N° 169 | novembre 2016

Une forte consommation de légumes réduit la mortalité chez les Chinois diabétiques et prédiabétiques

On dénombre 415 millions de diabétiques dans le monde. La Chine est l’un des pays où sa prévalence est la plus élevée. Dans les pays occidentaux, il est bien démontré que cette pathologie réduit l’espérance de vie, notamment en augmentant la mortalité cardio vasculaire.

On trouve cependant peu d’études réalisées en Asie. En chine, la plupart des enquêtes étudiant l’association entre le diabète et la mortalité sont effectuées à partir de registres hospitaliers des maladies chroniques. La seule étude de population - l’étude DA Qing IGT and diabetes study - a été menée en 2015 dans le Nord de la Chine.

Interaction entre HGJ/diabète et la mortalité à 10 ans

Le riz blanc a un index glycémique élevé et sa consommation en quantité importante accroit les risques de diabète. En comparaison du blé, comme alimentation de base, celle de riz est inversement associée à la prise de poids et à une tension artérielle élevée. Des études réalisées au Japon suggèrent qu’une forte consommation de riz n’est pas associée à un risque de mortalité toutes causes dans la population générale. Cependant l’interaction entre la consommation de riz et les alimentations à base de riz, et l’hyperglycémie à jeun (HGJ) / le diabète en relation avec la mortalité n’a jamais été étudiée.

Une équipe chinoise en collaboration avec une équipe australienne, s’est donc penchée sur la question en étudiant l’interaction entre HGJ/ diabète et la mortalité à 10 ans tout en explorant les interactions avec les habitudes alimentaires chez des adultes chinois de l’Est de la Chine.

4 profils alimentaires chez les Chinois

Les auteurs ont utilisé un échantillon issu de la Jiangsu Nutrition Study, qui portait sur l’association entre la nutrition et le risque de maladies chroniques non transmissibles. La cohorte comprenait 2849 participants, issus de 6 régions rurales et 2 régions urbaines. En 2002, leur glycémie à jeun et leur hémoglobine glyquée ont été dosées.

Une glycémie supérieure à 7 mmol/l (ou un diabète connu) a défini le diabète. L’hyper glycémie à jeun (HGJ) a été définie par une glycémie à jeun comprise entre 5.6 et 6.9 mmol/l. Une glycémie inférieure à 5.6 mmol/l étant considérée comme normale.

Les sujets ont été interrogés à domicile par des employés de santé en utilisant un questionnaire standardisé.

Un questionnaire de fréquence de consommation alimentaire a évalué la fréquence et la quantité de 33 groupes d’aliments et de boissons sur un an.

4 profils alimentaires ont ainsi été caractérisés :

  1. «Macho» : consommation de nombreux aliments animaux et d’alcool
  2. «Traditionnel» : reposant principalement sur le riz et les légumes frais, peu de farine de blé
  3. « Douceurs» : avec des apports important de gâteaux, lait, yaourt et boissons sucrées.
  4. « Riche en légumes» : avec un fort apport en graines complètes, fruits, légumes, farine de blé, lait, oeufs, poisson et un faible apport de riz blanc.

Les sujets se sont vus attribuer un score selon ces 4 modèles alimentaires.

En complément de ce questionnaire de fréquence alimentaire, la consommation alimentaire, incluant le riz, sur 3 jours consécutifs a été mesurée. A partir de là, la quantité de riz cru consommée a été évaluée en g/j.

En outre, des facteurs de mode de vie (tabac, alcool, activité physique) ont été pris en compte. On a étudié la mortalité de cette population à 10 ans (2012) et effectué des analyses statistiques adaptées.

Influence de la consommation de légumes sur la mortalité globale

Sur le 2849 participants, 102 et 178 avaient respectivement un diabète et une HGJ à la base. Si la moitié des sujets diabétiques ont rapporté des changements alimentaires pour contrôler leur maladie, ils n’étaient en revanche que 6% chez les HGJ.

La consommation moyenne de riz crû dans les 2 catégories confondues était de 100 g pour 1000 calories.

184 décès (70 par maladie cardio vasculaire et 63 par cancers) ont été retrouvés durant le suivi de 27 914 sujets-années. Le diabète était associé avec la mortalité toutes causes (Hazard Ration - HR: 2.69) après ajustement sur les facteurs sociodémographiques et le mode de vie. Les diabétiques avaient un HR de 1.97 pour la mortalité cardio vasculaire.

Chez les hyper glycémiques à jeun, on retrouvait une augmentation de 83% du risque de mortalité.

En s’intéressant aux habitudes alimentaires, ceux qui avaient un faible ou un fort apport en légumes, à la fois chez les sujets HGJ et diabétiques, le risque (HR) de mortalité globale était respectivement de 3.25 et 1.38 et statistiquement significatif.

Cette étude démontre que le diabète et l’hyperglycémie à jeun sont associés à un risque de mortalité chez les adultes chinois. Les profils alimentaires associés à une forte consommation de légumes sont associés à une plus faible mortalité, tant chez les diabétiques que les HGJ. En outre, les auteurs rapportent ne pas avoir mis en évidence de relation significative entre la consommation de riz et le risque de diabète ou d’HGJ.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
Z. SHI et al, «Association of impaired fasting glucose, diabetes and dietary patterns with mortality: a 10 year follow-up cohort in Eastern China», Acta Diabetol, 2016, (doi: 10.1007/s00592-016-0875-8)
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