Fruits et légumes : un pilier de la prévention cardiovasculaire

Alors que les maladies cardiovasculaires demeurent la première cause de mortalité dans le monde, l’alimentation apparaît comme un levier majeur de prévention. Parmi les stratégies nutritionnelles disponibles, la consommation régulière de fruits et légumes s’impose comme un facteur déterminant de réduction des risques. Au-delà de leur rôle isolé, ces aliments s’intègrent dans des modèles alimentaires protecteurs, tels que les régimes méditerranéen et DASH, reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire. Une revue de la littérature récente propose un tour d’horizon des recommandations nutritionnelles, des modèles alimentaires efficaces et des leviers à activer pour améliorer la prévention cardiovasculaire et favoriser l’accès à une alimentation plus saine et durable.
Les maladies cardiovasculaires constituent aujourd’hui l’une des principales causes de mortalité à l’échelle mondiale (Roth et al.; 2017). Parmi les nombreux facteurs de risque identifiés, l’alimentation occupe une place centrale. On estime notamment que près de 40% des cas de maladies cardiovasculaires pourraient être attribués à des habitudes alimentaires inadaptées (Willett et al., 1999 ; Yusuf et al., 2004).
L’étude INTERHEART a également montré que plus de 90% du risque d’infarctus pourrait être prévenu par la modulation de facteurs de risque environnementaux, au premier rang desquels figurent les habitudes alimentaires (Yusuf et al., 2004). De nombreuses recherches ont depuis confirmé l’effet protecteur de certains nutriments, aliments et modèles alimentaires sur la santé cardiovasculaire (Casas et al., 2018).
Dans ce contexte, la revue narrative de Mazur et al., 2024 propose une synthèse des stratégies nutritionnelles efficaces dans la prévention des principaux facteurs de risque cardiovasculaire — obésité, hypertension et dyslipidémie — en mettant l’accent sur le rôle des fruits et légumes.
Fruits et légumes : un apport régulier et adéquat réduit le risque cardiovasculaire
L’analyse de la littérature récente confirme le rôle central des fruits et légumes dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Les recommandations actuelles préconisent un apport quotidien d’au moins 400g de fruits et légumes, soit l’équivalent de 4 à 5 portions par jour pour réduire le risque d’obésité, d’hypertension et de dyslipidémie (European Society of Cardiology, 2021 ; Banach et al., 2021 ). Ces aliments sont des vecteurs majeurs de vitamines, minéraux, antioxydants et autres composés bioactifs, mais leur atout majeur réside aussi dans leur teneur élevée en fibres.
Les bienfaits des fibres sur la santé cardiovasculaire sont largement démontrés, ces dernières agissant à différents niveaux :
- Régulation du cholestérol sanguin : les fibres réduisent l’absorption intestinale des lipides, limitant ainsi la progression de l’athérosclérose ;
- Satiété et poids : elles ralentissent la vidange gastrique et prolongent la sensation de satiété, participant ainsi à la régulation du poids corporel ;
- Glycémie : les fibres favorisent un meilleur contrôle de la glycémie, en limitant les pics postprandiaux de glucose, contribuant à prévenir les déséquilibres métaboliques associés aux maladies cardiovasculaires.
L’OMS recommande, ainsi, un apport quotidien de 27 à 40g de fibres pour bénéficier de ces effets protecteurs (Evans CEL, 2020).
Par ailleurs, ainsi que le rappellent les auteurs la qualité des glucides est tout aussi déterminante. Les sources complètes, comme les céréales complètes, les légumineuses, les fruits et légumes, sont à privilégier par rapport aux glucides raffinés, présents notamment dans les produits ultra-transformés. Ce choix assure :
- Un meilleur apport en fibres et micronutriments,
- Une énergie plus stable,
- Une meilleure santé métabolique et cardiovasculaire à long terme (Chambers ES., et al. ; 2019).
