N° 103 | novembre 2010

Quand l’Australie s’intéresse au poids de l’environnement alimentaire local sur la consommation de fruits et légumes

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Alors que de nombreuses études portent sur l’influence des facteurs personnels (connaissances, attitudes, croyances et préférences) et sociaux (soutien de la famille et des pairs) sur la consommation des Fruits et Légumes (F&L), peu se sont intéressées à l’influence des facteurs locaux (accès, disponibilité, prix) qui peuvent influencer la consommation de F&L.

C’est un paradoxe alors que l’on considère aujourd’hui l’environnement comme un probable déterminant des comportements alimentaires.

Nous avons mené plusieurs études de populations à Victoria (Australie) qui ont examiné l’association entre les facteurs environnementaux et la consommation de F&L chez les femmes et les enfants. Cet article présente les résultats de trois études : HEAPS (“Health, Eating and Play Study” ; 800 enfants), SESAW (“Socioeconomic and neighbourhood inequalities in women’s physical activity, diet and obesity” ; 1500 femmes, venant de quartiers ayant un large spectre socioéconomique) et READI (“Resilience for Eating and Activity Despite Inequality” ; 4300 femmes issues de quartiers défavorisés). Dans chaque étude, les données sociodémographiques, comportementales et autres données individuelles et sociales ont été recueillies. Nous avons utilisé des systèmes d’informations géographiques pour évaluer de manière objective l’environnement alimentaire du quartier de chaque participant. Dans l’étude SESAW nous avons également recueilli des informations sur la disponibilité et les prix des F&L en magasin.

Les résultats chez les enfants

Chez les enfants, l’analyse des données de HEAPS a montré que plus le nombre de points de restauration rapides et d'épiceries de quartier augmentait, plus la probabilité de consommer des fruits deux à trois fois par jour diminuait. Il y avait également une relation inverse entre la densité des épiceries et la probabilité de consommer des légumes deux à trois fois par jour. Plus les enfants vivaient loin d’un supermarché ou d’un « fast food », plus la probabilité de consommer des légumes trois fois ou plus par jour augmentait.

Dans READI, nous avons étudié, au moyen de 6 variables, si un accès limité aux hypermarchés, supermarchés et magasins de primeurs de proximité était associé à des consommations plus faibles de F&L. Résultat : seul l'éloignement d'un magasin de primeurs a été associé à une moindre consommation de fruits.

L’environnement n’explique pas entièrement les différences de consommation

Dans l’étude SESAW, nous avons examiné le rôle des facteurs individuels, sociaux et locaux comme médiateurs de la relation entre le statut socio-économique (SSE) et la consommation de F&L. Nous avons observé que certaines variables individuelles et sociales pourraient expliquer partiellement les différences de consommation entre SSE. En revanche, la densité des magasins n'influence pas la relation entre SSE et consommation de F&L.

L’étude SESAW a également testé l’hypothèse que les différences de consommation observées entre quartiers de statuts socioéconomiques différents pourraient être expliquées par la disponibilité des F&L ou les heures d’ouverture des magasins. Si la consommation de fruits ne variait pas, celle des légumes était la plus faible chez les femmes vivant dans des quartiers défavorisés. Cependant, la disponibilité et le prix des légumes et les heures d’ouverture n'expliquaient pas entièrement les différences de consommation de légumes entre les quartiers.

Prendre en compte un éventail plus large de facteurs contextuels

Nos données, et celles d’autres équipes, montrent que nos croyances sur les relations avec l’environnement local ne sont pas validées par les données objectives. Ces résultats soulignent que tenter d’élucider le rôle de l’environnement alimentaire local dans la consommation de F&L est une tache complexe. Par ailleurs, les résultats provenant d’un pays ne s'appliqueraient pas forcement à un autre, à cause des facteurs contextuels : culture, environnement, conceptions alimentaires et modes de consommations sont à chaque fois différents. Nous devons garder cela à l'esprit lorsque nous examinons les données d’un autre pays et les appliquons au nôtre.

Les futures recherches, les politiques de santé publique et les programmes visant à comprendre et à influencer l’environnement alimentaire, doivent prendre en compte un éventail plus large de facteurs contextuels qui modulent les choix alimentaires si l’on veut mieux comprendre la manière dont les individus interagissent avec leur environnement local. Nous devons établir une base scientifique solide pour comprendre ce qui est important ou pas dans l’environnement. En effet, si nous avons à notre disposition une somme limitée pour modifier l’environnement, nous devons l’investir intelligemment !

Lukar Thornton
Centre de Recherche sur l’Exercice Physique et la Nutrition, Ecole des Sciences de l’Activité Physique et de la Nutrition, Australie.
Kylie Ball
Institut pour l’Activité Physique et la Nutrition, Ecole des Sciences de l’Exercice et de la Nutrition, Université de Deakin, AUSTRALIE
Anna Timperio
Centre de Recherche Nutrition et Activité physique, Université de Deakin, Australie
David Crawford
Centre de Recherche sur l’Activité Physique et la Nutrition Université Deakin - Australie
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