Fruits et légumes et santé cardiovasculaire : des preuves qui s’accumulent
Édito

Les maladies cardiovasculaires demeurent l’une des principales causes de mortalité dans le monde (Roth et al., 2017). Chaque année, elles entraînent la mort de 17,9 millions de personnes, soit près d’un tiers de la mortalité mondiale (OMS, 2021). Ces maladies englobent à la fois des évènements aigus comme les infarctus du myocarde ou les accidents vasculaires cérébraux et des affections chroniques telles que l’hypertension. Si les progrès médicaux ont considérablement amélioré leur prise en charge, la prévention reste fondamentale. Les données scientifiques insistent notamment sur le rôle déterminant des habitudes de vie – en particulier l’alimentation – dans la protection cardiovasculaire (OMS, 2021 ; Willett et al., 1990).
Ce mois-ci, l’édition d’Equation Nutrition revient sur trois études récentes qui soulignent l’importance des fruits et légumes dans la prévention des maladies cardiovasculaires.
Le premier article (Martínez-Castañeiras et al., 2025) s’appuie sur les données de trois grandes enquêtes de santé représentatives de la population espagnole, totalisant près de 67 000 participants. Ce travail a suivi la consommation de fruits et légumes et les causes de décès au fil du temps. Les résultats montrent que les individus atteignant les cinq portions ou plus présentent une réduction marquée du risque de décès – 30 % toutes causes confondues, –35 % pour les maladies cardiovasculaires, –16 % pour les cancers – par rapport à ceux qui consomment moins d’une portion par jour. Au-delà de ces résultats, l’étude suggère que l’effet protecteur est particulièrement marqué pour les légumes, y compris au-delà du seuil des « cinq par jour ».
Le deuxième article (Oude Griep et al., 2025) adopte une approche innovante pour dépasser les limites des questionnaires alimentaires fréquemment utilisés en nutrition. Ce travail a évalué de manière plus précise la consommation de fruits et légumes grâce à des marqueurs métaboliques mesurés dans les urines sur 24 heures. Un score métabolique a ensuite été déterminé, afin de refléter les apports alimentaires réels. Les résultats indiquent qu’un score élevé est associé à une pression artérielle systolique et un indice de masse corporelle plus faibles. Le citrate, métabolite abondant dans les végétaux, semble jouer un rôle médiateur, bien que des études complémentaires soient nécessaires pour en confirmer le mécanisme.
Le troisième article (Mazur et al., 2024) propose une analyse comparative de grandes stratégies nutritionnelles existantes pour prévenir les principaux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires – obésité, hypertension, dyslipidémie. Toutes convergent vers une recommandation commune : consommer au minimum 200 g de fruits et de légumes par jour, soit environ 4 à 5 portions. Ces aliments sont mis en avant pour leur richesse en fibres et en antioxydants, protecteurs des cellules face aux dommages oxydatifs. Des modèles alimentaires tels que le régime méditerranéen ou le régime DASH en ont fait un pilier, et leurs bénéfices cardiovasculaires sont aujourd’hui bien établis.
Ces études, par la diversité de leurs approches, convergent vers une conclusion claire : la consommation de fruits et légumes exerce un rôle protecteur majeur sur la santé cardiovasculaire. Pourtant, leur consommation reste largement insuffisante à l’échelle mondiale. Faciliter l’accès à ces aliments essentiels constitue un enjeu de santé publique, avec des bénéfices conjoints pour la santé humaine et celle de la planète.
Monique Verschuren a étudié la nutrition humaine à l’Université de Wageningen, avec une spécialisation en épidémiologie. Elle exerce ses activités de recherche au Centre de nutrition, prévention et services de santé du RIVM à Bilthoven, où elle est investigatrice principale de la cohorte de Doetinchem, une étude longitudinale initiée en 1987 et toujours en cours. Elle est également professeure au Julius Center for Health Sciences and Primary Care de l’Université d’Utrecht, sur la thématique du « vieillissement vasculaire en santé publique ».
Ses principaux travaux portent sur les déterminants alimentaires et comportementaux des maladies cardiovasculaires et du déclin cognitif, ainsi que sur le vieillissement en bonne santé, avec un accent particulier sur le maintien de la vitalité et la prévention de la fragilité au cours de la vie. Elle est par ailleurs investigatrice principale de la cohorte néerlandaise EPIC-MORGEN et membre du comité directeur international de l’étude EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition).
Elle a coordonné les chapitres consacrés à l’alimentation, au tabac et à l’activité physique dans les éditions 2012 et 2016 des Recommandations européennes pour la prévention des maladies cardiovasculaires en pratique clinique. Monique Verschuren est également directrice du Centre collaborateur de l’OMS récemment désigné sur le thème « Vie entière et santé ».
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