N° 58 | juillet 2006

Régime méditerranéen et prévention cardio-vasculaire des données établies

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LES POINTS FORTS DU RÉGIME MÉDITERRANÉEN

C’est établi : une alimentation riche en fruits, légumes, féculents et céréales complètes, associés à du poisson, des noix et des produits laitiers peu gras a des effets cardio-protecteurs. Les points forts du régime méditerranéen ? Une abondance de végétaux (fruits, légumes, céréales à grains entiers, noix et féculents), de l’huile d’olive comme source principale de lipides, des quantités faibles à modérées de poisson et de volaille; une consommation relativement faible de viande rouge et une consommation modérée de vin rouge au cours du repas. Les habitudes alimentaires des bords de la Méditerranée ont beaucoup d’éléments en commun : la consommation de lipides peut être importante comme en Grèce (> 40% de l’apport énergétique total), ou modérée, comme en Italie (environ 30% de l’apport énergétique total). La variante italienne du régime méditerranéen est caractérisée par une consommation importante de pâtes, alors qu’en Espagne, la consommation de poisson est particulièrement importante.

LES EFFETS FAVORABLES DES ANTIOXYDANTS ALIMENTAIRES

Parmi les composants protecteurs du régime méditerranéen, les antioxydants, présents en abondance dans les légumes, les fruits, les boissons et l’huile d’olive vierge, pourraient contribuer à la prévention des maladies coronariennes, de plusieurs types de cancers et d’autres maladies. Ainsi, une carence alimentaire en antioxydants pourrait favoriser le développement d’une maladie coronarienne. Un repas unique de type Occidental, à forte teneur en matières grasses, modifie les fonctions endothéliales chez des sujets sains, alors que cela ne se retrouve pas quand les mêmes sujets consomment un repas isocalorique, riche en hydrates de carbone, comme de la pizza. Ainsi, un repas à haute teneur lipidique, associée à des végétaux naturellement riches en antioxydants, prévient largement les effets délétères sur la fonction endothéliale (1,5) : la dysfonction endothéliale aiguë provoquée par un repas à haute teneur en acides gras saturés est réduite par la consommation simultanée d’une portion de légumes associant du poivron rouge (100 g), des tomates (100 g) et des carottes (200 g).

COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES : PAS DE MIRACLE !

Les mécanismes oxydatifs sont importants dans le développement de l’athérosclérose. L’épidémiologie ayant démontré un bénéfice potentiel des aliments riches en antioxydants, des compléments anti-oxydants ont donc été proposés en prévention des maladies coronariennes. Mais une association épidémiologique n’indique pas forcément une relation de causalité et les effets protecteurs des fruits et légumes ne sont pas observés avec des doses pharmacologiques d’antioxydants. L’erreur de se focaliser sur un seul composant du régime pourrait expliquer, au moins en partie, les résultats décevants des essais d’intervention utilisant un complément vitaminique, considéré à tort comme un “remède miracle” qui préviendrait une myriade de maladies chroniques. Miller et ses collègues ont récemment rapporté les résultats d’une méta analyse d’essais cliniques utilisant des compléments de vitamine E. Conclusion : de fortes doses de ce complément augmentent le risque de décès. Cette méta analyse regroupait les données de 19 essais randomisés et relevait 12 504 décès. Si globalement, la vitamine E n’a eu aucun effet, ni positif, ni négatif, les données suggèrent une réduction du risque de décès dans les essais utilisant les plus faibles doses de vitamine E (inférieures 400 UI). En revanche, on constate une augmentation significative du risque de décès pour des doses supérieures à 400 UI.

RÉGIME MÉDITERRANÉEN CONTRE SYNDROME MÉTABOLIQUE

A l’inverse, les résultats d’études d’intervention destinés à évaluer si les régimes de type méditerranéen étaient supérieurs aux conseils nutritionnels classiques, en prévention des maladies coronariennes, ont tous été encourageants.

Esposito et ses collègues ont exploré les mécanismes potentiels d’une intervention nutritionnelle. 180 patients (99 hommes, 81 femmes) présentant un syndrome métabolique ont été randomisés, soit dans un groupe d’intervention avec régime de type Méditerranéen (n = 90), soit dans un groupe contrôle (n = 90) suivant un régime avec un apport de lipides inférieur à 30%. L’activité physique était augmentée de la même manière dans les deux groupes. Après deux ans d’étude, les marqueurs d’inflammation et d’insulinorésistance avaient plus diminué dans le groupe intervention que le groupe de contrôle et la fonction endothéliale s’était améliorée. Dans le groupe d’intervention, seuls 40 patients présentaient encore un syndrome métabolique contre 78 patients dans le groupe contrôle. Ces résultats suggèrent un mécanisme plausible pour les effets bénéfiques du régime méditerranéen.

UNE PERSPECTIVE DE SANTÉ PUBLIQUE

D’un point de vue de santé publique, augmenter la consommation des aliments recommandés représente une mesure pratique pour améliorer la santé. Dans un communiqué récent (2004), l’Association Américaine du Coeur (American Heart Association) déclarait que, pour la population générale, la recommandation la plus prudente et la mieux validée scientifiquement, était de consommer une alimentation équilibrée privilégiant les fruits et légumes riches en antioxydants ainsi que les céréales complètes. Autre conclusion importante : si l’alimentation contient un apport suffisant d’antioxydants, il n’y a pas besoin de complément.

Giugliano Dario
Division des Maladies Métaboliques, Département de Gériatrie et Maladies Métaboliques, Centre de Recherche Cardiovasculaire, Université de Naples SUN, Naples, Italie
Katherine Esposito
Division des Maladies Métaboliques, Département de Gériatrie et Maladies Métaboliques, Centre de Recherche Cardiovasculaire, Université de Naples SUN, Naples, Italie
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