N° 168 | octobre 2016

« Tu manges ça, mais… pourquoi ? » La motivation au cœur de la question

Notre « système personnel alimentaire » est soumis à des motivations à la fois stables (préférences, culture, normes sociales, attitudes....) et momentanées, comme la disponibilité, l’humeur, la faim, la praticité ou le coût. La connaissance des motivations associées à chaque groupe d’aliments peut être utile au développement de nouveaux produits (marketing oblige), mais peut aussi aider les professionnels à donner des conseils alimentaires pour améliorer la santé et éviter les maladies chroniques, en particulier le surpoids, l’obésité ou la malnutrition. L’OMS a souligné qu’il y avait eu globalement une hausse de consommation de produits à forte densité énergétique et une progression de l’inactivité physique.

Comprendre les facteurs qui déterminent les choix alimentaires individuels

De nombreuses campagnes d’éducation nutritionnelles sont menées depuis des années, tant chez l’enfant que l’adulte, sans réellement démontrer d’effet significatif sur la consommation de fruits et légumes. Tenant compte de la difficulté à modifier les comportements humains avec de telles campagnes, il est essentiel de comprendre les facteurs qui jouent un rôle sur les choix alimentaires individuels. De nombreuses approches ont été développées en ce sens, mais les études s’intéressent plus à ce qui est consommé sans vraiment s’interroger sur les raisons de ces choix. On a également mené des enquêtes de motivation, à l’aide de nombreux questionnaires - dont The Eating Motivation Survey (TEMS) est un des plus récents - mais, le plus souvent, d’une manière globale, sans prendre en compte les considérations individuelles pour tel aliment ou groupe d’aliment.

Les auteurs de cette étude ont donc choisi d’analyser les motivations des choix quotidiens de divers groupes d’aliments, en utilisant une approche ascendante, ciblant les choix spécifiques d’aliments et de boissons que les personnes consomment au cours de la journée. Ils ont ensuite organisé ces produits en groupes alimentaires et étudié les grandes tendances de motivation pour chacun d’eux.

17 facteurs de motivations répertoriés

198 participants (162 femmes, 36 hommes, entre 18 et 74 ans) on été recrutés par internet sur volontariat et contre rémunération, pour suivre l’enquête. Ils ont rempli un questionnaire en ligne portant sur des critères démographiques et on leur a demandé de détailler la composition de leur dernière prise alimentaire (petit déjeuner, collation de matinée, déjeuner, collation d’après-midi, dîner, grignotage après le dîner...). Puis, pour chaque aliment et boisson spécifique mentionné, les sujets ont utilisé une version abrégée du TEMS adaptée à l’enquête pour indiquer les raisons du choix de chaque item alimentaire. 17 motivations ont ainsi été construites détaillant 50 sous échelles de motivation.

Les participants ont donné leurs motivations pour un choix d’aliment spécifique. Ces choix spécifiques ont été ensuite classés en divers groupes alimentaires (oeufs, laitages, fruits, jus de fruits, céréales pour petit déjeuner etc...) par les auteurs et les motivations pour de plus larges catégories d’aliments et de consommateurs ont été généralisées.

14 groupes d’aliments ont été ainsi définis. Et pour chaque groupe on a attribué des motivations parmi les 17 répertoriées. Cette approche - un peu complexe - leur a permis d’étudier la question à 2 niveaux : le choix individuel et le choix de groupes. Toutes ces données ont été statistiquement analysées.

477 aliments et boissons rapportés par 198 participants

Au total, 477 aliments et boissons ont été rapportés. 70 items pour les produits de boulangerie, 92 pour les boissons, 14 pour le céréales du petit déjeuner, 15 pour les céréales et les pâtes, 50 pour les œufs et laitages, 19 pour les aliments de fast-food, 60 pour les fruits et jus de fruits, 13 pour les noix et légumineuses, 12 pour la volaille, 11 pour le saucisses, 41 pour les snacks, 12 pour les sucreries, 42 pour les légumes et 26 items pour des combinaisons alimentaires diverses.

Les 14 groupes d’aliments ont été classés en trois groupes en raison de leur similarité de modèles de motivations:

  • Groupe 1 : fast-foods, saucisses et viande, produits de boulangerie, céréales et pâtes, snacks. Dans ce groupe les consommateurs ne se soucient ni de leur poids, ni de leur santé, ni de la naturalité des aliments. Le coté social, l’attirance visuelle et les affects ? Pas d’avantage. Ces aliments sont principalement choisis parce que les gens les aiment ou qu’ils ont besoin d’énergie. La variété ne les concerne pas.
  • Groupe 2 : il comprend 8 groupes d’aliments. Les céréales de petit déjeuner, les noix, les graines et les légumineuses, les fruits et jus de fruits, les légumes, la volaille, les boissons, les soupes et les accompagnements. Les choix de ces consommateurs sont motivés par le contrôle du poids, la santé, la naturalité, tout en étant motivés par le plaisir, la faim et l’appétit, et le coté pratique.
  • Groupe 3 : les sucreries et douceurs sont principalement consommées pour le plaisir, la limitation des choix et le goût.

Quant aux boissons, l’eau et le thé, majoritaires, étaient associés à la faim, aux habitudes, à la santé, au coté naturel, à la praticité, au contrôle du poids et au plaisir. Le café était plutôt une habitude. Les sodas choisis pour le plaisir et les sodas light pour le prix moins élevé.

Fruits et légumes sont les principaux symboles d’une alimentation saine

Cette étude confirme que les gens mangent avant tout ce qu’ils aiment, puisque le goût fait partie des motivations dominantes dans tous les groupes. Elle confirme également que les fruits et les légumes sont les principaux symboles d’une alimentation saine au sein de laquelle ils sont largement plébiscités. Les aliments pauvres en graisses, en sel, en sucre et en calories sont aussi perçus comme sains. L’étude montre également près de 50% des aliments consommés par cette population sont pauvres en calories, incluant les fruits, les légumes, les laitages, la volaille, l’eau et le thé.

Espérons que ces nouvelles données aideront les éducateurs de santé à mieux comprendre les motivations des choix alimentaires et à promouvoir une meilleure alimentation.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
U.T.X Phan, E. Chambers 4th. Motivations for choosing various food groups based on individual foods. Appetite 2016 Oct 1;105:204-11.
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