Aller vers des environnements alimentaires favorables à la santé nécessite des approches systémiques répondant à leur caractère multidimensionnel

Améliorer l’acceptabilité des politiques alimentaires : l’effet levier des combinaisons d’actions publiques

Face à la prévalence croissante des maladies chroniques liées à l’alimentation, les politiques publiques destinées à transformer l’environnement alimentaire sont des leviers importants. Toutefois, les mesures les plus efficaces — souvent restrictives — rencontrent une résistance sociale importante, freinant leur adoption. Une étude récente apporte un éclairage précieux sur la manière d’accroître l’acceptabilité des politiques publiques. Elle montre que les citoyens soutiennent davantage des ensembles de politiques combinant plusieurs mesures, particulièrement lorsque incitations et restrictions sont associes de manière équilibrée. Ce travail identifie également 2 leviers clés d’acceptation des politiques publiques :  une conception intégrant la participation citoyenne et une meilleure communication autour des objectifs.

L’environnement alimentaire façonne les choix alimentaires bien au-delà des préférences individuelles. Dans un contexte de progression mondiale de maladies chroniques liées à l’alimentation, la modification de cet environnement constitue un levier stratégique pour orienter les comportements vers des pratiques plus favorables à la santé. Pour les décideurs, l’enjeu est double : agir de manière efficace tout en assurant une acceptabilité sociale suffisante pour garantir la pérennité des mesures. Cet enjeu est particulièrement délicat pour les politiques alimentaires, où les mesures les plus protectrices pour la santé sont aussi souvent perçues comme intrusives (Diepveen et al., 2013 ; De Groot et al., 2012).

Une piste prometteuse réside dans la mise en place de combinaisons cohérentes de politiques — ou « policy packages » — qui associent différentes mesures complémentaires, incitatives (push) et restrictives (pull) (Fesenfeld et al. 2020 ; WIcki et al., 2019). L’expérience chilienne de 2016 a notamment démontré que ces ensembles, lorsqu’ils sont bien construits, peuvent transformer durablement les comportements alimentaires (Taillie et al., 2021) ; Fretes et al., 2023).

Dans ce contexte, l’étude de Wahnschafft et al., 2024 a évalué le soutien des citoyens allemands à diverses combinaisons de politiques alimentaires et a comparé son acceptabilité à celles de politiques isolées.

L’acceptabilité des combinaisons de politiques dépend des mesures qui les composent

Cette étude repose sur une enquête en ligne réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 2 845 adultes allemands (voir méthodologie). L’analyse poursuit plusieurs objectifs :

  • Évaluer le soutien global du public aux ensembles de politiques proposés ;
  • Repérer les combinaisons de politiques les plus populaires et identifier les mesures spécifiques qui les composent ;
  • Identifier les mesures qui diminuent le soutien aux ensembles de politiques et incitent les individus à préférer des actions isolées plutôt qu’une approche combinée.

Les résultats montrent que les « policy packages » bénéficient d’un soutien globalement positif : en moyenne, 65,4% des répondants y sont favorables. Toutefois, ce soutien varie sensiblement en fonction de la composition des mesures intégrées. Les politiques fiscales dissuasives — comme les taxes sur les aliments dont la consommation est à limiter ou les boissons sucrées — sont particulièrement clivantes. Leur présence au sein d’un package réduit significativement le niveau de soutien et augmente le taux de retrait, c’est-à-dire la propension des répondants à refuser l’ensemble plutôt que d’en accepter la contrainte.

À l’inverse, les mesures incitatives – telles que la baisse de la TVA sur les aliments favorables à la santé – génèrent un fort consensus. Leur intégration dans les packages double les chances d’adhésion, sans accroitre les risques de retrait. Un effet similaire est observé pour l’éducation nutritionnelle et les informations nutritionnelles obligatoires en milieu scolaire.

Certaines politiques pourtant efficaces suscitent néanmoins des réactions ambivalentes. C’est le cas des normes nutritionnelles obligatoires dans les institutions publiques et organisations comme les hôpitaux ou les cantines d’entreprise. Si elles augmentent modérément le soutien global, elles provoquent également une hausse du taux de retrait.

L’implication citoyenne dans la construction des politiques constitue un levier d’adhésion

L’un des résultats les plus novateurs de l’étude est l’effet de la participation citoyenne à la conception des politiques. Lorsqu’on offre aux individus la possibilité de composer eux-mêmes leur « package idéal », le taux d’adhésion augmente fortement, y compris parmi ceux qui rejetaient initialement les ensembles proposés.

Ainsi, 81.4% des opposants initiaux deviennent favorables lorsqu’ils sélectionnent eux-mêmes les mesures à inclure.

Ce constat souligne l’importance de l’implication citoyenne dans les processus de décision pour renforcer la légitimité et l’adhésion aux politiques publiques.

Les préférences exprimées dans cette tâche de conception confirment les tendances précédemment observées :

  • Les mesures incitatives sont plébiscitées, en particulier la baisse de TVA avec 82,3 % d’inclusion ;
  • Les taxes restent impopulaires : 34,5 % d’inclusion de la hausse de TVA et 43,4 % pour la taxe sur les boissons sucrées.
  • Les normes/informations nutritionnelles en milieu scolaire sont mieux acceptées que celles dans les institutions publiques (66,6 % contre 41,2 %).

Ces résultats révèlent une hiérarchie claire dans les préférences du public, dont les auteurs invitent à tenir compte lors de l’élaboration des politiques.

Enfin, la majorité des répondants (81,5%) privilégie un équilibre entre mesures incitatives et restrictives dans leur package idéal. Ce constat s’aligne sur les conclusions de recherches antérieures, qui suggèrent que l’adhésion aux « policy package » augmente lorsqu’une mesure impopulaire est associée à des mesures populaires (Fesenfeld et al., 2019 ; Wicki et al., 2019).

Les croyances individuelles influencent l’acceptation des politiques publiques

Au-delà des préférences exprimées pour certains types de politiques, l’étude met en lumière un facteur souvent sous-estimé : l’influence des croyances individuelles sur le soutien aux politiques publiques.

Contrairement aux idées reçues, ni le statut pondéral ni le fait de souffrir de maladies liées à l’alimentation n’ont eu d’effet significatif sur le niveau de soutien aux politiques proposées. Autrement dit, être directement exposé aux conséquences d’une alimentation de mauvaise qualité nutritionnelle ne se traduit pas nécessairement par une adhésion plus forte aux politiques de régulation.

En revanche, les croyances concernant la reconnaissance des problèmes alimentaires comme enjeux collectifs s’avèrent déterminantes. Les individus qui considèrent que la consommation d’aliments à limiter pour la santé représente un problème sociétal majeur et que l’action publique est justifiée manifestent un soutien nettement plus fort aux politiques, en particulier aux plus restrictives. Ce résultat renforce l’idée que les perceptions et représentations sociales jouent un rôle crucial dans la réception des politiques de santé publique.

Basé sur : Wahnschafft S, Spiller A, Boztuğ Y, von Philipsborn P, Lemken D. Examining public support for comprehensive policy packages to tackle unhealthy food environments. Public Health Nutr. 2024 Dec 22;28(1):e7. 

Méthodologie
Messages clés
  • L’acceptabilité des combinaisons de politiques dépend fortement de leur composition.
  • L’implication directe des citoyens dans la conception des politiques accroît leur acceptation, avec une préférence pour des combinaisons équilibrées entre mesures incitatives et restrictives.
  • Les croyances individuelles influencent davantage le soutien aux politiques que l’état de santé ou l’expérience personnelle liée aux enjeux alimentaires.
Références

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