Royaume-Uni : l’accessibilité financière, frein clé à l’adoption des recommandations nutritionnelles

Une revue récente a analysé l’accessibilité financière des recommandations nationales de consommation alimentaires au Royaume-Uni : le Eatwell Guide. Ce travail confirme des observations faites dans d’autres pays : suivre les recommandations nutritionnelles coute plus cher que le régime alimentaire réel de la population britannique et peut se révéler difficile, en particulier pour les plus modestes. Cet article appelle ainsi à tenir compte de la dimension économique dans les futures recommandations nutritionnelles.
Les recommandations alimentaires visent à améliorer la santé des populations en optimisant les apports énergétiques et nutritionnels. Elles représentent, ainsi, des régimes alimentaires optimisés sur le plan nutritionnel. Cependant, leur adoption par les individus dépend de nombreux facteurs parmi lesquels le coût des aliments joue notamment un rôle déterminant.
D’après la littérature, les régimes alimentaires sains sont souvent plus coûteux que les régimes réels (Rao et al., 2013). Par ailleurs, les crises récentes ont entrainé une augmentation des prix alimentaires et une pression sur le pouvoir d’achat. Ainsi, l’accès à des régimes équilibrés, conformes aux recommandations nutritionnelles, peut être limité pour des raisons financières, en particulier pour les populations à faibles revenus.
Une récente revue (Kaur, 2025) a examiné plusieurs travaux portant sur les recommandations alimentaires britanniques, le Eatwell Guide. Ce travail analyse notamment l’accessibilité financière de ces recommandations et l’influence des prix sur l’accès à une alimentation équilibrée.
Suivre les recommandations du Eatwell Guide est plus couteux que le régime actuel de la population
Les travaux existant concernant l’accessibilité des régimes alimentaires sains (méta-analyse de Rao et al., 2013) montrent que les régimes plus sains sont généralement plus coûteux que les habitudes alimentaires actuelles des populations. Les études réalisées au Royaume-Uni confirment cette observation. D’après les données financières de 2019, le coût du régime réel de la population britannique était estimé à £6,44 par jour et par personne. A la même période, suivre les recommandations du Eatwell Guide demandait £6,82 par jour et par personne.
Les estimations plus récentes suggèrent que le coût de l’alimentation pour les ménages s’est encore accru, et ce, plus fortement pour les régimes sains :
Les ménages modestes doivent consacrer près de la moitié de leur revenu disponible pour suivre les recommandations du Eatwell Guide
Les populations à faibles revenus sont davantage concernées par l’insécurité alimentaire que le reste de la population. Ces inégalités nutritionnelles s’expliquent en partie par le coût des régimes et notamment, par l’accessibilité financière des régimes recommandés. En effet les ménages défavorisés doivent consacrer une part beaucoup plus importante de leurs revenus disponibles à l’alimentation afin de suivre les recommandations (Darmon & Drewnoski, 2015). Cette observation se confirme, elle aussi, pour le Royaume-Uni.
Les auteurs soulignent, ainsi, que l’augmentation récente des prix accroît ces inégalités et que des répercussions sont également observées sur la santé de la population. A court-terme, les résultats montrent une augmentation de la malnutrition et, à moyen-terme, une diminution de la consommation d’aliments sains et une augmentation de l’obésité (Meadows et al. 2024).
Influer sur les prix alimentaires : un levier pour améliorer le suivi des recommandations nutritionnelles
En ouverture de ce travail, les auteurs soulignent que de nombreuses études ont démontré que les politiques alimentaires de prix représentent un levier d’amélioration des habitudes alimentaires. En particulier, l’utilisation de subventions permettrait d’encourager la consommation de produits favorables à la santé (Afshin et al., 2017).
- Une baisse de 10 % du prix des aliments « à favoriser » augmente leur consommation d’environ 12 % (Afshin et al., 2017).
- Une hausse de 10 % du prix des aliments « à limiter » réduit leur consommation de 6 % (Afshin et al., 2017).
Ces effets varient selon les groupes d’aliments considérés, avec notamment une plus forte augmentation de la consommation pour les fruits et légumes (14 %) et une plus forte diminution pour les boissons sucrées (7 %) (Afshin et al., 2017).
Enfin, l’article propose une piste d’amélioration des recommandations alimentaires par l’intégration du coût des régimes. Les régimes recommandés pourraient, ainsi, être contraints de ne pas dépasser le coût du régime actuel de la population. Cependant, l’ajout de cette nouvelle dimension aux recommandations soulève encore de nombreuses limites et difficultés.
Parmi les limites de cette méta-analyse, les auteurs soulignent les difficultés méthodologiques liées à l’estimation du coût d’un régime alimentaire sain. Une première limite concerne la définition du régime recommandé. Les recommandations ne définissent pas de quantités précises, ce qui laisse place à de multiples combinaisons permettant d’atteindre les objectifs nutritionnels. Par ailleurs, les prix utilisés pour l’estimation correspondent à des valeurs médianes. Ils ne tiennent pas compte des parts de marché ou des différences entre distributeurs. Enfin, le modèle est basé uniquement sur des prix de produits achetés, sans intégrer les préparations faites maison.
- Les régimes alimentaires conformes aux recommandations nutritionnelles sont généralement plus coûteux que les régimes actuels.
- Au UK, les ménages les plus défavorisés doivent consacrer plus de 50 % de leur revenu disponible afin de suivre les recommandations alimentaires. Le coût des régimes sains contribue ainsi aux inégalités nutritionnelles.
- L’augmentation récente des prix alimentaires accentue ces écarts d’accessibilité.
- Les politiques de prix (taxes, subventions) constituent un levier efficace pour orienter les comportements alimentaires, mais leur intégration dans les recommandations nutritionnelles reste complexe.