N° 168 | octobre 2016

Les produits de protection des plantes : une longue histoire de l’agriculture française

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Au sein des innovations techniques que sont les engrais, la mécanisation ou encore la sélection variétale, se trouvent les produits phytosanitaires. Leur utilisation traduit la volonté de limiter les ennemis des cultures (insectes, mauvaises herbes, cryptogames…) et résulte de multiples impératifs. Le besoin alimentaire d’augmenter les rendements constitue l’aspect le plus visible. Mais, de nombreux éléments engendrent une multiplication des populations de déprédateurs présentes (certaines pratiques culturales, l’agrandissement des parcelles) et du nombre d’espèces. Dans ce dernier cas, le développement des échanges commerciaux depuis la fi n du XVIIe siècle en est la principale cause. Pour les insectes, au moins une quarantaine d’espèces, considérées comme nuisibles, s’acclimatent en France de 1800 à 1975. Par la suite, le rythme des introductions s’accélère. À ces éléments quantitatifs, s’ajoutent des facteurs qualitatifs. Certains résultent d’une obligation sanitaire : éviter les cryptogames et adventices toxiques ; d’autres ressortent des exigences commerciales : dès la fi n du XIXe siècle l’état visuel de certains fruits est pris en compte.

Une histoire récente ?

Certains produits sont utilisés (soufre, cuivre….) depuis l’Antiquité et, au cours du temps, s’en ajoutent d’autres (nicotine). Mais, la généralisation progressive des traitements débute au milieu du XIXe siècle. Elle suit l’apparition de nouvelles problématiques : maladies de la vigne (Oïdium, Mildiou) en France et Doryphore aux Etats-Unis. Les traitements de la vigne sont assez vite maîtrisés et la lutte contre le doryphore popularise les épandages rationnels aux arsenicaux. Ces derniers sont étendus à d’autres cultures et suscitent l’intérêt des Européens. En France, malgré l’interdiction des arsenicaux, la méthode est adoptée avant la Première guerre. Des essais ou des épandages sont effectués sur vigne, fruitiers, oliviers ou betteraves. Ces méthodes américaines connaissent une application importante dans l’Entre-deux-guerres, en particulier pour les fruitiers et les pommes-de-terre. Dans le même temps, l’éthologie des principaux nuisibles et les prévisions par avertissements agricoles se précisent ; des efforts sont faits pour rendre pérennes les organismes de luttes collectives.

Sous l’Occupation, la situation impose la réorganisation des services de l’Etat, de la lutte collective, la mise en place du contrôle des produits…La plupart de ces décisions étaient en gestation ou existaient partiellement. Mais, ainsi, à la Libération, les éléments nécessaires à l’intensification des traitements phytosanitaires existent. Après 1945, l’apparition des organochlorés (DDT…), alliée à une rationalisation des traitements, laisse entrevoir aux pouvoirs publics et aux praticiens une élimination possible des déprédateurs. Illusion ! Les effets secondaires sont rapides : résistance, multiplication de certains ravageurs, occupation de niches écologiques vacantes, destruction d’auxiliaires et de pollinisateurs…Parfois, l’abandon de cultures s’impose (colza dans le Lauraguais en 1966)….

Vers la lutte intégrée depuis 1958

Si la publication de Silent Spring en 1962 vulgarise les problèmes liés aux pesticides, l’industrie et les scientifiques tentaient déjà d’apporter des réponses après les premières alertes. La chimie crée des produits, mais la mise au point devient problématique dès les années 1970 et le génie génétique apparaît déjà comme une alternative. En France, la recherche agricole institutionnelle, quant à elle, travaille sur la limitation des traitements. Les premières expériences de lutte intégrée, associant diminution des épandages, usage de produits spécifiques et sauvegarde des auxiliaires sont menées dès 1958 dans des vergers de la vallée du Rhône. D’autres suivent en associant les praticiens. A cette époque, les aspects environnementaux apparaissent dans les préoccupations des pouvoirs publics. La législation éco-toxicologique entraîne de nouvelles difficultés industrielles mais ne cause à la fi n du XXe siècle qu’une faible baisse du nombre de produits commerciaux, passés globalement de 200 en 1937 à 3400 en 2000. Actuellement, en France, auxiliaires et pesticides correspondent à des possibilités techniques de résolution des problèmes phytosanitaires. Elles peuvent être associées, complétées éventuellement par des moyens éthologiques (confusion sexuelle par exemple).

Solution de lutte biologique par confusion sexuelle contre un ravageur nuisible des vergers : la tordeuse orientale du pêcher et de l’abricotier, tout en réduisant l’emploi d’insecticides conventionnels et favorise ainsi la lutte intégrée.

Rémi Fourche
Laboratoire d’études rurales, Université Lumière Lyon 2, FRANCE
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