N° 170 | décembre 2016

Tour d’horizon international de la législation et des tendances en matière d’étiquetage alimentaire

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Des différences significatives entre les diverses réglementations

Bien que les consommateurs soient bien conscients des recommandations alimentaires, la prévalence des maladies liées à l’alimentation continue d’augmenter.

L’étiquetage alimentaire est censé aider les consommateurs dans leurs choix, le format, le nombre et les types de nutriments devant être indiqués sur les emballages varient d’un pays à l’autre 1. Si les obligations concernant l’étiquetage des ingrédients sont relativement homogènes d’un pays à l’autre, c’est loin d’être le cas pour les nutriments, malgré les efforts du Codex Alimentarius, lequel en 1985, a publié des lignes directrices concernant l’étiquetage des nutriments (Guidelines on Nutrition Labelling), ensemble de règles internationales, qui a été mis à jour en 2013. Ces différences de réglementations ne posent pas uniquement problème du point de vue du secteur agro-alimentaire et du commerce international: elles entraînent également un surcoût et l’incompréhension du public.

Aux États-Unis, la réglementation en matière d’étiquetage alimentaire date de 1990, année de la loi Nutrition Labelling and Education Act (NLEA). Depuis 1994, tous les produits conditionnés doivent comporter des informations concernant leur teneur nutritionnelle, tandis que pour les produits frais, ces renseignements doivent être affichés à proximité des étals ou rayons. Les données doivent porter sur l’énergie (l’apport calorique), les calories correspondant aux matières grasses, la teneur totale en matières grasses, sel, cholestérol, fibres, glucides, protéines, sucres, vitamines A et C, et sels minéraux (par exemple, le fer et le calcium). Les valeurs journalières sont calculées sur la base d’une consommation moyenne de 2 000 calories par jour. En Chine, l’étiquetage alimentaire n’est actuellement pas obligatoire, mais une réglementation devrait bientôt être adoptée. Le Canada, le Mexique, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, Israël et les pays du Mercosur ont d’ores et déjà adopté une législation en la matière. Dans l’UE, la réglementation adoptée en 2011 impose à l’industrie agro-alimentaire d’indiquer, depuis décembre 2016, le nombre de calories contenues dans les produits ainsi que 6 nutriments spécifiques (les lipides, les graisses saturées, les glucides, les sucres, les protéines et le sel) sous forme de quantité pour 100 g ou 100 ml de produit. Les informations complémentaires ne sont pas obligatoires.

Des informations, mais sous quelle forme ?

La forme sous laquelle ces renseignements sont fournis doit encore être clairement déterminée, car elle peut avoir une influence sur les choix des consommateurs. Après analyse dans quatre pays de l’UE, Feunekes et al. (2008) ont démontré que les consommateurs font de meilleurs choix lorsque ces informations figurent à l’avant des emballages, et non au dos 2. Aux États-Unis, après avoir étudié 20 méthodes différentes, la FDA élabore actuellement un système d’étiquetage simple à l’avant des emballages. Ce système encourage l’industrie agro-alimentaire à modifier les ingrédients présents dans les produits, tout en aidant les consommateurs à mieux comprendre les informations nutritionnelles, quels que soient leur niveau d’instruction et leurs origines culturelles. L’Angleterre travaille, quant à elle, a adopté un format standardisé depuis l’adoption des recommandations journalières en 1988. Par ailleurs, les restaurants ont de plus en plus tendance à fournir ces informations sur les menus, particulièrement dans les fast-foods. Si ces renseignements sont obligatoires dans de nombreux États américains, en Angleterre, seules quelques 28 chaînes de restaurants ont adopté cette initiative dans le cadre du programme volontaire Responsibility Deal du ministère de la Santé 3.

Compréhension et réactions des consommateurs

D’après le compte rendu de Nielsen (2012), quelle que soit leur région du monde, 5 à 8 % des personnes interrogées déclarent ne pas comprendre les étiquetages alimentaires. Les termes faible, zéro, élevé, riche, etc. nécessitent d’être clarifiés. Si l’utilité de fournir aux consommateurs les informations nutritionnelles dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées ne fait aucun doute, de telles initiatives partent du principe que les consommateurs désirent connaître ce type de renseignement. Cependant Nayga (2000) a démontré que les consommateurs qui lisent les étiquetages sont ceux qui ont déjà davantage conscience des enjeux de l’alimentation 4, notamment les femmes très instruites 5.

Plusieurs initiatives simples et volontaires ont vu le jour

Face à la complexité de parvenir à une normalisation internationale et à la difficulté des consommateurs à comprendre les étiquetages, plusieurs initiatives simples et volontaires ont vu le jour : par exemple, les « Nutrition Keys » aux États-Unis depuis 2011, le code couleur vert, orange et rouge en Angleterre et les 5 couleurs actuellement à l’étude en France. Faciles à comprendre pour le consommateur, ces systèmes mettent également à mal les idées reçues concernant les qualités nutritionnelles des produits. Néanmoins, ces initiatives volontaires ne figurent pas dans la législation européenne et rencontrent une certaine résistance de la part des producteurs, des distributeurs et de l’industrie agroalimentaire.

Martine Padilla
Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes, Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (CIHEAM-IAM), FRANCE
  1. Kasapila W. et Shaarani S. (2015). Legislation, Impact and Trends in Nutrition Labeling: A Global Overview. Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 0:1–9 (2015) DOI: 10.1080/10408398.2012.710277
  2. Feunekes G.I., Gortemakera I.A., Willems A.A., Lion R. and van den Kommer R.L. (2008). Front-of-pack nutrition labeling: Testing effectiveness of different nutrition labeling formats front-of-pack in four European countries. Appetite 50: 57–70.
  3. Dumanovsky T., Huang C.Y., Nonas C.A., Matte T.D., Bassett M.T. and Silver L.D. (2011). Changes in energy content of lunchtime purchases from fast food restaurants after introduction of calorie labeling: cross sectional customer surveys, Br. Med. J. 343. http://dx.doi.org/10.1136/bmj.d4464
  4. Nayga R.M. (2000). Nutrition knowledge, gender and food label use. J.Consum. Aff. 34: 97–99.
  5. Rejman K. et Kasperska A. (2011). Nutritional and health benefits as the
  6. determinants of food choice in Polish consumers. Perspect. Public Health 131: 262–265.
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