N° 98 | mai 2010

Une consommation élevée de fruits et légumes pendant la grossesse réduit le risque de pré-éclampsie

La pré-éclampsie est une cause majeure de morbi-mortalité maternelle et foetale dont l’origine demeure inconnue. Il a cependant été suggéré que plusieurs composants alimentaires pourraient modifier le risque de pré-éclampsie. Notre étude porte sur le lien entre l'alimentation et un tel risque dans une large population de femmes n’ayant jamais eu d’enfants auparavant.

Tout savoir sur l’alimentation des femmes enceintes norvégiennes

Cette étude a été menée chez des femmes enceintes, participant à l’étude de Cohorte Mère-Enfant Norvégienne (Norwegian Mother and Child Cohort Study : MoBa).

Les participantes ont répondu à divers questionnaires :

  • à 15 semaines de grossesse : un questionnaire sur leur santé en général ;
  • entre 17 et 22 semaines : questionnaire de consommation alimentaire.

L’issue de la grossesse a été extraite du Registre Médical Norvégien des Naissances. L’analyse factorielle exploratoire a été utilisée pour identifier les habitudes alimentaires à partir des données nutritionnelles.

Quatre habitudes ont ainsi été identifiées (un score pour chaque habitude étant attribué à chaque participante) :

  • La première, nommée « végétale », était caractérisée par une forte consommation de légumes, crus ou cuits, de l’huile de cuisine, d’huile d’olive, de fruits et de baies, de riz, de volaille et d’eau de source. Les scores pour cette habitude alimentaire augmentaient avec l’âge maternel, la durée de l’éducation et la taille. Ils diminuaient avec l’IMC; ils étaient plus élevés chez les non-fumeurs que chez les fumeurs.
  • La seconde appelée « transformée » était caractérisée par une forte consommation de viandes préparées, de pain blanc, de frites, de mets salés et de boissons sucrées. Les scores pour cette habitude alimentaire diminuaient avec l’âge, la durée de l’éducation et la taille, mais augmentaient avec l’IMC et le tabagisme.
  • Les deux autres scores n’étaient associés ni aux caractéristiques maternelles ni à la pré-éclampsie.

Une habitude alimentaire « végétale » réduit de 30% le risque de pré-éclampsie

Parmi les 23 423 femmes primipares, 1267 (5,4%) ont développé une pré-éclampsie.

Les scores « végétaux » étaient plus bas et ceux des « aliments transformés » plus élevés chez les femmes pré-éclamptiques par rapport à celles sans pré-éclampsie (p<0,001).

Après ajustement pour les facteurs confondants, les résultats ont montré que :

  • les femmes ayant des scores « végétaux » élevés avaient un risque significativement moindre de pré-éclampsie : OR tertile 3 vs tertile 1 = 0,72; Indice de Confiance à 95% IdC: [0,62-0,85].
  • Les femmes ayant des scores les plus élevés « d'aliments transformés » avaient un risque élevé [OR T3 vs T1: 1,21; IdC à 95%: 1,03-1,42].

Différentes combinaisons de scores pour les habitudes ont également été analysées selon les tertiles :

  • Les scores « végétaux » élevés montraient le plus d'effet dans le tertile inférieur du score « aliments transformés » (réduction de risque de 35-40%),
  • tandis qu'un score élevé pour les « aliments transformés » n’avait aucune influence sur le risque quelque soit le tertile « végétaux ».

Un impact potentiel important au niveau de la Santé Publique

Plusieurs mécanismes expliqueraient l’effet biologique des facteurs alimentaires sur la prééclampsie.

Les facteurs de risque de pré-éclampsie engloberaient : l’obésité, la dyslipidémie, l’insulinorésistance et d’autres facteurs de risque d’athérosclérose.

Les aliments végétaux et les plantes sont riches en micronutriments comme les phytonutriments, les antioxydants, les vitamines, les minéraux et les fibres alimentaires tandis que beaucoup d'aliments transformés contiennent du sucre, du sel et des matières grasses saturées.

Chez les femmes qui ne sont pas enceintes, une alimentation riche en Fruits et Légumes (F&L) et pauvre en viandes transformées et en aliments sucrés et gras réduit le taux des marqueurs du syndrome métabolique, de l’inflammation et des maladies cardiovasculaires.

Nos résultats suggèrent que respecter les recommandations nutritionnelles de consommer des F&L en grande quantité peut être également bénéfique pour prévenir la pré-éclampsie. La grossesse est une période où la majorité des femmes est particulièrement réceptive aux recommandations nutritionnelles car une alimentation plus saine pourrait également procurer des bénéfices pour leurs enfants. Modifier l’alimentation est peu coûteux et peu risqué par rapport aux interventions médicales. Une augmentation, même minime, de la consommation de légumes et d’aliments d’origine végétale pourrait avoir un grand impact au niveau de la santé publique.

Anne Lise Brantsæter
Division de Médecine Environnementale, Institut de Santé Publique, Oslo, Norvège
  • Brantsæter AL Haugen M, Samuelsen SO, Torjusen H, Trogstad L, Alexander J, Magnus P, Meltzer HM. A dietary pattern characterized by high intake of vegetables, fruits, and vegetable oils is associated with reduced risk of preeclampsia in nulliparous pregnant Norwegian women. J Nutr. 2009 Jun;139:1162-8.
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