N° 97 | avril 2010

Plus de 6 millions d’obèses en France

Obépi-Roche est une enquête épidémiologique nationale portant sur le surpoids et l’obésité chez les adultes français qui en est à sa 5ème édition (tous les 3 ans depuis 1997) et dont les principaux objectifs visent à :

  1. apprécier la prévalence du surpoids (25<IMC<30 kg/m²) et de l’obésité (IMC>30 kg/m²) ainsi que leurs évolutions depuis 1997
  2. évaluer la prévalence des facteurs de risques métaboliques et cardiovasculaires
  3. sensibiliser les pouvoirs publics au problème de santé publique que représentent le surpoids et l’obésité

Avec une méthodologie identique depuis 1997, Obépi a permis la collecte de données anthropométriques sur un échantillon de foyers représentatifs de la population française, vivant en ménage ordinaire, hors institution.

20 000 foyers enquêtés

L’enquête 2009 a été réalisée du 29 janvier au 12 mars 2009. Elle a porté sur 20000 foyers regroupant 27243 individus (15 ans et +) dont 25386 adultes (18 ans et +, femmes enceintes exclues).

Dans cette population, par rapport à la référence nationale :

  • la répartition hommes/femmes était conforme, ainsi que la taille du foyer et la répartition régionale
  • les plus de 55 ans (et donc les retraités) étaient surreprésentés, alors que les 18-24 ans étaient sous-représentés
  • l’agglomération parisienne était légèrement sous-représentée - le niveau d’étude primaire était sous-représenté.

Prévalence de l’obésité :

une augmentation plus marquée chez les femmes

En 2009

  • la prévalence de l’obésité est de 14,5% et le surpoids touche 31,9% des Français.
  • On note que si la prévalence du surpoids est plus élevée chez les hommes (38,5%) que chez les femmes (26%), en revanche celle de l’obésité est plus élevée chez les femmes (15,1%) que chez les hommes (13,9%).
  • L’IMC moyen est de 25,3 kg/m², soit une augmentation moyenne de 1 kg/m² en 12 ans.
  • Le tour de taille est de 89,9 cm, soit une augmentation moyenne de 4,7 cm en 12 ans.

Si la progression de l’obésité depuis 1997 touche aussi bien les hommes que les femmes, elle tend à augmenter plus rapidement chez les femmes. Elle augmente également avec l’âge mais touche particulièrement les 25-34 ans (+19,5% entre 2006 et 2009). Elle progresse dans toutes les catégories socioprofessionnelles, quel que soit le niveau d’instruction et de revenus mais à des vitesses inégales(depuis 2003, la tendance la hausse semble s’inverser pour les niveaux de revenus supérieurs).

Enfin, elle augmente dans toutes les agglomérations mais la prévalence est plus importante dans les agglomérations les plus petites.

En extrapolant à l’ensemble de la population française, on estime à :

  • 2 922 000 le nombre de nouvelles personnes obèses en 12 ans
  • 6 488 131 la population totale d’adultes obèses en 2009

Facteurs de risque cardio-vasculaires et obésité

Entre 2006 et 2009, la prévalence de l’hypertension artérielle est passée de 16,9% à 18,4% et cela touche aussi bien les hommes que les femmes. Par rapport aux personnes ayant un IMC < 25 kg/m², en cas de surpoids, le risque d’être traité est multiplié par 2,5 et par 4 en cas d’obésité.

Les dyslipidémies traitées (hypercholestérolémie ou hypertriglycéridémie) sont plus fréquentes chez les hommes (16,4%) que chez les femmes (14,3%). La prévalence est multipliée par 2 en cas de surpoids et quasiment par 3 en cas d’obésité.

Le diabète touche 5,4% de la population adulte, et dans 4,8% des cas il s’agit de diabète de type II ; les hommes sont plus fréquemment touchés (6%) que les femmes (4,6%).

Parmi les autres facteurs de risque, le tabagisme concerne toujours autant de personnes : 18,6% en 2009 contre 19,1% en 2006. En dehors du tabagisme, la probabilité d’avoir 3 facteurs de risques cardio-vasculaires est 5 et 12 fois plus importante respectivement chez les personnes en surpoids et obèses, par rapport celles de corpulence normale.

Les efforts pour lutter contre l’obésité doivent se poursuivre

En France, l’augmentation de la prévalence de l’obésité se poursuit à un taux moyen de 0,5% par an, ce qui est dans la fourchette d’accroissement observé dans les pays voisins (0,2% aux Pays-Bas à 0,9% au Royaume-Uni). En toute logique, cette situation s’accompagne d’une diminution du nombre de personnes « maigres » (IMC < 18,5 kg/m²) ou avec IMC « normal » (18,5-24,9] kg/m²).

Les données concernant les facteurs de risques cardiovasculaires soulignent la pertinence des préoccupations de santé publique et médico-économiques de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Les résultats de l’étude Obépi ne doivent pas remettre en cause les politiques nutritionnelles de santé publique pour lutter contre l’obésité. En effet, les personnes qui arrivent aux âges adultes aujourd’hui sont celles qui ont vécu depuis leur enfance dans une situation d’abondance, de disponibilité alimentaire et de sédentarité croissante. Ce n’est que sur le long terme que nous pourrons constater l’effet des ces politiques pour freiner cette épidémie

Marie-Aline Charles
Docteur - INSERM U 1018- CESP "Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations" Villejuif - France
Retour Voir l'article suivant