N° 98 | mai 2010

Régime méditerranéen durant la grossesse = moins de Spina bifida chez l’enfant

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On a longtemps cru que le placenta maternel protégeait l’embryon en développement des dangers de l’environnement. Or, on sait maintenant que des virus, des drogues, l'alcool, le tabac et des carences nutritionnelles peuvent atteindre le foetus. Conséquences possibles : des pathologies survenant au cours de la grossesse et des problèmes de santé après la naissance 1. La nutrition est un facteur particulièrement important qui peut jouer un rôle fondamental en santé publique 2.

Analyse des tendances alimentaires maternelles et risque de spina bifida

Par le passé, la majorité des études épidémiologiques, portant sur les risques du défaut de fermeture et autres malformations du tube neural, se sont focalisées sur un nutriment isolé, à savoir l’acide folique (vitamine B9) 3. Récemment, une nouvelle méthode a été développée pour évaluer le comportement alimentaire global : l’analyse des comportements alimentaires 4.

Nous avons donc testé l’hypothèse que l’alimentation maternelle au moment de la conception était liée au risque de spina bifida chez l’enfant 5. Aux Pays-Bas, dans une étude cas-témoin, le comportement alimentaire de 50 mères d’enfants nés avec un Spina bifida a été comparé à celui de 81 mères témoins (1999–2001). L'alimentation maternelle a été recueillie grâce à un questionnaire de fréquence alimentaire à un moment précis : 14 mois après la naissance de l’enfant concerné. On a utilisé une méthode d’analyse en composantes principales et un modèle de régression pour identifier les habitudes alimentaires les plus fréquentes au sein de la population étudiée 4,6. Les habitudes alimentaires ont été validées par les bio-marqueurs plasmatiques maternels provenant de la voie métabolique de l’homocystéine : folates, vitamine B12 et homocystéine.

Régime méditerranéen : une réduction de 70% du risque de Spina bifida

C’est le régime méditerranéen qui était le plus fréquemment adopté par les participantes, caractérisé par une forte consommation de fruits, légumes, huiles végétales, poisson, légumineuses, céréales, une consommation modérée d’alcool et une faible consommation de pommes de terre et de sucreries. Ces aliments sont traditionnellement consommés dans les pays du pourtour de la Méditerranée 7. Dans notre étude, ce régime était associé à des teneurs plus élevées en folates et vitamine B12 et plus faibles en homocystéine. La consommation d’alcool comportait surtout du vin et se limitait à 1 à 2 verres par semaine en moyenne. Résultat important : le risque de donner naissance à un enfant présentant un Spina bifida était diminué de 70% chez les femmes qui avaient adopté un régime méditerranéen.

Un rôle majeur sur des mécanismes épigénétiques

Les liens entre un tel régime, les bio-marqueurs de la voie métabolique de l’homocystéine et le risque de Spina bifida confortent nos résultats antérieurs, ainsi que ceux d’autres équipes 3. Dans les pays du Sud de l’Europe, le régime méditerranéen est beaucoup plus répandu que dans les pays du Nord. Dans notre population, les concentrations sanguines d’homocystéine sont légèrement diminuées; celles de folates, plus élevées. Or la voie métabolique de l’homocystéine joue un rôle important durant les périodes de multiplication cellulaire rapide comme l’embryogenèse. Des données récentes, provenant d’études animales et épidémiologiques, montrent que des stimuli nutritionnels peuvent moduler l’expression des gènes par méthylation de l’ADN8. Ce mécanisme nécessite la présence de groupements méthyles issus de l’alimentation (par exemple : folates, choline et méthionine de la voie métabolique de l’homocystéine) pour activer ou inactiver les gènes durant l’embryogenèse et le développement foetal 9. Ainsi, le régime méditerranéen semble représenter une bonne source naturelle de groupements méthyles et influencerait ainsi des mécanismes épigénétiques sous jacents. Mieux comprendre ces mécanismes, par lesquels le régime méditerranéen modifierait les processus biologiques, offrirait de nouvelles perspectives pour la prévention primaire des anomalies congénitales pendant la grossesse, en particulier le Spina bifida.

Marijana Vujkovic
Départements d’Obstétrique et de Gynécologie - Centre Médical Universitaire Erasmus - Rotterdam, Pays Bas
Régine P Steegers-Theunissen
Départements d’Obstétrique et de Gynécologie - Centre Médical Universitaire Erasmus - Rotterdam, Pays Bas
  1. Barker DJ & Clark PM. Rev Reprod 1997;2:105-12.
  2. Cetin I et al. Hum Reprod Update;16:80-95.
  3. Lumley J et al. Cochrane database of systematic reviews 2001:CD001056.
  4. Hu FB. Curr Opin Lipidol 2002;13:3-9.
  5. Vujkovic M et al. BJOG 2009;116:408-15.
  6. Schulze MB et al. Br J Nutr 2003;89:409-19.
  7. Trichopoulou A et al. BMJ 2009;338:b2337.
  8. Gluckman PD et al. The New England journal of medicine 2008;359:61-73.
  9. Steegers-Theunissen RP et al. PloS one 2009;4:e7845.
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