Régimes méditerranéen et DASH : des modèles qui illustrent l’efficacité des régimes alimentaires riches en végétaux
Ainsi que le pointe cette revue narrative, les bénéfices des fruits et légumes ne se limitent pas à leur consommation isolée mais s’intègrent dans des modèles alimentaires globaux, reconnus pour leurs effets cardioprotecteurs tels que le régime méditerranéen et le régime DASH (Williams et el., 2019).
Le régime méditerranéen, caractérisé par une forte consommation de fruits et légumes, de céréales complètes, de poissons, d’huile d’olive et de noix est associé à une réduction significative du risque d’obésité et de maladies cardiovasculaires. Sa densité nutritionnelle élevée, la faible transformation des aliments qui le composent et sa richesse en acides gras polyinsaturés expliquent en grande partie ses effets protecteurs. Plusieurs travaux ont notamment montré son efficacité durable dans la gestion du poids et la prévention de l’athérosclérose (Michelle M et al., 2006).
De son côté, le régime DASH a été conçu spécifiquement pour prévenir et traiter l’hypertension artérielle. Il repose sur une consommation accrue de fruits et légumes, associée à une réduction des apports en sodium et des apports accrus en minéraux clés comme le potassium, le magnésium et le calcium. De nombreuses études cliniques ont confirmé son efficacité dans la régulation de la pression artérielle, mais également dans la réduction d’autres facteurs de risque cardiovasculaire (Appel et al ; 1997).
Ces deux régimes, fondés sur une alimentation basée sur des produits bruts et principalement végétaux, montrent que les bénéfices cardiovasculaires ne reposent pas sur un nutriment ou un aliment isolé, mais bien sur la synergie de l’ensemble des composantes du modèle alimentaire.
L’accessibilité économique et sociale des fruits et légumes, condition déterminante de leur rôle préventif
Malgré des bénéfices bien établis, la consommation de fruits et légumes reste insuffisante dans la majorité des pays, aussi bien chez les enfants que chez les adultes (Eurostat, 2022). Ainsi que le rappellent les auteurs, plusieurs obstacles expliquent cette situation, parmi lesquels le coût souvent élevé des produits frais, leur disponibilité limitée dans certaines zones géographiques et les inégalités sociales qui pèsent sur les foyers les plus modestes ou en situation d’insécurité alimentaire (Darmon et al., 2015).
Pour pallier ces freins, les auteurs avancent plusieurs leviers dont l’efficacité a été démontrée :
- La mise en place de subventions et de dispositifs d’incitation financière tels que les bons alimentaires ou les prescriptions médicales de produits frais,
- Le développement de programmes d’éducation nutritionnelle dès le plus jeune âge pour favoriser l’adoption de comportements protecteurs,
- La transformation des environnements alimentaires afin de faciliter l’accès à une offre diversifiée et de qualité,
- Le recours à des stratégies de marketing social pour renforcer la désirabilité des fruits et légumes et accompagner durablement le changement de pratique (Appleton, 2023 ; (Cox, 2023).
Toutefois, ils soulignent que ces mesures ne peuvent être pleinement efficaces que si elles s’inscrivent dans une approche intégrée, combinant l’accessibilité économique, disponibilité physique et attractivité culturelle.
Basé sur : Mazur M, et al. Dietary strategies for cardiovascular disease risk factors prevention. Curr Probl Cardiol. 2024 Sep;49(9):102746.
- Une consommation quotidienne d’au moins 400 g de fruits et légumes est essentielle pour réduire le risque de maladies cardiovasculaires.
- L’efficacité des fruits et légumes est optimale lorsqu’ils s’intègrent dans des régimes protecteurs tels que le régime méditerranéen ou DASH.
- Des politiques publiques intégrées sont nécessaires pour promouvoir une alimentation saine et durable, en combinant éducation nutritionnelle, incitations économiques, amélioration de l’offre alimentaire et marketing social.