N° 232 | novembre 2022
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Prévenir l’obésité infantile : des pratiques alimentaires aux recommandations nutritionnelles

Surpoids et obésité : aider les enfants à mieux se nourrir en limitant les produits sucrés au profit des fruits entiers

Depuis 1975, la prévalence de l’obésité a presque triplé dans le monde et continue d’augmenter, notamment chez les enfants. Conséquence de l’évolution de nos sociétés, cette épidémie mondiale pourrait en grande partie être prévenue en agissant notamment sur les consommations alimentaires. Face à ce défi, le livre “Sugarproof” de Michael I. Goran présente les impacts des sucres sur la santé infantile et propose aux familles des solutions pour en réduire la consommation.

Véritable épidémie mondiale, le surpoids et l’obésité résultent fondamentalement d’un déséquilibre entre calories consommées et dépensées (voir encadré). Ce déséquilibre est notamment lié à des évolutions de nos sociétés. « 39 millions d’enfants âgés de moins de 5 ans étaient en surpoids en 2020. » OMS, 2021

Ainsi, parallèlement au développement du surpoids et de l’obésité, une augmentation de la consommation d’aliments à forte densité énergétique – riches en graisses et en sucres – et une diminution de l’activité physique sont observés à l’échelle globale (OMS, 2021). Les enfants, en particulier, consomment davantage de jus de fruits et de boissons sucrées, riches en sucres (fructose notamment). Aux États-Unis, la consommation quotidienne de fructose a très fortement augmenté au cours du siècle dernier, passant d’à peine 12 g/jour à environ 75 g/jour (Marriott, 2009).

Le livre “Sugarpoof” de Michael I. Goran a vocation à répondre à ces enjeux. Il présente les effets des sucres – notamment du fructose – sur l’obésité infantile et ses complications et propose également aux familles des solutions pour en réduire la consommation.

Le fructose consommé en excès a un effet néfaste sur l’organisme

Le sucre ordinaire – saccharose ou sucre de table – est composé à parts égales de glucose et de fructose. A l’inverse, le sucre des fruits – et donc des jus de fruits – est généralement plus riche en fructose. Bien qu’il soit chimiquement proche du glucose, le fructose n’est pas utilisé par l’organisme comme source directe d’énergie.

En effet, le foie absorbe la quasi-totalité du fructose consommé. Or, de nombreuses études ont démontré qu’une consommation excessive de fructose conduit à une accumulation de triglycérides hépatiques, ce qui entraîne une altération du métabolisme du glucose et des lipides ainsi qu’une augmentation de l’expression des cytokines pro-inflammatoires (Du, 2012).

Le fructose étant associé aux fruits, cet ouvrage s’est attaché à expliquer et différencier les voies de métabolisation du fructose selon qu’il est apporté par les fruits entiers ou qu’il est consommé sous forme concentrée et/ou liquide, comme dans les jus de fruits.

Le fructose apporté par un fruit entier a moins d’impacts négatifs que lorsqu’il est consommé sous forme de jus

Différence centrale, dans les fruits entiers, le fructose est contenu dans une chair riche en fibres. Ces dernières permettent notamment de ralentir l’absorption ainsi que le métabolisme hépatique du fructose. Le système de “libération lente” ainsi généré ralentit le passage du fructose dans le sang et protège l’organisme de ses effets néfastes. En effet, lorsqu’il est absorbé en faible quantité, une partie du fructose peut être convertie en glucose atténuant ainsi l’effet négatif sur le foie (Choo, 2018).

A l’inverse, le fructose devient problématique lorsqu’il est consommé sous forme concentrée ou liquide (jus de fruits, sodas et autres boissons sucrées). En effet, cette forme d’apport dépourvue de fibres entraîne une absorption rapide d’une grande quantité de fructose et se traduit par un passage rapide et direct vers le foie.

Ainsi, il est intéressant de considérer les effets du fructose en fonction de l’aliment ingéré, comme le montre le tableau ci-dessous.

Indice de fructose élevé Fruit entier Le fruit entier permet de conserver les bénéfices des fibres et des nutriments présents.
Le fructose est libéré lentement pendant la digestion, ce qui limite ses effets potentiellement néfastes sur le foie
– Une portion de fruit entier contient moins de sucre qu’une portion habituelle de jus de fruits
  Fruit mixé (smoothie) Le fruit même mixé, conserve ses fibres, qui contribuent à ralentir l’absorption du fructose.
  Jus 100% fruit et jus (jus pressés inclus) Extraire le jus du fruit libère le fructose et élimine les fibres dans le processus.
Certains nutriments peuvent être conservés, mais le jus concentre le fructose qui devient rapidement disponible pour être transformé en graisse au niveau du foie.
Indice bas de fructose  Boissons sucrées à base de jus de fruits Le fructose est libre et donc facilement disponible ; son absorption est rapide et il est immédiatement converti en graisse dans le foie.

