Coût réel de l’alimentation : quels sont les impacts négatifs des régimes alimentaires dominants et comment les atténuer ?

Le régime méditerranéen : un modèle de prévention des maladies chroniques et d’optimisation des dépenses de santé

Dans un contexte marqué par une augmentation préoccupante des maladies chroniques, les habitudes alimentaires jouent un rôle clé dans la prévention et la prise en charge de ces pathologies. Récemment, une étude a exploré les effets du régime méditerranéen, reconnu pour ses bénéfices santé, sous un angle économique. En s’appuyant sur des données récentes, ce travail met en lumière les obstacles financiers liés à son adoption, tout en proposant des stratégies permettant de concilier accessibilité économique et bénéfices nutritionnels.

Au cours des dernières décennies, l’incidence des maladies non transmissibles, comme l’obésité, les maladies cardiovasculaires et le diabète, a fortement augmenté. Ce phénomène résulte en grande partie des changements de modes de vie, tels qu’une alimentation déséquilibrée et une activité physique insuffisante, ainsi que de l’allongement de l’espérance de vie permis par les progrès scientifiques (Lynch et al., 2005 ; Tan et al., 2021). Face à ces défis, l’amélioration des habitudes alimentaires représente une stratégie efficace pour prévenir ces pathologies.

Parmi les modèles alimentaires étudiés, le régime méditerranéen s’est imposé comme une référence. Au-delà de ses bienfaits sur la santé, le régime méditerranéen présente également des enjeux économiques significatifs. En favorisant la prévention des maladies chroniques, il pourrait contribuer à réduire considérablement les dépenses de santé, qu’il s’agisse de coûts directs, comme les traitements médicaux, ou de coûts indirects liés à la perte de productivité.

Dans un contexte où les dépenses de santé pèsent lourdement sur la santé publique, une revue récente (Colaprico et al., 2024) a analysé le rapport coût-efficacité de l’adhésion au régime méditerranéen.

Le régime méditerranéen : une solution rentable pour prévenir les maladies et réduire les dépenses de santé

L’objectif premier de cette revue était d’actualiser les données d’une étude publiée il y a 10 ans (Saulle et al., 2013). Au total, 15 articles ont été retenus. L’analyse des travaux démontre que l’adoption de comportements alimentaires sains est associée à des bénéfices pour la santé ainsi qu’à des économies substantielles (Gyles et al. 2012). Plus précisément, l’étude de Jones et al., 2023 suggère que l’adoption du régime méditerranéen permettrait de diminuer la prévalence de maladies cardiovasculaires et entraînerait par conséquent une diminution des dépenses associées. Plus précisément, ce travail estime des économies annuelles comprises entre 8,2 milliards et 31 milliards de dollars aux Etats-Unis et 320 millions et 1,2 milliards de dollars au Canada.

Cette relation entre alimentation et santé ne se limite pas aux maladies mentionnées ci-dessus. De plus en plus de recherches mettent également en lumière le rôle d’une alimentation équilibrée dans la prévention et la prise en charge des troubles mentaux. Une intervention nutritionnelle axée sur le régime méditerranéen et ciblant la dépression a notamment montré une amélioration des symptômes avec un coût modéré 1 775 €/année de vie en bonne santé (Segal et al., 2020). Ce montant se situe bien en deçà du seuil généralement reconnu pour qualifier une intervention dans le domaine des soins de santé, prouvant ainsi son efficacité et sa rentabilité. Enfin, dans l’étude de Lampropoulos et al., 2020, l’adhésion au régime méditerranéen a été associée à une réduction de la durée des hospitalisations des personnes âgées de 0,3 jour en moyenne, entraînant une économie de 40 euros par séjour.

Ainsi, les études incluses dans cette revue mettent non seulement en évidence l’importance du régime méditerranéen pour la santé, mais soulignent également aussi son potentiel pour optimiser les dépenses associées.

Adhérer au régime méditerranéen : des obstacles financiers surmontables grâce à des stratégies durables

Si les interventions diététiques en lien avec le régime méditerranéen présentent un certain nombre de bénéfices, la question de l’accessibilité économique de ce régime fait débat. De nombreuses études pointent notamment des barrières financières liées à son adoption. Une meilleure adhésion au régime méditerranéen est souvent associée à une hausse des coûts alimentaires, comme le montrent les travaux de Tong et al., 2018 et de Pedroni et al., 2021. Ces derniers soulignent également que l’amélioration de la qualité de l’alimentation engendre une augmentation des dépenses. Par ailleurs, ces études établissent un lien entre un faible statut socio-économique et une moindre adhésion au régime méditerranéen.

Cependant, certaines études nuancent cette vision en suggérant que l’adoption du régime méditerranéen pourrait non seulement éviter une hausse notable des coûts alimentaires mais également générer des économies. Selon Lara et al., 2015 et Razavi et al., 2020, ces observations peuvent s’expliquer par des pratiques alimentaires plus durables, comme la réduction de la consommation de viande, le recours aux produits de saison et la préparation de repas faits maison, limitant les dépenses en plats préparés et ultra-transformés.

Ainsi, bien que le coût puisse constituer un obstacle, l’adoption de stratégies mentionnées ci-dessus pourrait faciliter l’accès au régime méditerranéen, tout en procurant des bénéfices à la fois nutritionnels et économiques.

De la théorie à la pratique : concevoir des politiques alimentaires pour soutenir l’adoption de régimes favorables à la santé

Compte tenu des bénéfices pour la santé et des économies potentielles qu’offre le régime méditerranéen, il apparaît pertinent de développer des politiques publiques favorisant son adoption.

D’après Schröder et al., 2016, des mesures fiscales ciblées, telles que des subventions pour les aliments sains et des taxes sur les produits alimentaires moins bénéfiques pour la santé, pourraient jouer un rôle déterminant dans l’amélioration de l’accessibilité des régimes alimentaires sains. Comme suggéré par plusieurs études, ces incitations économiques doivent s‘accompagner de programmes éducatifs ainsi que d’interventions nutritionnelles afin d’améliorer les connaissances et les habitudes alimentaires (Razavi et al., 2020 ; Segal et al., 2020). Enfin, pour renforcer l’efficacité de ces mesures, les auteurs soulignent l’importance d’une régulation stricte de la publicité et du marketing alimentaire, notamment en direction des enfants.

Ainsi, le régime méditerranéen constitue une approche nutritionnelle prometteuse pour améliorer la santé publique et réduire les coûts associés aux maladies chroniques. Toutefois, sa généralisation nécessite des actions ciblées pour garantir son accessibilité et sensibiliser les populations à ses bienfaits, tout en luttant contre les inégalités socio-économiques.

Basé sur : Colaprico, C., Crispini, D., Rocchi, I., Kibi, S., De Giusti, M., & La Torre, G. (2024). Cost and Cost-Effectiveness of the Mediterranean Diet : An Update of a Systematic Review. Nutrients, 16(12), Article 12. https://doi.org/10.3390/nu16121899

Méthodologie
Messages clés
  • Les régimes alimentaires équilibrés, comme le régime méditerranéen, préviennent l’apparition de maladies chroniques et peuvent ainsi réduire les dépenses de santé associées.
  • Les interventions nutritionnelles basées sur des régimes sains offrent un bon rapport coût-bénéfice et sont économiquement rentables.
  • Bien que l’accessibilité financière puisse être un obstacle, le régime méditerranéen peut avoir un impact positif sur les dépenses alimentaires, même pour les populations les plus modestes.
Références
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