Belgique ; la plus faible, en Islande et en Espagne.

Quelques soient les pays, les écoliers consomment de faibles quantités de fruits et légumes, avec une moindre consommation de légumes. Les garçons en consomment moins que les filles. En Europe du Nord, une consommation plus élevée de crudités pourrait refléter des différences de préférences, mais pourrait également être attribuée à des facteurs culturels en rapport avec la préparation et la disponibilité des aliments.

Des limites à évaluer

Limite principale du rappel de 24 heures : l’enregistrement des consommations d’un seul jour de la semaine ne reflète pas la consommation habituelle. Autre limite : la saison durant laquelle les données ont été recueillies. Dans beaucoup de pays - à l’exception de l’Espagne - les mois d’octobre et de novembre sont la période où les fruits, les baies et les légumes, produits localement ou nationalement, sont disponibles en grandes quantités. Ce qui pourrait indiquer que la consommation de fruits et légumes pendant d’autres périodes de l’année serait encore plus faible…

D’une manière générale, les résultats de notre étude concordent avec ceux d’études antérieures sur la consommation de fruits et légumes dans les pays participants[7, 14-20] après avoir pris en compte les différences méthodologiques et l’année d’enquête.

17% seulement atteignent l’objectif de l’OMS !

L’apport journalier recommandé par l’OMS représente la valeur moyenne au sein de la population générale considérée comme compatible avec le maintien de la santé. Aucune directive claire n’a été identifiée sur l’interprétation de cet apport recommandé dans l’évaluation de la consommation. Dans tous les pays, consommation de jus exclue, la consommation moyenne de fruits et légumes était plus faible que l’apport recommandé par l’OMS. C’est en Autriche et au Portugal que les écoliers en consommaient le plus avec une consommation moyenne de 264 grammes par jour. Le pourcentage d’enfants atteignant l’apport recommandé par l’OMS de 400 grammes par jour de fruits et légumes variait entre 6,4% chez les écolières Islandaises et 24,3% chez les Autrichiennes, avec une moyenne globale de 17,3%.

Une consommation parfois inférieure à une fois par jour…

Le plus souvent, les apports journaliers recommandés par chaque pays étaient plus élevés que l’apport recommandé par l’OMS. Certains pays avaient les mêmes recommandations pour les adultes et les enfants. Parfois, les recommandations incluaient des directives pour interpréter les résultats de l’enquête; l’Espagne, le Danemark et le Portugal ont spécifié que les portions devaient être utilisées pour évaluer la consommation. Cependant, dans tous les pays, la consommation moyenne n’a pas atteint les recommandations nationales.

Dans tous les pays, la consommation moyenne de fruits et légumes, n’atteint ni les apports recommandés de l’OMS, ni les recommandations nationales. La consommation de légumes est plus faible que celle de fruits. Pour une forte proportion de sujets, la consommation est inférieure à une fois par jour aussi bien pour les fruits que pour les légumes.

Agneta Yngve
Unité de Nutrition Préventive, Département de Biosciences et Nutrition, Institut Karolinska, Suède.
  1. Global strategy on diet, physical activity and health, WHO, 2004, WHA57.17.
  2. Public Health Nutr 2001:265-273.
  3. World Health Organ Tech Rep Ser 2003;916:i-viii, 1-149
  4. Food, nutrition and the prevention of cancer. AICR, 1997.
  5. Klerk M et al. Fruits and Vegetables in chronic disease prevention. Wageningen Agricultural University, 1995.
  6. Perez-Rodrigo C et al. Eur J Clin Nutr 2003;57 Suppl 1:S45-48.
  7. Andersen LF et al. Tidsskr Nor Laegeforen 2004;124:1396-1398.
  8. Eriksen K et al. Public Health Nutr 2003;6:57-63.
  9. Vasdeki VG et al. Public Health Nutr 2001;4:1149-1151.
  10. Currie C (ed) Young People’s Health in Context: HBSC 2001/02, WHO, 2004.
  11. Haraldsdottir J et al. Ann Nutr Metab In press.
  12. Yngve A et al. Ann Nutr Metab In Press.
  13. Wind M. Ann Nutr Metab In Press.
  14. Serra-Majem L. Med Clin (Barc) 2003;121:126-131.
  15. Steingrimsdottir L et al. Hvad bordar islensk aeska? 1992-1993. Rannsoknir Manneldisrads Islands IV. 1994.
  16. Steingrimsdottir L et al. The Diet of Icelanders, Icelandic Nutrition Council, 2003.
  17. Fagt S et al. Danskernes kostvaner 2000/01. Copenhagen, Födevaredirektoratet, 2002.
  18. Becker W: Befolkningens kostvanor och näringsintag i Sverige 1989; Uppsala, Statens Livsmedelsverk, 1994.
  19. Riksmaten 1997-98. Kostvanor och näringsintag i Sverige. Metod- och resultatanalys.; Uppsala, Livsmedelsverket, 2002
  20. Andersen A et al (ed): Skoleboernsundersoegelsen 2002. Koebenhavn, Koebenhavns Universitet, Institut for Folkesundhedsvidenskab, 2003.
  21. Trichopoulou A et al. Eur J Public Health 2003;13:24-28.
  22. Food Balance Sheets, FAOSTAT, FAO, 2002.
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