Tableau 1 : l’indice de fructose (Tiré de Goran, 2020)

Comme le souligne le tableau 1, il convient donc d’accompagner les enfants vers une consommation de fruits entiers plutôt que de jus et de boissons sucrées. Le tout sans restriction mais en misant sur la motivation et l’amélioration de l’environnement alimentaire à la maison.

La motivation interne et l’amélioration de l’environnement alimentaire, des stratégies efficaces pour aider les enfants à réduire leur consommation de produits sucrés

Au quotidien, les produits sucrés font partie de l’environnement alimentaire des enfants Bien qu’il soit nécessaire de limiter leur consommation, supprimer tout sucre à la maison pourrait s’avérer contre-productif en créant un environnement trop restrictif.

A travers son ouvrage, l’auteur de Sugarproof propose aux parents plusieurs solutions pour réduire et minimiser la consommation de sucre des enfants. Ces conseils se basent notamment sur des stratégies efficaces comme la motivation interne et la création d’un environnement sain à la maison.

Contrairement à la motivation externe qui consiste à adopter un comportement pour l’obtention d’une récompense externe, la motivation interne engage l’enfant de façon volontaire et spontanée et lui donne le sentiment de faire son propre choix choix. La motivation interne peut par exemple être réalisée en renforçant les connaissances et les compétences en matière d’alimentation et de nutrition des enfants et en les impliquant dans la planification des menus et la préparation des repas.

Enfin, la création d’un environnement alimentaire sain à la maison est une autre stratégie pour réduire la consommation de produits sucrés.

L’obésité infantile : une épidémie mondiale largement répandue

Depuis 1975, la prévalence de l’obésité a presque triplé dans le monde et continue d’augmenter, notamment chez les enfants (OMS, 2021). Cette affection est associée à un risque accru d’obésité, de décès prématuré et de handicap à l’âge adulte, mais augmente également les risques de fractures, d’hypertension, de maladies chroniques (diabète de type 2, maladies cardiovasculaires et stéatose hépatique) et de troubles psychologiques chez l’enfant.
L’obésité et du surpoids sont fondamentalement liées à un déséquilibre énergétique entre les calories consommées et dépensées. Pourtant, le surpoids et l’obésité, ainsi que les maladies non transmissibles qui leur sont associées, sont largement évitables (OMS, 2021).

Conseils pratiques pour un environnement alimentaire sain à la maison
  • Laver et découper des fruits et les légumes crus et les garder à portée de main dans le réfrigérateur pour les petits déjeuners, les déjeuners et les collations.
  • Préparer des pichets d’eau naturellement aromatisée en y ajoutant des fruits coupés en tranches (citron, orange, pamplemousse, concombre, etc.) – possibilité de le faire avec des bouteilles d’eau individuelles pour l’école ou la pratique du sport.
  • Diluer progressivement les jus de fruits ou autres boissons sucrées avec de l’eau plate ou gazeuse et en ajoutant de la glace.
  • Ajouter des fruits (bananes en tranches, fraises, baies, etc.) au bol de céréales à faible teneur en sucre du petit déjeuner
  • Sucrer les crêpes/gaufres avec des fruits.
Messages clés
  • Le métabolisme du fructose diffère selon qu’il est consommé sous forme de fruit entier ou sous forme liquide, comme les jus de fruits.
  • Le fructose contenu dans les fruits entiers est contenu dans une chair riche en fibres ce qui ralentit son absorption. Dans ce contexte, une partie du fructose absorbé peut être converti en glucose et utilisé comme source d’énergie.
  • En revanche, le fructose consommé sous forme liquide ou concentrée sans la présence de fibres, entraîne une absorption rapide et importante. Dans ces conditions, la quasi-totalité du fructose est absorbée par le foie et convertie en graisse, produisant des composés pro-inflammatoires.
  • Jouer sur la motivation interne et l’environnement alimentaire à la maison sont des stratégies qui pourraient être efficaces pour limiter les apports en sucres.

Basé sur : Michael I. Goran and Emily Ventura. Sugarproof- The Hidden Dangers of Sugar That Are Putting Your Child’s Health at Risk and What You Can Do. New York (USA): Avery; 2020.

Références
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